YouTube : pourquoi on n’a pas digéré la dernière vidéo de Norman YouTube : pourquoi on n’a pas digéré la dernière vidéo de Norman

L'époque en live

YouTube : pourquoi on n’a pas digéré la dernière vidéo de Norman par Laura Carreno-Müller

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

5 minutes

Publié le Mardi 5 Juin 2018

Le 1er juin 2018, Norman a balancé "Terrain Miné", sa toute dernière création humoristique. Une vidéo qui montre que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Explications.

C’est officiel, on a perdu Norman. Le vendredi 1er juin 2018, après des années de contenu dépolitisé, le YouTubeur a frappé fort avec sa vidéo "Terrain Miné". Dans cette dernière création, il se présente à la tête d'une troupe de soldats, menacée sur un champ de bataille par des "rageux" . A chaque blague sexiste, homophobe ou raciste, le groupe est "victime" d'une détonation de mine ou d'un tir d'arme à feu. Un clip d'environ six minutes, à base de stéréotypes (et d'un très gênant blackface), qui fait référence aux backlashs réguliers sur la Toile en cas de blagues limites. Une version YouTube du "on ne peut plus rien dire" qui appelle, entre les lignes, à dépolitiser le rire. Et qui prouve que Norman n'a rien pigé à 2018.

via GIPHY

Toujours les mêmes
Si cette vidéo ne passe pas, c'est parce qu'elle arrive trop tard. Le 28 mai 2018, l'humoriste Blanche Gardin est devenue la star des Molières en prouvant qu'on pouvait bien tout dire et rire de tout : "C’est devenu un lieu commun de se lamenter ‘oui, Desproges ne pourrait plus dire aujourd’hui ce qu’il disait’. La preuve que si, je viens de le faire", a-t-elle balancé face aux discours de ceux qui confondent liberté d'expression et oppression répétée des minorités (les femmes, la communauté LGBTQ+, les personnes en situation de handicap...). Lassés de ces automatismes humoristiques, visant toujours des proies jugées faciles, des pros du stand-up font actuellement bouger les lignes en changeant de cibles. Parmi nos préférés : Phoebe Robinson et Dave Chappelle, qui taclent l’Amérique suprémaciste, et chez nous, Laura Domenge, Shirley Souagnon ou encore le duo moins connu (mais tout aussi hilarant) Camille et Justine, qui dénoncent sexisme, inégalités et racisme. Une volonté d'innover que confirme Laura Domenge, selon qui "être une femme et parler de sujets inattendus, c'est à dire ni nos fringues, ni nos mecs, c'est déjà révolutionner les mœurs". Encore faut-il avoir envie d'apporter quelque chose de neuf à l'humour...  

Norman, le pleurnichard 
D’un côté, on a les personnes victimes de discrimination, qui expliquent régulièrement sur les réseaux sociaux ce qu'elles vivent au quotidien. De l’autre, Norman Thavaud, un homme blanc de 31 ans, cisgenre, riche et influent, qui se plaint de ne plus pouvoir s’amuser aux dépends des minorités. Pire : dans son sketch et même si on se doute bien que ses intentions ne sont pas mauvaises, l’humoriste tente de se construire une image de soldat du rire. Une posture qui lui a valu un certain soutien sur le Web, mais aussi de sérieuses critiques. Car en réalité, personne n’exige la fin des blagues sexistes/racistes/homophobes, juste de la finesse et de la contextualisation, comme l'explique parfaitement ces threads Twitter, largement partagés.  


"On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui", explique Laura Domenge, en reprenant la célèbre phrase de Pierre Desproges. Pour elle, un humoriste trop engagé devrait plutôt se lancer en politique, "une blague est bien uniquement si elle est bonne". Elle excuse tout de même la Toile, toujours en quête de nouveauté quotidienne. "La génération Internet doit produire tout le temps, ce qui l'oblige parfois à avoir recours à la facilité". Une facilité qui va avoir un écho important, auprès d'une communauté composée majoritairement d'ados et de pré-ados. Le message qu'on retient à la fin de la vidéo : on peut rire de tout, surtout des plus faibles. Et si Norman n'arrive pas à le comprendre, on ne peut plus rien dire on ne peut plus rien faire pour lui.

La vidéo de Norman rejoindra donc le Panthéon des vidéos d'humoristes blessés aux côtés de Didier Bourdon et son fameux "On ne peut plus rien dire" qui date de... 2005. Comme quoi, la star de YouTube n'a rien inventé.

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptés à vos centres d’intérêts, dans le respect de notre politique de confidentialité. Cliquez ici pour en savoir plus