Qu’est-ce que le "sadfishing" cette manie de se plaindre sur Internet pour des likes ? Qu’est-ce que le "sadfishing" cette manie de se plaindre sur Internet pour des likes ?

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Qu’est-ce que le "sadfishing" cette manie de se plaindre sur Internet pour des likes? par Pierre-Guillaume Ligdamis

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Publié le Mardi 8 Octobre 2019

Que ce soit des anonymes, des célébrités ou peut-être même vos amis, de plus en plus de personnes décident d’afficher sans complexe leur mal-être sur les réseaux sociaux. Si pour certains cela résulte d’un véritable appel à l’aide, d’autres n’hésitent pas à dramatiser leurs problèmes (parfois minimes) dans le but de gagner de l’attention. On appelle ça le "sadfishing". Explications.

A une époque où il est de moins en moins tabou de parler publiquement de sa santé mentale, certaines personnes ne se contentent plus d’évoquer leurs problèmes dans le cadre privé ou médical  et choisissent ainsi de les exposer sans filtres sur les réseaux sociaux. La démarche se veut avant tout positive car elle permet de libérer la parole, de servir de support aux personnes qui souffrent réellement et qui peuvent de cette façon, obtenir de l’aide ou des conseils. Par contre, cela devient un peu plus problématique lorsque la santé mentale fait figure de "tendance", sur laquelle des internautes à la recherche d’attention essayent de surfer. 

Certaines personnes n’hésitent effectivement plus à se servir de Facebook, Instagram ou Twitter pour parler de leurs moindres problèmes qu’ils vont toujours chercher à exagérer ou dramatiser dans le seul but d’attirer des gens vers leurs comptes et gagner leur sympathie. Des termes comme "depression", "anxiété" ou "mental breakdown"sont alors employés à tort et à travers par tout un chacun qui ne prend pas conscience du sens véritable de ces mots. Cette pratique porte un nom le "sadfishing" et aurait commencé à émerger à la suite de posts Instagram controversés de célébrités telles que Justin Bieber ou Kendall Jenner. Grazia UK fait notamment référence à une vidéo sponsorisée de Kendall dans laquelle elle se plaignait d’avoir eu une expérience plutôt difficile avec l’acné tout en apparaissant rayonnante et sans le moindre bouton. Les internautes l’avaient alors accusée d’en dévoiler un peu trop sur sa vie privée, d'exagérer la situation, dans le seul but de faire parler d’elle et d’alimenter son business.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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On ne sait plus qui croire
En réalité, nombreux sont les anonymes qui s’y donnent également à cœur joie faisant ainsi des réseaux sociaux des plateformes anxiogènes et oppressantes où on ne sait plus qui est réellement en souffrance. Car parmi toutes ces confessions parfois très intimes recensées sur Internet, il est difficile de distinguer les "usurpateurs" de ceux qui sont réellement en train d’appeler à l’aide. Aussi, comment pourrait-on se permettre de juger une personne et de l’accuser d’être à la recherche d’attention alors qu’elle est peut-être réellement tourmentée ? 
C’est d’ailleurs ce que fait apparaître une étude menée par Digital Awareness UK. Celle-ci indique que des jeunes qui font réellement  face à des problèmes de santé mentale se voient désormais accusés de sadfishing. Leurs discours pourtant sincères sont pris à légère et ne leur permettent plus d’obtenir du soutien en ligne. Parmi les 50 000 personnes interrogées (âgées entre 11 et 16 ans) certaines déplorent avoir été victimes de critiques alors qu’elles cherchaient juste à faire état de leurs situations sur le web. "A la suite de ce sondage nous avons remarqué de de nombreux étudiants avaient déclaré être déçus de n’avoir pas réussi à obtenir le soutien recherché en ligne" regrettait même l’association. 

Internet mieux que le psy ? 
Le sadfishing touche en fait à un problème plus profond et sensible qui remet en question le fait d’utiliser un internet comme un exutoire à problèmes. Est-il réellement sain et bénéfique d’exposer des choses aussi intimes sur les réseaux sociaux? Cela ne nous rend-il pas finalement plus vulnérables aux yeux des autres qui ne voient pas toujours nos problèmes d’un œil bienveillant et qui seront les premiers à se servir de nos faiblesses contre nous ?
On est bien d’accord pour dire qu’on ne devrait pas forcément mettre à mal les personnes qui osent se livrer de façon aussi publique mais on se demande tout de même si ces plateformes sont réellement adéquates et efficaces pour celles qui cherchent à obtenir de véritables conseils . Après tout si des personnes ressentent ce besoin d’exprimer leur mal-être en ligne c’est que cela est peut être également  nécessaire et libérateur pour eux. Mais il convient aussi de prendre en considération que cela ne doit pas être fait dans le cadre d’une course aux likes car le sadfishing défavorise les gens qui ont de véritables maux à exprimer.
Dans tous les cas, Internet ne doit pas être considéré comme le seul moyen de se soigner. L’amour et les conseils que l’on peut recevoir sur le net ne font souvent office que de pansements et le meilleur moyen de vraiment panser ses blessures reste encore de faire appel à des spécialistes qui sont aussi là pour nous guider.

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