Origines des Bleus : et si on arrêtait l’hystérie ? Origines des Bleus : et si on arrêtait l’hystérie ?

L'époque en live

Origines des Bleus : et si on arrêtait l’hystérie ?

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Publié le Vendredi 20 Juillet 2018

Depuis dimanche 15 juillet 2018 et la victoire des Bleus à la Coupe du monde, les polémiques sur leurs origines et l’identité française se multiplient. Décryptage de ces com’ hystéros qui ont envahit les réseaux sociaux.

"Laissez-nous kiffer !"

Très bruyantes sur le Web, ces personnes qui trouvent qu’on devrait simplement profiter de l’euphorie post-victoire de l'équipe de France.


Mais si tout le monde est à bloc depuis dimanche, pas la peine de laisser son cerveau aux vestiaires pour autant, le sport étant un superbe thème… de réflexion. En mai dernier, un séminaire "Football et sciences sociales" était par exemple organisé à l’Ecole Normal Supérieure de Paris, afin d’étudier le foot sous l’angle historique, sociologique, anthropologique ou encore économique, et les chercheurs hexagonaux se passionnent pour ces sujets depuis le Mondial 98. Il est donc logique que des intellectuels, mais aussi de simples citoyens, cherchent à analyser cette victoire historique. Et entament des conversations sur les codes culturels et sociaux des joueurs, de leur langage à leurs goûts musicaux, en passant par leurs mouvements de danse ou leur passion des réseaux sociaux.


"L’équipe de France, c’est l’équipe d’Afrique"

Vivre en 2018, c’est connaître les joies de la 4G et des sushis livrés en vingt minutes. Mais aussi de la fachosphère, selon qui les Bleus sont avant tout des Noirs. A l’international, même combat, notamment en Italie, où le Corriere della Sera a qualifié le groupe « de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs ».

Comme si ça ne suffisait pas, d’autres en ont rajouté une couche, en renvoyant dos à dos les com’ racistes et les réflexions de fond sur l’identité française. Comme celle de la journaliste et activiste Rokhaya Diallo, qui évoque dans le Washington Post la fierté de voir briller "l’excellence noire aux yeux du monde" (un monde gangrené par le racisme, faut-il vraiment le rappeler en 2018 ?). Mais qui martèle aussi qu’on doit cesser de remettre en question l’appartenance à la nation française des sportifs racisés – ce que médias et politiques s’autorisent allègrement quand on perd. Quant à l’animateur sud-africain Trevor Noah, il a magistralement répondu à la polémique créée par son sketch "L’Afrique a remporté la Coupe du monde" en questionnant notre modèle d’intégration, qui empêche de se dire Français tout en revendiquant son africanité.


"La banlieue crée des champions… et des casseurs"

Harcèlement sexuel, pillages… Les célébrations ont malheureusement été entachées par des violences. Trop heureux, les réac’ prennent depuis le Web d’assaut et accusent les jeunes des quartiers populaires, à base de subtils "C'est toujours les mêmes qui foutent la merde". Double peine : en plus de subir la stigmatisation, la banlieue a droit à la récupération. Après avoir dabbé le soir de la finale, Emmanuel Macron n’a ainsi pas hésité à checker les Bleus lors de leur venue l’Elysées. Une façon d’adouber les cultures urbaines pour certains commentateurs, voire un signal positif en faveur des banlieues. Sauf que pendant ce temps, les associations s’émeuvent du peu d’ambition du gouvernement pour les quartiers prioritaires, qui n’héritent aujourd’hui que d’un plan fourre-tout, après l’abandon du projet Borloo fin mai.


"Moi, je ne vois pas les couleurs"

Dans un tweet viral posté le 17 juillet, Raphaël Enthoven affirme que notre pays "chérit le talent de ses joueurs au lieu de s'intéresser à la couleur de leur peau". L’art de tuer dans l’œuf toute tentative d’analyse sur l’identité française moderne. Et de sous-entendre que les problèmes sont réglés comme par magie : depuis la victoire, fini les oppressions ! Un rapide coup d’œil sur les réseaux montre pourtant que le racisme pépouze a de beaux jours devant lui. Et un tour dans la vraie vie, que les personnes racisées subissent toujours les discriminations à l’embauche ou le contrôle au faciès. Notons que les habitués des commentaires discriminants (Enthoven, Françoise Laborde et consorts) n’ont d'ailleurs jamais été aussi pressés d’expliquer qu’une carte d’identité suffisait à faire de vous un bon Français... Leur pensée binaire aura créé une belle hystérie en ligne, mais n’aura pas empêché des prises de paroles pertinentes – dont celles des principaux concernés, inaudibles en 1998. Vive les Internets, vive les Bleus !  

 

Coline Clavaud-Mégevand et Ophélie Manya

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptés à vos centres d’intérêts, dans le respect de notre politique de confidentialité. Cliquez ici pour en savoir plus