Patinage, natation… : des sportives accusent des entraîneurs d’accusations sexuelles Patinage, natation… : des sportives accusent des entraîneurs d’accusations sexuelles

L'époque en live

Patinage, natation… : une enquête ouverte pour viols et agressions sexuelles sur mineurs par Tess Annest

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

5 minutes

Publié le Mardi 4 Février 2020

Après le cinéma, la télé et le journalisme, c’est au tour du sport d’être entaché par des accusations d’agressions sexuelles et de viols. Dans une enquête publiée dans "L’Équipe", plusieurs anciennes sportives de haut niveau dénoncent l’omerta qui règne dans le milieu.

Mise à jour du 04/02/2020 : 

Suite au témoignage dans L'Equipe de l'ex-patineuse artistique, Sarah Abitbol, contre son ancien entraîneur, Gilles Beyer, et à la publication de son livre Un si long silence, la justice a décidé d'ouvrir une enquête préliminaire pour viols et agressions sexuelles sur mineurs. Le parquet de Paris s'est donc saisi de l'affaire ce mardi 4 février 2020. Les investigations pour "viols sur mineurs par personne ayant autorité sur la victime" et "agressions sexuelles sur mineurs" ont été confiées à la brigade de protection des mineurs de la Direction régionale de la police judiciaire de Paris et ont pour but d'identifier d'autres victimes. Invitée sur le plateau des Grandes Gueules, la championne a appris la nouvelle en direct. "Ça me touche beaucoup, les choses sont en train de changer, c’est incroyable l’ampleur de ma prise de parole", a-t-elle confié, émue.

_______________

De nouvelles révélations viennent ternir l’image du sport. Dans une grande enquête publiée dans le journal sportif L’Équipe ce mercredi 29 janvier 2020, plusieurs anciennes patineuses et nageuses professionnelles accusent leurs anciens entraîneurs d’agressions sexuelles et de viols sur mineures, et dénoncent l’omerta qui règne dans leur milieu. Plus de trente ans après les faits, elles racontent l’emprise psychologique et sexuelle, en espérant pouvoir aider d'autres victimes à s'exprimer.

L’ex-patineuse artistique Hélène Godard donne des détails. Alors qu’elle avait entre quatorze et quinze ans, son entraîneur aurait eu deux relations sexuelles avec elle. La jeune femme serait ensuite tombée sous l’"emprise sexuelle" d’un autre instructeur, toujours plus âgé qu’elle. Deux autres patineuses, Anne Bruneteaux et Béatrice Dumur, accusent un professionnel d’agressions sexuelles et de viols. La dernière explique avoir mis du temps à comprendre qu’elle était "une victime et plus la fautive". Des anciennes nageuses prennent également la parole. Elles accusent toutes le même entraîneur d’avoir abusé d’elles dans le cadre de leur sport étude à Font-Romeu. Parmi elles, Elisabeth Douet, 14 ans à l'époque, et Frédérique Weber, 13 ans, racontent que cet homme aurait eu l'habitude de faire venir des nageuses avec lui dans un sauna. Elles expliquent avoir subi des tentatives de viols et de nombreux actes déplacés. Problème : la justice était au courant de ses agissements, l’homme ayant été condamné en 1993 à six mois de prison avec sursis pour attentat à la pudeur sans inscription au casier judiciaire. Libre d'exercer ses activités, il est aujourd’hui référent sport étude dans un lycée de Canet-en-Roussillon... Dans le même article, l’ex-tenniswoman Isabelle Demongeot raconte elle aussi son calvaire. "Quand est-ce qu’on va tendre la main à toutes ces victimes ?" clame celle qui accuse l'entraîneur Régis de Camaret, depuis condamné à dix ans de prison, de l'avoir violée.

Au micro de franceinfo, le directeur de la rédaction du journal L'Équipe, Jérôme Cazadieu explique : "#MeToo est passé par là, mais il y a aussi la volonté de davantage faire bouger les lignes". "Certains de ces entraîneurs vont jusqu'à séduire l'entourage familial et les convaincre parfois de leur déléguer entièrement l'éducation et la réussite de leurs enfants en les accueillant chez eux pendant la durée de leur formation", ose-t-il. "Il y a beaucoup de gens dans la fédération qui étaient au courant, et qui aujourd'hui font 'non, non, on n'a rien vu' ; en off, ils nous disent qu'ils savaient. L'omerta fait toujours qu'on a un peu peur d'être celui qui va dire la vérité. Celui qui va s'exprimer, c'est à chaque fois ce que l'on voit, est sanctionné derrière. La victime en particulier va se retrouver isolée". "C'est aux fédérations de se bouger vraiment, et de se saisir de ce sujet-là", avoue-t-il. En réaction, la ministre des Sports Roxana Maracineanu a jugé "indispensable et salutaire" les témoignages de ces victimes et a rappelé sa volonté de généraliser à toutes les fédérations le contrôle d'honorabilité via la vérification du casier judiciaire des encadrants "pour garantir la sécurité des pratiquants"

Depuis, les témoignages publics pleuvent. Au micro de Léa Salamé ce jeudi 30 janvier 2020, la championne de patinage artistique Sarah Abitbol a livré un témoignage poignant. Entre 1990 et 1992 et alors qu'elle n'était encore qu'une adolescente, la jeune femme a été agressée et violée par son entraîneur de l'époque. "Il profitait de venir dans la nuit quand je dormais avec mes peluches et me réveillait avec sa lampe torche. C’était un cauchemar. J’étais une jeune fille pleine d’ambitions dans le patinage et comme toutes les jeunes filles, on rêve du prince charmant, d’un amoureux. Ce qu’il a fait au plus profond de mon corps est terrible et ça l’est encore aujourd’hui", explique-t-elle. Près de trente ans plus tard et après une longue amnésie post-traumatique, elle parle enfin. "Pour briser le silence, pour toutes les autres victimes qui ne peuvent pas parler. Il faut que je sois courageuse, que je serve d’exemple, que cette honte se transforme en victoire", explique-t-elle. L'ex-patineuse estime que "la loi doit changer" et réclame "une non-prescription pour les crimes sexuels comme cela existe en Suisse, au Pays de Galles et en Californie". 

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires