Violences policières : portraits de 4 femmes en lutte Violences policières : portraits de 4 femmes en lutte

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Violences policières : portraits de 4 femmes en lutte par Coumbis Hope Lowie

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Publié le Jeudi 17 Janvier 2019

Depuis octobre 2018 et le lancement du mouvement des Gilets Jaunes, plus de 200 signalements pour violences policières ont été recensés. Et si, trois mois après le début de la crise, elles font les gros titres, les femmes n’ont pas attendu pour se mobiliser, en particulier dans les quartiers populaires. Portrait de quatre d’entre elles.

Interpellations ultra-musclées, tirs de Flash Ball en plein visage, mutilations diverses – perte d’un œil, d’une main… Autant de cas de violences policières qui saturent actuellement nos timelines et font les gros titres, du Monde à France Inter en passant par France 2 (des médias qui ont par ailleurs souligné les difficultés rencontrées sur le terrain par les forces de l’ordre). Au total, depuis les premiers rassemblements des Gilets Jaunes à travers la France, l'Inspection générale de la police nationale a été saisie dans 78 dossiers et 200 signalements ont été transmis. Et si aucun agent n’a pour l’instant été entendu, ce jeudi 17 janvier, le Défenseur des droits a demandé la "suspension" de l’usage des lanceurs de balles de défense, comme les Flash Balls.

Une grande première, même si, comme plusieurs internautes l’ont pointé du doigt, il n’a pas fallu attendre ce climat de tension sociale extrême pour que les confrontations avec les forces de l’ordre fassent des victimes, tout particulièrement parmi les populations non-blanches issues des quartiers populaires.

 


Aux avant-postes pour dénoncer cette réalité trop peu documentée ? Les femmes, qui se mobilisent pour faire reconnaître les contrôles au faciès abusifs, les humiliations et les coups qui mènent parfois jusqu’à la mort. Portrait de quatre d’entre elles, qui ont vécu ces drames dans leur chair.

Amal Bentounsi, une victoire symbolique

Le 21 avril 2012, la vie d’Amal Bentounsi est bouleversée à jamais. Son frère Amine, braqueur de 28 ans évadé de prison, est tué par un gardien de la paix à Noisy-Le-Sec. Lors d’un premier procès, le policier plaide la légitime défense et est acquitté. Mais Amal n'est pas d'accord. Ni les témoins, ni les experts balistiques ne vont dans le sens de la version policière, Amine ayant été tué d’une balle dans le dos alors qu’il s’enfuyait. Durant cinq ans, la jeune femme enchaine les marches, les manifestations et les interviews, pour que son cadet ne tombe pas dans l’oubli. Sa devise ? "Je serai comme un poison dans vos vies", adressée à la police et à la justice. La délivrance viendra en mars 2017 : après 6 heures de délibération, la cour d'assises de Paris estime que le policier n'a pas agi en état de légitime défense et il est symboliquement condamné à cinq ans de prison avec sursis. Mais le combat ne s’arrête pas là, puisque la militante a depuis fondé Urgence notre police assassine, un collectif qui vient en aide aux personnes victimes de bavures policières. De quoi lui valoir un morceau du rappeur Kerry James, sorti fin 2018 sur son album J’rape encore.


Assa Traoré, porte-parole de ses frères

Adama Traoré est mort le 19 juillet 2016, jour de ses 24 ans. L’interpellation fatidique visait son frère, Bagui, mais c’est Adama qui prend la fuite. La gendarmerie le rattrape et le plaque au sol, il a du mal à respirer et il le dit, en vain... La mort de son petit frère pousse alors Assa Traoré à mettre sa vie entre parenthèses, pour se vouer corps et âme à la recherche de la vérité. De quoi est mort son cadet ? Pour apaiser les tensions naissantes dans sa ville de Beaumont-sur-Oise, le procureur s’empresse d’évoquer une infection grave. Thèse par la suite réfutée. Les dernières expertise et autopsie – qui concluent qu’Adama a succombé à une série d’éléments malencontreux : effort intense, stress, trait drépanocytaire, sarcoïdose de stade 2 – ne correspondent pas à la réalité, estime Assa Traoré et le collectif La Vérité pour Adama.


Depuis plus de deux ans, ils sont de tous les débats sur les violences des forces de l'ordre et se mobilisent dans la rue. Dans la foulée des premières manifestations de Gilets Jaunes, Assa Traoré a même appelé la jeunesse et les quartiers populaires à rejoindre le mouvement, le combat pour une meilleure qualité de vie étant aussi le leur. "Face aux violences policières, la France doit se lever et dire non", clame-t-elle.


Ramata Dieng, un combat de longue haleine

"La Ramata que tu as devant toi est née le jour de la mort de son frère." C’est avec ses mots que Ramata Dieng évoque ce 17 juin 2007 où, au petit matin, Lamine Dieng a trouvé la mort dans le 20ème  arrondissement de Paris. Ce jour-là, ce sont huit fonctionnaires de police qui l'interpellent entre deux véhicules, suite à un appel pour tapage dans un hôtel. Le jeune homme est ensuite trainé jusqu'au fourgon, mis face contre terre et les agents s’agenouillent sur lui pour le maitriser. Lamine, tout comme Adama Traoré et d’autres, succombe à ce qu’on appelle un plaquage ventral, une technique policière hautement controversée en raisons des forts risques d’asphyxie, strictement interdite dans de nombreux pays. Depuis la mort de son frère, Ramata arpente les manifestations en quête de justice, et fait tout pour alerter contre cette technique d’interpellation dangereuse.
 


Malheureusement, douze ans après les fait, la famille Dieng n’a toujours pas obtenu ce qu’elle attend du système judiciaire. Pourtant, après une enquête de 7 ans, deux non-lieux et une condamnation à rembourser les frais de justice, Ramata ne se décourage. Impossible, car pour elle et ses proches, il ne peut y avoir de deuil sans justice. Leur dernière chance est la Cour européenne des droits de l’Homme, que Ramata a saisi en décembre 2017.
 


Tokou, l’humour au service de la cause

Tokou poste sa première vidéo le 12 janvier 2017 sur Instagram. Elle y danse sur un banger du rappeur Kaaris. Succès immédiat : la jeune aspirante comédienne entre dans la lumière grâce à l’humour, et son interprétation juste et loufoque des situations incongrues que vivent bon nombre de jeunes.


Changement de ton fin 2018, quand elle met de côté ses personnages et réalise un court-métrage intense de deux minutes. Du noir et blanc, une musique rappelant les mélodies douloureuses des champs de coton américains, un après-midi ensoleillé et banal entre amis… qui tourne au drame. Pour ce premier film, Tokou a en effet choisi de raconter l’histoire d’un jeune Noir, qui s'achève par un plaquage au sol, une mort et une marche. Un schéma que ne connaît que trop bien la  jeune réalisatrice, issue d’un quartier populaire : "Ce film traite bien évidemment du partage, explique-t-elle. Du partage d'un repas, de moments de complicité, au partage d'un joint entre amis pour enfin décompresser à la fin d'une dure journée. Mais également du partage d'une souffrance, d'un contrôle de police. D'un contrôle de police abusif, d'un meurtre, d'un combat : la lutte contre ces violences policières qui, chaque jour, tuent des hommes, des fils, des amis, des pères avec qui nous ne pourrons, hormis nos souvenirs, partager que ce combat."

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