Pourquoi les hommes heureux se mettent-ils tout nu ? Pourquoi les hommes heureux se mettent-ils tout nu ?

L'époque en live

Pourquoi les hommes heureux se mettent-ils tout nu ? par Anne Lods

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Publié le Mardi 24 Juillet 2018

On les a vus se déshabiller au milieu de la rue pour fêter la victoire de l’Equipe de France à la Coupe du Monde. Ils leur arrivent aussi (et surtout) de se dévêtir lors des soirées un peu arrosées. Pourquoi les hommes enlèvent-ils leurs vêtements lorsqu’ils sont contents ? On a posé la question à Arnaud Alessandrin, sociologue du genre.

On a tous un ami qui finit chaque soirée en caleçon sur le balcon, une énième bière à la main, quelle que soit la saison. Il alterne entre cris de victoire et déclarations d’amour enjouées qu’il accompagne souvent d’un câlin, espérant qu’on oublie qu’il est à moitié nu. C’est devenu une habitude. Et il y a de fortes chances que, ce garçon-là, le soir de la finale de la Coupe du Monde, soit sorti dans la rue, ait enlevé ses vêtements et ait fêté la victoire de la France dénudé, au milieu d’inconnus parfois dévêtus aussi. "Retirer son vêtement c’est ôter une partie des normes qu’il représente, explique Arnaud Alessandrin, sociologue. Il s’opère une révulsion du privé, ou de ce qui est censé l’être, dans l’espace public. Sauf à de rares exceptions, nous ne devons pas être dévêtus en public". Une action transgressive donc, puisque l’homme nu se débarrasse des codes qui prévalent dans l’espace public et y adopte ceux de l’espace privé. Comme si on avait tous envie de voir son corps poilu (et plus encore), mais l’homme nu s’en moque.

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Car cet acte n’a rien d’innocent, même s’il n’est pas forcément conscient chez les garçons contents. "Retirer ses vêtements dans l’espace public est toujours un geste qui est dans le registre de la domination, poursuit Arnaud Alessandrin. Les Pussy Riot expriment là un geste politique contre l’oppression patriarcale, les marches des fiertés témoignent d’une réappropriation de l’espace public et du renversement de la honte". Pourtant lorsqu’il s’agit de sorties de stade ou de soirées, se balader torse-nu est un privilège réservé aux hommes. Car si une femme montre ses seins en public, elle attirera automatiquement l’attention masculine. Tandis que le corps à moitié nu de l’homme est associé à une certaine bestialité et à une réappropriation de l’espace, le corps à moitié nu de la femme est immédiatement sexualisé. L’homme nu pense donc naturellement qu’en se déshabillant il ne fait rien de plus que s’amuser et ne dérange absolument personne (et pourtant).

On est dans un rapport impensé à la virilité. Seuls les hommes virils qui débordent de testostérone, soient les mâles cis hétéros, poilus et costauds, se montrent, alors que les autres s’effacent. "Toutes les masculinités n’entrent pas dans ce qui est ‘montrable’ explique l’universitaire. Lorsque durant les marches des fiertés on voit des hommes torse-nus se tenir la main, on crie vite au scandale".
Enfin, alors que pour certains se dénuder est un acte presque instinctif, animal, d'autres poussent l'argument de la "masculinité" à l’extrême et deviennent alors dangereux. "Le nombre de femmes qui ont témoigné de viols et d’agressions ces jours de matchs témoignent une nouvelle fois que certains corps autorisés ne font pas seulement s’accaparer l’espace, conclut alors Arnaud Alessandrin. Ils s’accaparent aussi le corps des autres, dans une violence plus ou moins dure". Il y a encore du chemin à faire.

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