#NousToutes : mais pourquoi les médias invisibilisent-il le féminisme ? #NousToutes : mais pourquoi les médias invisibilisent-il le féminisme ?

L'époque en live

#NousToutes et #NousAussi : mais pourquoi les médias invisibilisent-ils le féminisme ? par Coline Clavaud-Mégevand

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

5 minutes

Publié le Lundi 26 Novembre 2018

Samedi 24 novembre 2018, 50 000 femmes marchaient dans les rues de France contre les violences misogynes. Un événement qui aurait dû faire les gros titres, mais a finalement été relégué en arrière-plan. Une habitude quand on parle de féminisme...

#NousToutes aura décidément été un moment historique : le 24 novembre, 50 000 personnes marchaient dans toute la France, contre quelques milliers lors des rassemblements du 25 novembre (la Journée internationale contre les violences faites aux femmes) des années précédentes. A Paris, elles étaient 30 000, avec en tête de cortège, des femmes trans, travailleuses du sexe, voilées... Une grande première, comme l’a noté sur Twitter le mouvement #NousAussi, complémentaire de #NousToutes.
 


De quoi susciter l’intérêt des médias ? Loin de là : aux JT du soir même, les principales chaînes n’y ont consacré que de maigres sujets, à l’exception notable de France 3. Côté presse papier, la situation n’était guère plus reluisante, et les pages d’accueil des sites d’info étaient couverts de jaune plus que de violet (la couleur du mouvement #NousToutes).
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Instantane des pages d’accueil de 10 sites d’information à 19h40. 9 #GiletsJaunes , 1 #NouStoutes

Une publication partagée par alice coffin (@alice.coffin) le


"Le traitement médiatique a été totalement déséquilibré, confirme le Dr. Virginie Martin, politiste à Kedge Business School. Pourtant, malgré la mobilisation des gilets jaunes le même jour, #NousToutes a été une vraie réussite… mais pas totale, car elle ne pouvait pas l’être sans les médias comme caisse de résonance". Un problème non pas de calendrier, mais bien de choix éditorial, selon la spécialiste : "Dès le début de la journée, BFMTV a planté ses caméras sur les Champs Élysées et y a suivi chaque micro-événement pendant 10h d’affilée. De quoi déclencher une ‘spirale du bruit’ : pour se faire entendre, les gilets jaunes avaient tout intérêt à se rendre là-bas plutôt que d’aller sur le Champ de Mars (le lieu autorisé du rassemblement, ndlr), et à créer un maximum d’agitation".
 


Autre ambiance du côté de #NousToutes, où aucun pavé descellé ni feu de poubelle n’a été à déplorer malgré la légitime colère des participant.es, qui ont témoigné via des pancartes et des slogans des violences subies – du harcèlement de rue au viol en passant par le féminicide dans leur famille. Mais si le spectacle était par nature moins intéressant pour les médias, c’est surtout sa thématique féministe qui ne les a pas intéressés, pas plus que le reste de l’année. Interrogée sur le sujet par 20 Minutes, l’historienne du féminisme Bibia Pavard estime que s’ils ont "raté le caractère historique de la marche", c’est en raison d’"un effet structurel, une histoire (…) patriarcale auxquels les médias n’échappent pas."  Au sein des rédactions, on trouve en effet des responsables masculins qui ne se sentent pas concernés (ou qui n’ont aucun intérêt à ce que leurs privilèges soient remis en question), mais aussi des femmes qui ne souhaitent pas s’emparer de la thématique. "Elles ont intégré le fait que la cause féministe (et féminine) n’était pas un sujet 'noble', explique Virginie Martin. Il est méprisé, décrié, cassé par au moins 50% de l’opinion publique, alors pour être visible, ces journalistes préfèreront traiter d’économie ou de politique au sens strict". Double effet kiss cool ? Le regard défavorable du public poussent les médias à laisser la parole aux antiféministes, de Raphaël Enthoven à Eugénie Bastié, sans parler d’Elisabeth Levy, Eric Zemmour et autres Finkielkraut. Résultat : un traitement indigent, dont l’exemple le plus parlant est sans doute la déferlante #MeToo et #BalanceTonPorc, devenus en France flaque d’eau tiède, où surnageaient des interviews de people contre la "délation" et pour une soi-disant "séduction à la française"
 


"Notre pays est en décalage total, confirme Virginie Martin. Aux US, le féminisme est porté par des stars comme Oprah Winfrey ou Sheryl Sandberg, il est partout sur Netflix... Dans les démocraties francophones comparables à la nôtre (la Suisse, le Luxembourg, le Québec, la Belgique), on féminise les noms de métiers à tout va sans que personne ne s’en émeuve. Mais chez nous, on en est encore à clamer ‘Je suis pour l’égalité mais je ne suis pas féministe’, et à attendre que des hommes parlent du sujet pour qu’il devienne tout à coup crédible." Un problème culturel qui pourrait disparaître si l’égalité femme-homme faisait partie de l’agenda politique… ce qui n’est pas le cas en 2018. Malgré le fait qu’elle a été désignée "grande cause nationale" par le gouvernement Macron, l’exécutif est aujourd’hui aux mains de politiciens hommes, et les budgets alloués à cette question sont très insuffisants selon les associations. Quant à la première Université d’été du féminisme, organisée en septembre par Marlène Schiappa, elle avait vu se succéder sur scène Raphaël Enthoven, Elisabeth Levy et Peggy Sastre… co-auteure de la tribune anti-#MeToo aux côtés de Catherine Deneuve.

"On peut parler de la responsabilité des médias, mais si le féminisme n’est pas réellement inscrit à l’agenda politique, il ne peut pas tourner en boucle à la télévision, argue Virginie Martin. C’est pourtant un sujet fondamental : la moitié de la population reste moins payée, est violentée, violée... mais on nous explique qu’il y a toujours un sujet plus important. D’ailleurs, quand on interroge des femmes gilets jaunes, c’est via le prisme de la misère sociale, pas de l’oppression patriarcale, alors que c’est bien ça, leur réalité : les métiers moins payés, le temps partiel subi, la non-reconnaissance du travail domestique…" La spécialiste note d’ailleurs que dans les démocraties de petite taille, comme la Suède, le féminisme est la règle, car désavantager 50% d’une population réduite ne serait pas viable sur le plan économique et organisationnel. En pleine grogne sociale, il serait donc utile que la France fasse sa révolution féministe. 
 

 

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptés à vos centres d’intérêts, dans le respect de notre politique de confidentialité. Cliquez ici pour en savoir plus