Appropriation culturelle : pourquoi les personnes blanches devraient arrêter de porter des tresses collées ? Appropriation culturelle : pourquoi les personnes blanches devraient arrêter de porter des tresses collées ?

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Pourquoi les personnes blanches devraient arrêter de porter des tresses collées ? par Ophélie Manya

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Publié le Mercredi 29 Août 2018

Kim K., Khloé Kardashian, Cara Delevingne… Toutes ont un point commun : elles adorent porter des tresses collées. Et se retrouvent régulièrement taxées d’appropriation culturelle sur les réseaux. On vous explique pourquoi.

Mi-août 2018, la coiffeuse-star Mara Roszak postait sur Instagram un cliché d'une coiffure réalisée sur Cara Delevingne pour son anniversaire : des cornrow braids (tresses couchées ou collées en français). Peut-être une idée soufflée par le clan Kardashian-Jenner, dont elle est proche, Kim étant une grande fan de cette coiffure ? Ce qui est sûr, c'est que la photo a relancé une énième fois le débat : appropriation culturelle ou liberté de se coiffer comme on veut ? Voici quelques éléments-clés qui auraient pu éclairer Cara...


La coiffure des esclaves

Le sujet est aujourd'hui bien documenté : l’histoire des tresses collées est directement liée à celle de la traite des Noirs. C’est en effet un savoir-faire acquis par les esclaves pour pouvoir communiquer des plans d’évasion, comme l’explique un article du Washington Post. Pour envoyer le message qu'ils voulaient s'échapper ou décrire les routes à emprunter, ils utilisaient ces tresses, qui leur permettaient de ne pas être compris par leurs propriétaires. Dans l’histoire plus récente, la pop culture noire a popularisé les nattes couchées, de nombreux rappeurs des années 1990 et 2000 étant connus pour leur style capillaire autant que pour leur musique (50 cents, Snoop Dog, Bow Wow…). Un style qui a très vite été catalogué comme étant "ghetto", "non professionnel", et a du coup été rejeté en bloc par les médias, les entreprises, mais aussi les personnes non concernées par cette culture. Kémi Adekoya, co-fondatrice de l’association Sciences Curls, insiste : "Sur les Noirs, ça fait ‘ghetto’, ‘négligé’. Sur les Blancs, c’est ‘tendance’, ‘exotique’. On va même dire d'eux qu'ils sont ouverts d’esprit... Mais pourquoi les Blancs pourraient s’approprier une coiffure qui sur moi est discriminante ? C’est injuste."



Un héritage, pas une tendance

Résultat : il est pénible de voir ceux qui ont snobé les tresses collées adopter cette même coiffure aujourd'hui, sans jamais s'interroger sur le contexte actuel de domination des personnes non-blanches, pas plus que sur le sens de cette coiffure : la célébration de la culture africaine et un hommage au savoir-faire de nos ancêtres. On porte ainsi "notre glorieux fardeau", pour reprendre les mots d'Obama dans son autobiographie "Les Rêves de mon père". Quant aux médias, ils élèvent aujourd'hui la plus célèbre des Kardashian au rang de précurseure de la tendance, invitant même leurs lecteurs à "recréer les tresses 'à la Kim Kardashian'" (coucou people.com). Tandis que des artistes comme Ciara, Beyoncé, Brandy et Alicia Keys n’ont jamais été acclamées pour avoir porté des coiffures appartenant à la culture africaine... "Le traitement médiatique de ce sujet est problématique, explique Kémi Adekoya. En célébrant les personnalités comme les Kardashians, les médias en profitent pour invisibiliser les Noirs".

Exemple flagrant : les dreadlocks portées par des mannequins blancs sur le défilé de Marc Jacobs en 2016 avait fait le tour des médias, alors qu'un an auparavant, la chanteuse Zendaya avait été insultée pour en avoir porté aux Oscars ("Ses cheveux sentaient le patchouli… ou la weed", avait alors dit l’animatrice américaine Giuliana Rancic). Le message envoyé ? "On aime votre culture, mais pas sur vous. Plutôt sur les femmes blanches, qui ont le monopole de l’élégance", résume la co-fondatrice de Sciences Curls. Selon elle, dans un monde où les femmes noires seraient celles qu'on admire pour leur coiffure, le port des tresses ou des dreadlocks par des personnes non-blanches serait plus acceptable...

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