Comment les faux influenceurs trompent-ils tout le monde (y compris vous) ? Comment les faux influenceurs trompent-ils tout le monde (y compris vous) ?

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Comment les faux influenceurs trompent-ils tout le monde (y compris vous) ? par Tess Annest

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Publié le Mardi 10 Juillet 2018

Le 28 juin 2018, Guillaume Ruchon, un YouTubeur français, déclenchait le buzz avec une vidéo accusatrice. Sa cible : les "fake influenceurs", des pseudo Instagrameurs qui doivent leur notoriété à des achats de followers, de likes, et de commentaires. Et qui bafouent la confiance de tous leurs abonnés. Explications.

Le scandale dormait dans les tiroirs de certains influenceurs depuis déjà quelques semaines. Guillaume Ruchon a décidé d’en faire une vidéo dénonçant ceux qui pourraient bien finir par tuer la profession : les faux influenceurs.
Si c’est encore obscur pour vous, pensez à ce collègue arriviste et jaloux qui décide de vous pourrir la vie pour avoir votre poste. Vous voyez de qui on parle ? Imaginez maintenant que ce collègue ait menti sur son CV et ses résultats au boulot et que c'est lui que votre patron choisit pour être promu plutôt que vous. Rageant, non ?
C'est à peu près ce qu'il se passe en ce moment dans le monde pas franchement merveilleux des influenceurs : les "fake influenceurs" ont envahi la profession. Leurs followers, leurs likes, leurs commentaires, et même les vues sur leurs stories Instagram ont tous été achetés en masse. Et le monde attirant le monde, c’est ainsi qu’ils amènent à eux les marques et les "vrais" followers. Simple comme bonjour. Mais les ficelles de ce stratagème étant en fait plus compliquées à comprendre, on a demandé à Guillaume Ruchon et à l’influenceuse Fadela Mecheri de nous éclairer.


Première question : pourquoi arnaquer tout Instagram ? La réponse est simple : pour l’argent, qui selon Fadela Mecheri, pousse certains à faire la promotion de tout et n’importe quoi. "Et à faire passer les autres pour des guignols", avoue l'influenceuse au plus de 91k abonnés. "On perd vraiment notre crédibilité auprès des marques, mais surtout auprès de notre communauté, et ça, pour quelqu’un qui est sur le marché des Internets depuis longtemps, c’est difficile à assumer et c’est complètement démoralisant" confie-t-elle amèrement. "Le risque, c’est que les marques qui font du commerce avec nous se lassent de ce type de communication" ajoute Guillaume Ruchon. Ce qui signerait définitivement l’arrêt de mort de la profession, les gens honnêtes se noyant dans la masse des "fake influenceurs".

Mais aujourd’hui, difficile de distinguer le vrai du faux, et les résultats des outils comme Hype Auditor qui analysent les taux d’engagement et la qualité des abonnés, sont à prendre avec des pincettes. Surtout que l’on peut désormais acheter des faux followers pour d’autres personnes. Oui, oui. Vous avez bien lu. Certains "fake influenceurs", énervés d'avoir été "outés" se mettent à acheter des faux abonnés aux vrais influenceurs pour les plomber. Charmant. Et les personnes honnêtes de se faire pourrir leurs comptes par des robots venus du Brésil, du Portugal, et depuis peu de France, ce qui brouille parfaitement les pistes.

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On perd vraiment notre crédibilité auprès des marques, mais surtout auprès de notre communauté

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Pour Guillaume, c’est le pire qui puisse arriver à un influenceur. "L’achat de followers n’étant pas nominatif, tout le monde peut acheter des faux abonnés/likes/commentaires à n’importe qui, il suffit d’avoir une carte bleue". Et le YouTubeur sait de quoi il parle, il en a lui-même été victime après la publication de sa vidéo. Que voulez-vous, même dans le business du digital, les "gueguerres" de bureau font rage. Et ça nous concerne tous : les 600 millions d’utilisateurs mensuels d’Instagram, et plus largement, tous ceux qui utilisent les réseaux sociaux. Pour Guillaume, c’est d’abord une question d’éthique. "Comment réagiriez-vous si votre commentaire était noyé dans 200 autres provenant de profils douteux et que votre YouTubeur préféré répondait à ces messages, mais jamais aux vôtres ? Auriez-vous suivi cette personne sans ses 200 000 followers ?" ajoute-t-il dubitatif. La réponse est très certainement "non". D’autant plus que, comme le rappelle Fadela Mecheri, vous n’auriez probablement jamais suivi cette personne si vous saviez que ses followers étaient faux. "Cela remet en cause la confiance que l’on accorde tous à Instragram, qui deviendra un réseau poubelle si on ne change pas les mentalités" ajoute l’influenceuse. Il en va donc de la survie du réseau social préféré des millenials.

Reste qu'une question essentielle se pose : en quoi cela concerne les "non-influenceurs". Vous, nous, moi. C'est surtout une question de confiance. Certes, on peut suivre un faux influenceur et kiffer son contenu, généralement très léché. Mais si vous savez que cette personne a acheté ses abonnés pour gagner de l'argent via des opérations avec des marques, cela remet totalement en cause le contenu qu'il ou elle propose. Si son but est uniquement de gagner de l'argent et non d'informer ou partager des coups de coeur, il ou elle acceptera des "sponso" pour des produits qu'il ou elle n'aime pas forcément, trahissant ainsi la confiance que vous lui avez accordé.e. Certes, c'est valable aussi pour les vrais influenceurs qui gagnent leur vie avec ces partenariats avec les marques. Mais généralement, ces derniers ont à coeur de préserver cette communauté qu'ils ont mis des années à construire (et donc la respectent davantage) que ceux qui n'ont eu qu'à dégainer la CB pour attirer les marques. Du moins on l'espère.

Reste à savoir comment ce business de l'influence va évoluer dans les mois et années à venir. Pour l'heure, beaucoup sont inquiets : les sommes qu'investissent les marques pour communiquer via les influenceurs sont les mêmes d'années en années, mais le nombre d'influenceurs augmentent à vitesse grand V. Au final, le gâteau est le même mais il faut couper plus de parts.

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