Violences conjugales : et si on prenait les abus psychologiques au sérieux ? Violences conjugales : et si on prenait les abus psychologiques au sérieux ?

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Violences conjugales : et si on prenait les abus psychologiques au sérieux ? par Laura Carreno-Müller

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Publié le Vendredi 29 Juin 2018

Huit ans après les faits, le suicide de Krisztina Rády, ex-épouse de Bertrand Cantat, fait de nouveau les gros titres. Une affaire qui soulève une question importante : à quand une réelle reconnaissance des abus psychologiques au sein du couple ?

Début juin 2018, le nom de Bertrand Cantat secouait (une fois de plus) les médias français, après la réouverture de l’enquête concernant le suicide de sa femme Krisztina Rády, en janvier 2010. Pour rappel, leur couple avait duré de 1993 à 2002, avant que Cantat ne rencontre l’actrice Marie Trintignant et ne la batte à mort en 2003. Derrière la réouverture de l'enquête sur le suicide de Krisztina Rády, on trouve l’avocate et militante féministe Yaël Mellul. Convaincue que le chanteur a une part de responsabilité dans la disparition de la femme de lettres, Yaël Mellul a porté plainte contre lui en juin 2018 pour "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Des violences conjugales et psychologiques fondées, selon elle, sur de l’intimidation, qu’elle tente de faire reconnaître depuis plusieurs années.


Que dit la loi ?

Selon le Code pénal, les violences psychologiques sont définies par "le fait de harceler son conjoint par des propos ou comportements répétés [dont l'impact est] une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale". Des actes normalement punis de 3 ans de prison et 45 000€ d’amende dans le cas d’une ITT inférieure ou égale à 8 jours, et de 75 000 € d’amende en cas d’une ITT supérieure à 8 jours. Seul hic : il n'existe aucune mention d'"emprise" ou de "domination psychologique", ce qui porte préjudice à de nombreuses victimes. Carmen, 32 ans, témoigne ainsi : "Devant nos amis, mon ex-compagnon me disait que j’étais grosse et moche ou que je ne servais à rien. Après avoir été infidèle, il m’a fait comprendre que c’était parce que je n’étais pas assez bien pour lui. Je ne me rendais pas compte de ce qu’il faisait parce que j’étais sous son emprise. Alors je n’ai rien dit". Son ex-conjoint a ensuite basculé dans la violence physique et a fini par être condamné à 4 ans de prison avec sursis pour violences aggravées, lorsque Carmen a trouvé le courage de porter plainte. "Je vis le verdict comme une injustice, explique la jeune femme. Les autorités savaient que les violences étaient physiques mais aussi psychologiques. Et ils l’ont laissé en liberté, alors que c’est un danger public doublé d'un manipulateur". Une réalité mal prise en compte, du fait de son caractère invisible.


Des blessures invisibles et trop "subjectives" 

En France, le système judiciaire aurait plus tendance à faire l’autruche quand les violences conjugales ne sont pas détectables à l’œil nu. "On est mal accueilli par les autorités si l’on dit qu’on est violenté(e) psychologiquement, on vous demande de revenir quand on aura des bleus", explique Chantal Paoli-Texier, fondatrice de l’AJC, la seule association spécialisée dans l’accompagnement de victimes de violence psy. Selon elle, le principal problème reste la formation des forces de l’ordre, qui estiment que les "bleus à l’âme" relèvent trop du subjectif. Les victimes abandonnent alors souvent leurs poursuites. Résultat : il n’existe aucune statistique les concernant. "Il faut étudier le parcours d’une victime pour cerner les changements dans son comportement, car on a affaire à des psychopathes en col blanc qui détruisent d’une autre manière. Certains ne passent même pas à l’acte physique, puisque l’emprise psychologique leur suffit", détaille-t-elle. Et si elle encourage les victimes à parler, la balle serait plutôt dans le camp du gouvernement. Manu, Monsieur le Président, on vous attend.

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