Meurtre de Vanessa Campos : le sort des prostituées trans nous intéresserait-il enfin ? Meurtre de Vanessa Campos : le sort des prostituées trans nous intéresserait-il enfin ?

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Meurtre de Vanessa Campos : le sort des prostituées trans nous intéresserait-il enfin ?

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Publié le Mardi 28 Août 2018

Lundi 27 août, cinq personnes ont été mises en examen suite au meurtre de Vanessa Campos, femme trans et travailleuse du sexe assassinée il y a dix jours au bois de Boulogne. Un drame qui trouve un écho inédit sur le Web et dans la presse. Preuve que les lignes bougent ?

Mise à jour du mercredi 12 septembre 2018 : dans le cadre de l'enquête pour le meurtre de Vanessa Campos, six personnes sont actuellement en garde à vue pour "meurtre en bande organisée". Les premiers éléments de l'enquête ont confirmé que c’est en tentant de défendre un client que la jeune femme a été assassinée. L’association Acceptess-T et le STRASS appellent à une nouvelle marche blanche en sa mémoire et pour dénoncer la pénalisation du travail du sexe, samedi 22 septembre à Paris.

Vanessa Campos Vasquez avait 36 ans, aidait financièrement sa famille restée au Pérou et ne baissait jamais la tête quand on la traitait de "travelo" ou qu’on la mégenrait (le fait d’utiliser un pronom ou tout terme du mauvais genre, pour désigner une personne trans ou non-binaire). Autant d’informations qu’on retrouve dans un long article de Libération consacré à cette femme trans, qui travaillait au bois de Boulogne quand elle a été assassinée d’une balle dans le thorax. Libé n’est pas le seul média à avoir couvert son meurtre : Le Monde, L’Obs, France Info, LCI… ont relayé la nouvelle, expliquant que des bandes de voleurs s’en prenaient depuis plusieurs semaines aux prostituées du bois et que Vanessa avait été tuée en tentant d'aider un client qui allait être détroussé. La question de la pénalisation de la prostitution, qui oblige les travailleurs.ses du sexe à prendre plus de risques pour gagner leur vie, a elle aussi été abordée et plusieurs journalistes se sont rendu.es aux marches blanches, organisées vendredi 24 août pour honorer la mémoire de Vanessa. 

"Les agressions de travailleuses du sexe trans sont courantes, allant parfois jusqu’au meurtre, sans que les médias en parlent, rappelle Thierry Schaffauser, l’un des porte-paroles du Syndicat du travail sexuel (STRASS). Mais cette fois, on a noté plus d’intérêt, et pas seulement par volonté sensationnaliste. Bien sûr, certains médias ont écrit que Vanessa était un travesti, l’ont mégenrée, ont utilisé son nom de naissance ou parlé de transexualité au lieu de transidentité... Mais on a aussi vu plus de papiers de fond, écrits par des gens mieux renseignés". Le communiqué de presse du STRASS, pour lequel le syndicat "a pris le parti d’exprimer son émotion", a lui aussi été très repris sur les réseaux sociaux, notamment par des comptes influents – de quoi pousser les rédactions à traiter le sujet, pense Thierry Schaffauser.

Côté politique, le jour des marches blanches, Marlène Schiappa a fini par écrire un communiqué de presse pour présenter ses condoléances aux proches de Vanessa. Une première en France, aucun gouvernement n'ayant jamais pris la parole dans une affaire de ce type. Et si les enquêtes sur des violences contre des prostituées trans sont généralement classées sans suite, cinq personnes sont actuellement mises en examen dans le cadre de l'enquête. "Souvent, les familles des victimes ne vivent pas en France, d’où l’importance de mobilisations comme les marches pour maintenir la pression sur les institutions. Et puis nous sommes dans un contexte d’agressions en série, ce qui a sans doute poussé la police à dire "là, on ne lâche pas"". Reste que pour les associations, la loi doit changer : "L’opinion publique est contre la criminalisation de la prostitution, explique Thierry Schaffauser. Mais le poids du lobby abolitionniste reste énorme et j’ai peu d’espoir que les politiques bougent sur cette question".

Coline Clavaud-Mégevand

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