Pourquoi les couples homosexuels ont du mal à trouver un logement ? Pourquoi les couples homosexuels ont du mal à trouver un logement ?

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Pourquoi les couples homosexuels ont-ils autant de mal à trouver un logement ? par Anne Lods

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Publié le Vendredi 18 Mai 2018

Trouver un appartement est un véritable parcours du combattant qui s’avère plus infernal encore pour les couples gays. Des logements leur sont souvent refusés sans raison apparente. Ils sont trois à témoigner pour nous.

D’après le rapport sur l’homophobie sorti le 15 mai 2018, 11% des personnes interrogées disent avoir été discriminées lorsqu’elles cherchaient un logement. On y trouve le témoignage de Fatima et Sophie qui veulent emménager ensemble. Le particulier à qui elles s’adressent refuse leur dossier, prétextant qu’il ne prend pas de colocataires. L’homme ne veut pas comprendre qu’il s’agit d’un couple de deux femmes... et il est loin d’être le seul. En 2018, l’homosexualité fait encore fuir un grand nombre de propriétaires et d’agents immobiliers. Pourquoi ? Camille, Jonathan et Anne ont accepté de témoigner.

"Et donc, votre mari… ?" ou quand les proprios et les agents feignent ne pas comprendre

"Ma compagne et moi". C’est en ces termes que la petite amie de Camille se présente à plusieurs reprises à un agent immobilier. Toutes les deux ont aimé un appartement et souhaitent le visiter. Elles ont un très bon dossier. Au moment de relancer la conversation, l’agent la questionne sur son mari. De quoi perturber Camille. "C’était peut-être totalement inconscient, nous confie-t-elle. Ça arrive d’être tête en l’air, mais l’inverse ne se produirait pas". Tout comme Fatima et Sophie qui témoignent dans le rapport, Camille et sa compagne ont également dû expliquer qu’elles n’étaient pas colocataires. "Vous n’êtes ni pacsées, ni mariées ? Moi de ce que je sais, ça c’est une colocation", leur a-t-on répondu, avant de refuser leur dossier, évidemment. Se présenter comme colocataires n’aurait d’ailleurs aucun avantage. "Mieux vaut ne pas avoir l’appartement d’une personne qui nous considère comme des colocataires, nous livre Jonathan. Je préfère traiter avec quelqu’un qui sait qui nous sommes, et qui nous prend pour qui l’on est". Une question, encore une fois, qui n’aurait jamais été posée à un couple hétérosexuel. Et selon Anne, c’est parce que certains agents et proprios vivent dans une sorte de déni. "Les gens ne se figurent pas une relation lesbienne. Entre filles, il n’y a pas de pénis, donc pas de pénétration. S’il n’y a pas de pénétration, il n’y a donc pas de sexualité. Sans sexualité, pas de relation". Et quand ils se la figurent, c’est de façon malsaine. Camille, quant à elle, s’interroge : "j’ai l’impression que, pour eux, si mon couple n’est pas institutionnalisé ou formalisé par un morceau de papier, il n’existe pas". Ce qui n'est pas le cas pour les couples hétérosexuels.

Quand les proprios et les agents laissent les couples sans réponse

Il suffit parfois de désigner sa moitié pour semer le trouble dans l’esprit de l’agent ou du proprio, on l’a bien vu. Mais Jonathan a laissé (littéralement) son interlocuteur sans voix en lui parlant de son "conjoint". Il a relancé la conversation, mais, par la suite, n’a jamais eu de retour. Nombre de mails de Camille sont également restés sans réponse, lorsqu’on ne lui a pas délibérément menti au téléphone. Ce qui est frappant, c’est que nos trois témoins dressent la même hypothèse et ne semblent même plus surpris d’être traités de la sorte. "Si les proprios ne nous répondent pas, c’est qu’ils ne nous font pas confiance, déclarent-ils. Ils nous voient comme des dépravés qui vont faire la fête à longueur de temps". Et quelle image… totalement erronée ! Anne nous rappelle que l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale depuis 1990 (seulement). "C’est encore tout récent, dit-elle. Il va falloir du temps. Même si, depuis qu’on peut se marier à la mairie, on a pu passer dans le registre de l’amour, et plus dans celui de la dépravation sexuelle". A force d’ignorance et de discriminations, Jonathan en est venu à imaginer un dossier inspiré des CV sans photos outre-Manche. "Lorsqu’on passe par les agences, développe-t-il, on devrait pouvoir faire des dossiers anonymes pour que les proprios se concentrent uniquement sur notre situation et notre statut pour faire leur choix". Bonne idée, même s’il faudrait peut-être simplement que les mentalités évoluent enfin...


Via Giphy

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