Prénoms d’"origine étrangère" : et si les chercheurs arrêtaient avec cette obsession ? Prénoms d’"origine étrangère" : et si les chercheurs arrêtaient avec cette obsession ?

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Prénoms d’"origine étrangère" : et si les chercheurs arrêtaient avec cette obsession ? par Ophélie Manya

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Publié le Mardi 16 Avril 2019

Publiée le mercredi 10 avril, une étude de l’INED cherche à montrer une corrélation entre prénoms donnés par les immigrés à leurs enfants et volonté d’intégration. Un nouvel épisode qui prouve l’obsession des chercheurs pour les patronymes "étrangers", dérangeante et nous pose question.

Mercredi 10 avril 2019, Baptiste Coulmont et Patrick Simon, sociologues à l’INED (Institut national des études démographiques), publiaient une étude qui s’intéresse aux prénoms donnés par les immigrés d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord à leurs enfants. L’une des conclusions avancées par l’étude, intitulée "Quels prénoms les immigrés donnent-ils à leur enfants en France ?", est qu’en deux générations, les prénoms des descendants d’immigrés s’éloignent de ceux de leurs pays d’origines, ce qui montrerait leur "volonté d’intégration". Une analyse qui vient contredire l’enquête de Jérôme Fourquet, parue en février 2019 dans Le Point, qui affirmait que les prénoms "arabo-musulmans" étaient en hausse chez les nouveau-nés en France. Des conclusions qui divergents, pour un sujet d’enquête récurrent. Et quand ce ne sont pas les chercheurs qui s’y intéressent, le débat flambe sur les réseaux lorsqu’un baromètres des prénoms est publié, ou que la question est abordée sur un plateau télé (coucou, les détracteurs d’Hapsatou Sy). Vous avez dit idée fixe ?

C’est quoi, un prénom "d’origine" ?

Le prénom le plus répandu chez les filles selon naissance.fr (site de recensement des prénoms depuis 2008) en 2018 en France ? "Emma ". Pas sûr que sa cote de popularité soit due aux origines hébraïques et germaniques du prénom…  Dans le cas de nombreux autres prénoms, on a, avec le temps, perdu de vue leurs véritables origines. L’étude de Coulmont et Simon donne d’ailleurs comme exemple "Enzo", qui n'est plus perçu comme italien, ou "Nadine", qui n'a plus rien de russe. Pour le prénom "Yanis", le phénomène est inverse : "Ce prénom d'origine grecque n'a jamais été repris par la population majoritaire. Très rapidement, il a été vu comme un prénom que les maghrébins choisissaient pour leurs enfants. Les autres l'ont évité, faisant gagner au prénom Yanis une ethnicité". Ces contradictions montrant bien que le prénom peut dépasser ses origines supposées.

Un autre exemple parlant : celui des prénoms anglo-saxons, que la culture pop a mis à la mode. Exemple : le nombre de Dylan nés en France dans les 90s à cause de la célèbre série Beverly Hills 90210... De quoi nous rappeler que la question du prénom est complexe et ne peut être réduite à des chiffres, car, lorsque cette décision est prise, de nombreux paramètres entre en jeu. Dont un éludé par cette enquête de l’INED : l’envie de protéger son enfant des discriminations.

La question xénophobe

Les personnes concernées le savent : avoir un prénom "étranger" peut être synonyme de moqueries au quotidien. Ou simplement de mauvaises prononciations systématiques, qui finissent par devenir oppressives.

 

Parfois, le prénom peut même se transformer en insulte, comme "Fatou", devenu une façon de désigner une femme noire agressive. Sur les réseaux, on a même pu voir l’émergence ces dernières années du terme "Fatou flinguée". Les Chochana vont également être moquées, notamment à cause du film La vérité si je mens et du personnage de Chochana Boutboul, qui porterait le patronyme cliché par excellence (avec tout l’antisémitisme qui se cache derrière). Des moqueries racistes, qui peuvent pousser les parents à renoncer à des prénoms pourtant appréciés dans leur culture, pour se soumettre aux normes dominantes.

Sans parler de la discrimination à l’embauche et dans l’accès au logement. Sur ce sujet, mi-décembre 2017, le CNRS avait simulé des demandes à l’aide de profils de faux locataires. Huit personnes fictives aux noms "français" (Sébastien Petit, Kévin Durand, Frédéric Rousseau) et "africains" (Mohamed Chettouh, Mounir Mehdaoui, Karim Benchargui, Nordine M’Barek, Désiré Sambou) avaient répondu à des milliers d’annonces. Le taux de réponse positive pour les noms "français" était de 13,94% à 14,85%. Pour les autres, les chiffres descendaient jusqu’à 9,44%. L'enquête mettait également en avant la prédominance du nom sur les autres critères, comme la profession, l’âge et le logement actuel… 
Alors, quitte à s’intéresser à la question des patronymes, autant prendre en compte les discriminations qui s’y rattache. L’abandon des prénoms étrangers pouvant relever de l’intégration forcée, dans un système qui reste raciste et xénophobe.  

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