Outrage sexiste : la pénalisation du harcèlement de rue est-elle utile ? Outrage sexiste : la pénalisation du harcèlement de rue est-elle utile ?

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Harcèlement de rue : une pénalisation est-elle vraiment utile ? par Laura Carreno-Müller

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Publié le Vendredi 2 Mars 2018

Le harcèlement de rue pourrait bientôt être sanctionné d’une amende de 90 euros. C’est en tout cas ce que propose un nouveau rapport remis à Marlène Schiappa, le mercredi 28 février 2018. Une proposition efficace ou à la ramasse ?

Pénaliser le harcèlement de rue d’une amende allant de 90 à 750 euros : c’est la nouvelle proposition d’un rapport de plusieurs députés, remis à Marlène Schiappa, le mercredi 28 février 2018. Si elle est adoptée par le gouvernement, la mesure sanctionnerait "tout propos ou comportement ou pression [à caractère] dégradant ou humiliant", pouvant provoquer une "situation intimidante, hostile ou offensante". Sifflements, commentaires grossiers, mains aux fesses ou insultes, ces comportements sexistes transforment le quotidien des Françaises en un calvaire, puisqu’ils "affectent le droit à la sécurité et limitent l’occupation de l’espace public par les femmes", d’après le Haut Conseil à l’égalité (HCE). En 2015, ce dernier révélait que 100% des utilisatrices de transports en commun ont été victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles. Mais la verbalisation suffira-t-elle pour lutter contre ces violences ?  

Les victimes, délaissées par les autorités

Si le harcèlement de rue est fréquemment dénoncé sur la Toile, les plaintes restent rares. En octobre 2017, Le Parisien révélait que 1 000 à 1 200 plaintes sont déposées chaque année pour harcèlement sexuel en France, mais seulement une cinquantaine d’entre elles aboutissent à une condamnation. Près de la totalité des plaintes (93%), tous lieux confondus, sont classées sans suite par les autorités, toujours selon le quotidien. Pour les experts, ce chiffre s’explique par la difficulté à caractériser l’infraction. Du côté des victimes, l’histoire est bien différente : une grande majorité dénonce un manque de formation des agents de police. "Quand une victime porte plainte, on retourne la culpabilité contre elle", a souligné Marie Ailbert, la porte-parole de l’association Osez le Féminisme dans les colonnes de l’Express. Un comportement mis en lumière par le blog Paye ta Police.  


Pénalisation et stigmatisation des minorités ?  

Autre problème que pose l’éventuelle verbalisation du harcèlement de rue : le risque de stigmatisation.  Si la proposition peut être félicitée, elle a aussi été vivement critiquée, notamment par une quinzaine de militant(e)s féministes dans une tribune pour Libération, en septembre 2017. "En insérant la catégorie ‘harcèlement de rue’ dans le domaine pénal, la rue devient la cible des politiques publiques. Du même coup, elle vise les populations qui l’occupent, lesquelles appartiennent souvent aux fractions paupérisées et racisées", peut-on y lire. Les signataires enfoncent le clou en affirmant même que cette nouvelle infraction viserait à circonscrire "une catégorie de personnes – les hommes des classes populaires". En attendant que la mesure soit adoptée, rappelons que le harcèlement sexuel ne se limite pas qu’à la rue et s’invite même dans l’open-space : selon l'Ifop, 32% des Françaises en ont déjà été victimes sur leur lieu de travail.

Laura Carreno-Müller

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