“Penis shaming” de Donald Trump : peut-on se battre contre un misogyne en utilisant ses propres armes ? “Penis shaming” de Donald Trump : peut-on se battre contre un misogyne en utilisant ses propres armes ?

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“Penis shaming” : peut-on se battre contre un misogyne en utilisant ses propres armes ? par Lucile Quillet

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Publié le Mercredi 3 Octobre 2018

Fin septembre, l’actrice Stormy Daniels a affirmé que Donald Trump (avec qui elle aurait eu une liaison) possédait “un petit pénis boursouflé”. Les médias se sont enflammés, et tout le monde a bien rigolé. Mais cette humiliation est-elle vraiment une bonne idée ?

Il y a deux semaines, le monde s’est arrêté le temps d’une info très singulière : le pénis de Donald Trump ressemblerait à Toad, le petit champignon trapu du jeu Mario Kart. Du moins, c’est ce que nous révélait le très sérieux Guardian en publiant les détails croustillants du livre à paraître de Stormy Daniels, Full Disclosure. L’actrice porno, qui affirme avoir été rémunérée pour taire sa liaison avec Trump, a récolté une promotion d’enfer et le président des États-Unis, a.k.a “l’homme le plus puissant au monde”, une humiliation planétaire.

Impossible de ne pas pouffer en découvrant cette info, tout en s’inquiétant tout de même du niveau du débat... En est-on arrivé au point où se moquer du phallus d’un président est un argument politique ? Est-ce vraiment plus efficace (et cohérent) de combattre un misogyne notoire en utilisant ses propres armes ? Ne ferait-on pas la démonstration criante d’un “deux poids deux mesures” sexiste au sujet du body shaming, dont les hommes souffrent aussi ?

Dans son livre Stormy Dianels révèle les détails croustillants de "sa relation intime" avec Trump. Crédit : Getty

L’arroseur arrosé

Rectifions une chose : nous ne rions pas du fait que Donald Trump ait peut être un petit pénis boursouflé. Nous rions du fait qu’il soit lui-même piégé dans les filets de ces stéréotypes sexistes dont il use et abuse dès qu'il en a l'occasion. Trump n’est pas n’importe qui : il est l’homme qui a tenu les rênes du concours Miss Univers pendant près de vingt ans. Celui qui a dit que Heidi Klum n’était plus “un 10”, celui qui a qualifié Rosie O’Donnell de “gros visage laid”, Megyn Kelly de “bimbo”, Arianna Huffington de “peu attirante, dedans et dehors”, et s’étonnait de voir Brigitte Macron en “bonne forme physique”. “Étant donné combien Trump a blessé les femmes, c’est là un cas où l’on peut céder, sans culpabiliser, au body shaming”, nous décomplexe The Guardian.

Justice divine semble soudainement être rendue : dans son monde idéal, selon ses propres critères, l’homme en ego-trip non stop devient un soldat hypocrite et raté de la masculinité toxique, un lâche qui écrase les autres pour se sentir mieux. Comme l'avance Stylist UK, “parfois, quand quelqu’un tombe aussi bas que ça, la seule solution est de frapper là où ça fait mal.” Peut-être Trump va-t-il éprouver l’humiliation qu’il fait subir aux autres grâce à sa position d’homme blanc puissant érigé par un système patriarcal dont - ironie du sort - il serait lui-même la risée?

Compenser avec encore plus de misogynie

Parler le même langage que Trump sert-il vraiment la cause de l’égalité entre les sexes ? N’oublions pas qu’il n'est sans doute pas le seul à avoir un pénis peu harmonieux. Comment ne pas humilier et isoler avec lui tous ces hommes silencieux et complexés, lesquels ne sont pas tous des misogynes? De loser, Trump deviendrait alors victime, l’icône magnifique et revancharde de la cause des pénis marginaux. Selon Rolling Stone US, perpétuer cette masculinité toxique pousserait même les hommes à compenser en étant encore plus misogynes et violents avec les femmes. Ne nous privons pas de rire de Trump. Mais ne croyons pas que cela soit efficace. Car le patriarcat ne consiste pas à être gouverné par des pénis imposants, mais par ceux qui pensent que c’est très important. Surtout quand ils n’en ont pas.

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