Violences faites aux femmes : "Je ne veux plus me taire parce que je veux me reconstruire" Violences faites aux femmes : "Je ne veux plus me taire parce que je veux me reconstruire"

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Violences faites aux femmes : "Je ne veux plus me taire parce que je veux me reconstruire" par Tess Annest

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Publié le Samedi 6 Octobre 2018

Le 23 septembre dernier, Muriel Robin s’engageait contre les violences faites aux femmes dans le JDD. Quelques jours après, elle lançait une pétition pour "Sauver celles qui sont encore vivantes" et appelait à un rassemblement devant l’ancien Palais de Justice de Paris ce samedi 6 octobre. Nous y étions.

Après sa tribune dans le JDD et le lancement de la pétition "Sauvons celles qui sont encore vivantes", qui a déjà recueilli plus de 475 000 signatures , Muriel Robin avait appelé à un grand rassemblement devant l’ancien Palais de Justice de Paris ce samedi 6 octobre à 14 heures. Son appel a été entendu et plusieurs centaines de personnes se sont données rendez-vous sur l’île de la Cité pour rappeler que chaque année, 123 femmes meurent sous les coups de leurs conjoints. Parmi les participants, une majorité de femmes, anonymes, responsables d’associations, et quelques visages connus. On a pu apercevoir la députée de La France insoumise Clémentine Autain, la maire de Paris Anne Hidalgo, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, la fille de Jacqueline Sauvage, Sylvie Sauvage et l’auteure Christine Angot, qui s’est exprimée sur les viols à répétition que lui a fait subir son père durant son enfance. 

A l’initiative de ce rassemblement, Muriel Robin a pris la parole à plusieurs reprises pour demander de l’aide à l’Etat et surtout, pour réclamer un soutien financier sans lequel, les associations ne peuvent pas faire leur travail convenablement. "Ça prendra du temps, mais je fais confiance à notre Président de la République et à notre gouvernement" a-t-elle déclaré, comme pour calmer la foule pas très convaincue par cette déclaration. Puis elle a ajouté : "Je vous le dis fermement, il n’a pas le droit, vous n’y êtes pour rien, entendez cette phrase : vous n’y êtes pour rien !". Et à la foule de scander : "Justice pour les femmes, Liberté pour les femmes".

"Il a simplement eu à dire (…) qu’il était médecin pour qu’on le laisse partir"

Alors que Muriel Robin terminait son discours, une femme a souhaité nous raconter son histoire. Elle vit à Paris et la première chose qu’elle essaie de nous dire, c’est que la violence conjugale n’a pas de milieu social, et que les pires prédateurs se cachent où on ne les attend pas. "En ce qui me concerne j’ai été frappée par mon bourreau, qui est médecin cardiologue, dans notre domicile conjugal en Corse. C’était il y a deux ans. Lorsque les voisins ont appelé la police et qu’elle est venue constater les faits, il a simplement eu à dire que j’étais folle et surtout, qu’il était médecin, pour qu’on le laisse partir. Moi je suis restée là, avec mes bleus, mon appartement saccagé et mon téléphone fracassé, mais lui, il a pu partir, en toute impunité. Les forces de police m’ont tout simplement laissée sur le carreau. Et le calvaire ne s’est pas arrêté là puisqu’une fois que j’ai eu porté plainte et effectué mes 6 jours d’ITT (Incapacité Temporaire de Travail), j’ai continué d’être harcelée par ce prédateur. Il n’a eu de cesse de m’envoyer des mails : ‘Je suis médecin, je n’ai qu’à dire que tu es folle pour que tout le monde me croit’ écrivait-il. Je suis retournée porter plainte mais j’ai eu beau m’agiter, tout ceci n’a servi à rien puisque quelques mois après, ma plainte a été classée sans suite". Tout s’écroule alors pour cette femme qui, deux ans après les faits, est encore mariée à son bourreau. Et à nous de nous demander comment un dossier, rempli de témoignages et de preuves médico-légales, peut-il être classé sans suite. "Il suffit simplement d’avoir le bras long" nous répond-t-elle. D’ailleurs, son bourreau l’a très bien compris. "Mais qu’est ce que tu crois ? Tous ces gens, moi je les soigne" a-t-il osé déclarer dans un de ses innombrables mails. Sous entendu, "ils sont de mon côté". "Bien évidemment il a des alliés haut placés. Parce que les preuves, elles ont tout simplement été déchirées. Par qui je ne sais pas, mais elles n’existent plus dans les fichiers de police corses. Aujourd’hui, je suis obligée de porter plainte à nouveau, mais en me constituant partie civile. Mais je ne vais pas lâcher l’affaire, je veux me reconstruire". Le pire dans cette histoire ? Le bourreau de cette femme exerce encore. Preuve que la justice a encore d’énormes progrès à faire de ce côté-là. 


©Glamour Paris

"La policière ne m’a pas crue, personne ne nous a crues"

Après avoir écouté ce témoignage, une jeune fille nous interpelle pour nous demander si nous sommes journalistes. Elle a souhaité nous raconter son traumatisme. Elle s’appelle Raphaëlle et vit à Paris. Du haut de ses 17 ans, elle met des mots sur son cauchemar. "Moi je suis là pour apporter mon soutien aux femmes battues, mais surtout pour faire entendre la voix des enfants qui subissent la violence de leur père quotidiennement. Pendant longtemps, ma mère a été victime de violence de la part de mon père. Ma petite sœur et moi avons assisté à tout ça. Et c’est souvent le cas dans les familles. Quand j’avais 13 ans, ma mère a finalement porté plainte, il lui aura fallu un an pour y aller, et c’est à ce moment là que la police est venue chez nous. J’ai enfin tout pu dire à une policière. Mais tenez-vous bien, elle ne m’a pas crue. Personne ne nous a crues. Pourtant, mon père- enfin c’est plus mon père-, a déjà frappé ma mère en public. Mais là encore, personne n’a bougé. Et ses plaintes ont été classées sans suite". Cinq ans plus tard et après une confrontation d’une rare violence avec son père, confrontation pendant laquelle ce dernier n’a d’ailleurs pas hésité à traiter sa propre fille de folle, Raphaëlle est profondément choquée et s’inquiète pour sa petite soeur. "Moi je suis bientôt adulte, mais ma soeur est encore mineure. Notre père veut récupérer sa garde et pour arriver à ses fins, il raconte n’importe quoi. Il affirme que ma mère était violente avec lui, qu’elle nous faisait du mal. Mais c’est sa parole contre la nôtre. Vous imaginez si c’est lui qui gagne ?". Le pire selon Raphaëlle ? Que certaines femmes, plus nombreuses qu’on ne le croit, ne soient pas du tout solidaires. "C’est une policière… une femme qui ne m’a pas crue, qui ne m’a même pas écouté. Elle me répétait sans cesse ‘comment peux-tu dire des choses pareilles, c’est ton père quand même'. Elle ne voulait rien entendre". Et à Raphaëlle de reprendre : "J’aimerai vraiment que les femmes soient solidaires entre elles. Qu’on ait au moins ça. Et pour ça, je continue le combat à mon niveau tous les jours". Alors, si une jeune fille est capable de se battre tous les jours pour que les violences faites aux femmes cessent, nous en sommes tous capables. Parce qu’il y a encore un long chemin à parcourir. 


©Glamour Paris

Le 24 novembre prochain, veille de la Journée pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, une grande marche sera organisée à Paris pour que le combat continue.

3919 : numéro d'écoute national destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels concernés. 0800 05 95 95 : SOS Viols-Femmes-Informations. 

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