Travail : que faire si votre collègue ou patron tient des propos discriminants ? Travail : que faire si votre collègue ou patron tient des propos discriminants ?

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Travail : que faire si votre collègue ou patron tient des propos discriminants ?

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Publié le Jeudi 7 Mars 2019

Fin février 2019, le directeur marketing de Nocibé tenait des propos islamophobes sur Twitter. Et si l’affaire a fini par exploser sur les réseaux, dans l’univers feutré de nos bureaux, tout le monde peut être confronté à des collègues, voire un.e boss, problématiques… Comment réagir ?

Le 25 février 2019, Alain Bizeul, directeur marketing de Nocibé, dérapait sur Twitter à la suite de la démission de l’animateur et humoriste Yassine Belattar. Des propos islamophobes qui n’ont pas manqué de mettre le feu aux réseaux sociaux. Au point que la marque, d’abord soutien de son salarié, a fini par le suspendre de ses fonctions.

Un scandale qui nous rappelle que dans la vrai vie, on a tous déjà entendu un collègue, voire un supérieur hiérarchique, tenir des propos limites, voire franchement problématiques (racistes, misogynes, homophobes, validistes…). Que faire dans ce genre de situation, sans que cela ne se retourne contre nous ? Rudy Ouakrat, avocat spécialisé en droit du travail, nous a donné les conseils à suivre dans différentes situations : si on est la cible directe de propos haineux, si on est témoin mais non-concerné par la discrimination, et enfin, si on est témoin et concerné par la discrimination.

Lorsqu'on est la cible directe de propos haineux

"A l’époque où je travaillais dans un hôpital au service d’entretien, j’étais la cible de commentaires xénophobes. Je suis d’origine portugaise et j’avais régulièrement droit à des phrases comme ‘Tu fais forcément bien le ménage, vu d’où tu viens !" de la part d’un collègue, raconte Antoine.

Dans ce genre de cas, "il faut se rapprocher directement d’un représentant du personnel qui déclenchera une alerte", recommande Rudy Ouakrat. Et comment faire lorsque l’auteur des propos est notre patron ? L’avocat conseille de s’orienter vers le supérieur hiérarchique de celui-ci si l’on travaille au sein d’une grande structure, ou d’un responsable RH. Si cela n’est pas possible, pour des questions stratégiques ou d’organisation de la structure, l’inspection du travail est le recours qu’il vous faut.


Dans ce cas, comme dans tous les autres, le plus important est d’avoir en sa possession des traces écrites. "Le code du travail protège la victime mais il est préférable d’avoir des traces concrètes, c’est même très important pour assurer la protection de la victime", explique l’avocat. Alors après les attaques, on prend le temps de faire un mail à sa hiérarchie avec date, heure, nom des personnes impliquées et description factuelle. Et on n’hésite pas à faire appel à un professionnel, type avocat ou coach en entreprise avec des connaissances RH/légales, pour se faire aider dans cette démarche. Enregistrer un audio de la scène peut aussi être une option, avec un stylo enregistreur (disponible sur Amazon) ou son smartphone, mais bien sûr, sans se faire attraper. 


Lorsqu'on est témoin mais non-concerné par les attaques

"Un jour, lors d’un shooting photo de mon équipe, nous devions tous nous habiller en marinière, se souvient Clara. Quand est venu le tour d’un collègue noir, ma patronne s’est mise à rire car ‘Elle n’avait jamais vu un ‘Black’ en marinière’… J’ai beau essayer d’être alliée antiraciste, ce jour-là, je n’ai rien osé faire."

Pour Rudy Ouakrat, c’est justement dans ces moment-là qu’il faut faire face. "Nous sommes d’autant plus légitimes à nous manifester que nous ne sommes pas en situation de faiblesse, détaille-t-il. Mais il faut tout d’abord aller voir la victime, afin de savoir si celle-ci souhaite être épaulée." L’avocat précise que lorsqu’on est témoin de ce genre de situation, ce n’est pas seulement par souci moral qu’il faut agir, mais aussi, par pragmatisme : le jour où une personne discriminée portera plainte, les témoins passifs pourront très bien être considérés comme responsables. A bon entendeur…

Lorsqu'on est témoin et concerné par les propos

"Je suis une femme arabe et, lors de moments ‘off’ (par exemple, pendant les pauses à la machine à café), j’entends régulièrement deux collègues tenir des propos islamophobes, confie Sofia. Je n’en suis pas la cible, car ‘Je fais partie des bons’, mais ça m’affecte énormément".

"C’est comme si on était directement victime, indique Rudy Ouakrat : même procédure !" Dans l’enceinte du lieu de travail ou en dehors, ce type d’action est une infraction qui peut avoir un impact sur la relation professionnelle, ce qui justifie une plainte. En revanche, dénoncer les faits sur les réseaux sociaux est risqué : "L’entreprise peut se retourner contre vous pour diffamation, car il y a une obligation de loyauté qui préside le contrat de travail", précise Rudy Ouakrat. Alors même si ça démange, on ferme son appli Twitter.

A.F.-M. avec C.C.-M.

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