Université d’été du féminisme : la fausse bonne idée du gouvernement Université d’été du féminisme : la fausse bonne idée du gouvernement

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Université d’été du féminisme : la fausse bonne idée du gouvernement par Tess Annest

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Publié le Samedi 15 Septembre 2018

Jeudi 13 et vendredi 14 septembre était organisée la toute première Université d’été du féminisme, pensée par le secrétariat d’Etat chargé de l’Egalité femmes-hommes de Marlène Schiappa. Un projet a priori ambitieux. Sauf qu’entre un budget colossal, des débats houleux et un casting comprenant Raphaël Enthoven et Elisabeth Lévy, l’événement a surtout été un fiasco.

L’ambition d’Emmanuel Macron, annoncée à l’occasion de la Journée annuelle de lutte contre les violences faites aux femmes de 2017 : faire de l’égalité femmes-hommes une cause nationale. Un engagement qu’il a tenté d’honorer cette année en mettant en place, avec Marlène Schiappa, une grande Université d’été du féminisme. C’est fin août et à peine son affiche dévoilée que l’initiative a commencé à faire polémique. Et pour cause : en invitant Raphaël Enthoven, a.k.a l’homme qui pense que "le terme manspreading est sexiste", le gouvernement semblait choisir une direction discutable. Jeudi 13 septembre, le philosophe a confirmé l’erreur de casting, en montant à la tribune pour... faire un cours de féminisme à des féministes. Dans un monologue de plus de vingt minutes, il s’en est pris au soi-disant excès de #MeToo et s’est présenté comme le chantre de la liberté d’expression, bafouée selon lui par toutes celles qui le contredisent (et qui n’étaient bien sûr pas là pour lui répondre).

Un comble pour la journaliste Marie Kirschen, rédactrice en chef du magazine lesbien Well well well, qui a live-tweeté l’intervention de l’ex-chroniqueur d’Europe 1 depuis la Maison de la radio, où se tenaient les échanges. Le pompon de son intervention ? Une conclusion où il a affirmé que les premières victimes des inégalités ne sont finalement pas les mieux placées pour en parler. Seul contrepoint à cette tirade : un discours de la journaliste et auteure Titiou Lecoq, qui a, le lendemain, dénoncé le comportement de Raphaël Enthoven comme étant du mansplaining. "Avoir un homme qui me fait la leçon pendant vingt minutes, c’est insupportable, ça ne va pas être possible", a-t-elle déclaré durant sa carte blanche. Avant d’ajouter : "On s’est pris vingt minutes d’explications sur les dangers d’une possible dictature féministe non-mixte… Peut-être que se serait un danger pour les libertés des hommes ? On s’en fiche". En effet.

Autre problème selon les détractrices de l’événement : la présence d’Élisabeth Lévy, rédactrice en chef du magazine Causeur et cosignataire de la tribune sur "La liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle", parue en janvier dernier. Présentée comme invitée "féministe conservatrice" du gouvernement, la journaliste a fait valoir qu’"aujourd'hui, la condition des femmes n'a strictement rien à voir avec le récit victimaire qui est délivré par #Metoo". Avant de citer Alain Finkielkraut et d’ajouter que "les féministes sont des mauvaises gagnantes". Sous-entendu : les féministes ont déjà gagné le combat. Une femme présente dans la salle a alors hurlé à son intention : "Mais tu vis sur quelle planète ?", ce qu’on se demande aussi.

Le clou dans le cercueil ? Les révélations du Canard Enchaîné qui font état d’un budget de 300 000€, pour mettre en place ce que l’on pourrait qualifier de sommet du "féminisme de papa" – progressiste, mais pas trop. "Ce déploiement d'argent, à n'en pas douter, tirera une larme aux associations accueillant les femmes victimes de violence, en proie aux brutalités budgétaires de l’Etat", a ironisé le journal dans son édition de mercredi. On pense notamment aux organismes cités par Titiou Lecocq dans sa tribune, les associations d’aide aux victimes, toutes celles qui montent des réseaux, qui se battent au quotidien pour faire bouger les lignes et accompagner celles qui en ont besoin. Et si des subventions ne sont pas envisageables, n’auraient-on pas pu tout simplement leur laisser la parole ? L’asso Lallab, qui se bat pour "faire entendre la voix des femmes musulmanes", a ainsi reproché aux organisateurs de ne pas avoir laissé s’exprimer Laura Cha, sa représentante, invitée d’un débat qui a tourné court et s’est terminé sous les insultes d’une partie du public. L’inclusivité étant finalement la grande absente de l’événement, les thèmes du racisme, du handicap, de la grossophobie ou encore les questions LGBTQ+ ayant été peu, voire pas abordées.

C’est donc avec colère que de nombreuses féministes ont vu se refermer cette première Université du féminisme. Hier, l’Elysée a fait savoir qu’une deuxième édition serait "logique". En espérant que cette fois-ci, elle sera à la hauteur des enjeux.

Tess Annest avec Coline Clavaud-Mégevand

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