Quelles solutions pour lutter contre l’homophobie dans les stades ? Quelles solutions pour lutter contre l’homophobie dans les stades ?

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Quelles solutions pour lutter contre l’homophobie dans les stades ? par Anne Lods

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Publié le Mardi 24 Septembre 2019

Depuis plusieurs semaines, de nombreuses polémiques enflent dans le monde du football. Des matchs ont été interrompus en raison de chants et de banderoles perçues comme homophobes, déclenchant des discussions entre les différentes institutions liées à la discipline. Comment lutter contre les discriminations dans le football ? GLAMOUR a voulu apporter une réflexion supplémentaire, en interrogeant différents acteurs du milieu.

Il faut remonter à mars dernier pour comprendre les tenants et les aboutissants des discussions et des débats qui agitent le monde du football aujourd’hui. A cette période, la ministre des sports fraîchement nommée, Roxana Maracineanu, ancienne nageuse professionnelle, se rend à un match de foot puis s’étonne de la violence des chants des supporters dans les stades lors d’une interview à Franceinfo. Homophobie et racisme, elle en appelle aux dirigeants de la discipline pour que ces choses changent et notamment à la Présidente de la Ligue, Nathalie Boy de la Tour. Cette dernière avait alors déclaré : "quand on parle de chants homophobes, pour beaucoup de supporters cela fait partie du folklore. Je ne suis pas en train de dire que ça doit le rester, mais c'est une réalité". 
Dès le mois de juillet, les problématiques entourant les discriminations dans les stades prennent une ampleur publique inédite. La Fifa fait passer une circulaire, détaillant en trois étapes les choses à faire en cas de problème pendant un match. La première, interrompre la rencontre, la deuxième, l’arrêter temporairement puis enfin, l’arrêter définitivement. 
C’est finalement le 16 août dernier qu’un match est interrompu, suite à des propos discriminants. Une première dans le milieu, qui ouvre officiellement (et surtout publiquement) le débat autour de l’homophobie dans le football français. Commencent alors les débats houleux entre les supporters, la ligue, le gouvernement, la Fifa et autres associations. Aujourd’hui, les conversations sont toujours en cours, et aucune solution à long-terme n’a été trouvée. 

"Quelles solutions apporter pour lutter durablement contre l’homophobie dans le football français ?" Voilà donc la question que l’on a posée à deux sociologues, un journaliste professionnel et une association féministe, pour entrevoir une piste de réflexion.

Le football comme fenêtre sur une société sexiste et homophobe ?

"La ligue, la ligue, on t’encule". Voilà l’un des chants favoris des supporters, qu’ils adaptent à l’envi en remplaçant la ligue par le club qu’ils ne supportent pas. L’insulte "PD" est aussi facile dans les stades envers les joueurs, voire même les supporters de l’équipe adverse. Pour les sociologues Sylvain Ferez et Nicolas Hourcade, ces injures ne seraient pas utilisées avec une intention homophobe, malgré les apparences, mais pour discréditer l’adversaire. "Ces chants s’inscrivent dans un contexte où un certain nombre de supporters voient le sport comme un combat avec pour seul objectif, celui de gagner, nous explique Nicolas Hourcade. On dit des supporters qu’ils ont des intentions homophobes, mais ce n’est pas forcément le cas. Ils utilisent ces insultes parce qu’elles sont courantes".

Les supporters ne haïraient donc pas les homosexuels mais utiliseraient ces termes car ils leur sembleraient banals. Ils serviraient, bien sûr, à émasculer l’autre et le rabaisser, mais uniquement parce que ce serait monnaie courante dans cette discipline hétéronormée. "Les sports de tradition masculine comme le football sont un bastion de masculinité, analyse Sylvain Ferez. On y socialise comme de jeunes hommes hétérosexuels où la féminité est vue comme un repoussoir. Et c’est cette représentation de la féminisation qui est décriée dans l’homosexualité donc dévalorisée." En fait, dans l’imaginaire du supporter, le football représenterait une élite virile dont on n’est jamais sorti. Aussi, elle aurait de fait formé une norme hétérosexiste et hétérosexuelle sur laquelle reposerait la discipline, et dans laquelle les insultes homophobes et sexistes se seraient installées durablement. C’est cette norme qui doit tendre à disparaître du football d’aujourd’hui, selon les deux sociologues. 

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Il faut se rendre compte de la portée de l’insulte. Le problème est culturel et sociétal.

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Car cette homophobie ordinaire dépasse en fait les limites des gradins, et s’étend jusqu’aux pelouses. Les footballeurs ne peuvent en effet toujours pas faire leur coming-out, et c’est bien là tout le problème autour de cette polémique. Aucun footballeur français n’a jamais annoncé son homosexualité publiquement. "Si on veut travailler sur l’homophobie, il faut travailler globalement sur cette culture virile, poursuit Nicolas Hourcade. Il faut une prise de conscience à tous les niveaux." Une prise de conscience qui ne pourrait pas passer que par la sanction. Déjà parce que les solutions juridiques ne sont pas évidentes, selon Sylvain Ferez, mais surtout parce que plus il y a d’interdictions dans les stades, plus les supporters y voient une punition à laquelle ils ne peuvent répondre que par la provocation. "Ce qui a été fait, c’est de dire aux supporters qu’ils étaient tous homophobes, explique Nicolas Hourcade. Forcément, cela crée une escalade de tension à laquelle les supporters ont répondu avec beaucoup plus de chants". Cette polémique profiterait donc aux supporters. "Ils en jouent pour mettre en avant leur opposition avec la ligue, qui les empêche d‘utiliser des fumigènes ou de se déplacer, développe Maxime Marchon, rédacteur en chef du magazine SoFoot. En arrêtant les matches, les supporters en profitent pour se faire de la publicité et jouent avec." Mais, si on ne passe pas par la punition, quelle solution dans ce combat ? "Il faut se rendre compte de la portée de l’insulte. Le problème est culturel et sociétal, conclut Maxime Marchon. On ne leur apprend pas." On ne manquerait donc que de pédagogie ?

Miser sur la pédagogie plutôt que sur la sanction

"On est allés dans la sanction directement sans favoriser les réunions entre supporters et associations anti-homophobie, ajoute Nicolas Hourcade. Il aurait mieux valu renforcer ces projets-là, et faire un travail de sensibilisation." Une erreur que reconnaît également Sylvain Ferez, qui voit dans cette médiatisation le début d’une solution. "C’est bien de poser le problème. Il faut espérer un travail éducatif avec les jeunes footballeurs et sans doute les supporters, expose le sociologue. Malheureusement, les discours des joueurs sont assez pauvres. Pourtant, ce serait bien qu’ils prennent position et qu’ils s’emparent de la parole car ce serait des médiateurs de l’information efficaces." 

Cependant, pour ce faire, selon Maxime Marchon, les footballeurs attendraient un signal, de quiconque. "Eduquer, c’est le rôle de tout le monde dans ce microcosme : les présidents, les agents, les managers, les sponsors, les marques, explique-t-il. Et c’est dommage que les joueurs aient peur des répercussions. Aujourd’hui, tout le monde essaie de tirer la couverture à lui alors que ça ne se réduit pas à ça. C’est un problème micro qui demande une solution macro, soit de prendre plus de hauteur que de s’arrêter à la punition." Une technique pourtant bien acquise dans le milieu, car le football est souvent vecteur d’intégration, selon le rédacteur en chef. D’une même voix, les sociologues et lui-même confient alors que des discussions réunissant tous les acteurs du combat devraient voir le jour si l’on veut changer les choses à long-terme.

Des discussions qu'attend également Cécile Chartrain, co-présidente et fondatrice des Dégommeuses, association féministe qui lutte pour la promotion du foot féminin et contre le sexisme, les LGBT-phobies et les discriminations. Même si elle regrette, à raison, qu’encore trop peu de gens se sentent "acteurs" du combat contre l’homophobie et pas seulement dans les stades. "Les solutions qui ont été proposées jusqu'à présent sont globalement peu lisibles et posent différent problèmes, estime-t-elle de son côté. Pour le moment, seules trois associations à dimension LGBT ont été conviées par la LFP à une discussion avec les groupes de supporters. Ainsi, tout le monde fait comme si le problème de l'homophobie était uniquement une affaire de supporters "beaufs". On stigmatise une fois de plus les classes populaires alors que ce sont tous les acteurs, sans exception, qui devraient faire leur autocritique et se préoccuper de la question, des présidents de clubs et de fédérations aux supporters en passant par les éducateurs, les accompagnateurs et les joueurs." Au-delà de miser sur la pédagogie plus que sur la sanction, il faudrait donc réunir l’ensemble des acteurs et des actrices du milieu autour de la table de la discussion. "Il faut demander à chacun et chacune ce qu’ils et elles comptent faire pour avancer à leur niveau, dans le foot pro mais aussi dans le foot amateur, chez les garçons mais aussi chez les filles, poursuit-elle. Enfin, il ne faut pas oublier que l’homophobie et le sexisme sont intimement liés. Il faudra favoriser les interventions pédagogiques en adéquation avec ce constat. Ce qui est pour le moment d'autant plus difficile que les femmes qui ont essayé de s'inviter dans le débat ont été victimes de procès de légitimité"Et peut-être alors que le football nous permettra, à long-terme, de changer le monde. 

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