Meurtre d’Alexia : pourquoi la ligne de défense de son mari est révoltante

Meurtre d’Alexia : pourquoi la ligne de défense de...

Meurtre d’Alexia Daval : pourquoi la ligne de défense de son mari est révoltante

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Publié le Mercredi 31 Janvier 2018

"L'un des conjoints était violent mais ce n'est pas celui auquel on pense". Hier, les avocats de Jonathann Daval ont pris la parole. Et cette phrase résume bien leur ligne, mais aussi le traitement médiatique réservé à "l’affaire Alexia", plus que jamais choquant.

Depuis mardi 30 janvier, on sait que c’est bien Jonathann Daval qui a tué sa femme, Alexia, dont le corps calciné avait été retrouvé fin octobre 2017. A peine ses aveux prononcés, ses avocats ont pris la parole. L’explication de maître Randall Schwerdorffer ? Le geste de son client est dû aux tensions qui régnaient au sein du couple, mais aussi au comportement de la victime. "Alexia avait une personnalité écrasante, (Jonathann) se sentait rabaissé, écrasé. À un moment, il y a eu des mots de trop, une crise de trop, qu'il n'a pas su gérer", a déclaré l'avocat. Le meurtrier, lui, évoque "un accident", sa défense abondant dans son sens. "Jonathann a essayé de la maîtriser, ça a dérapé et petit à petit il l'a étouffée", a ainsi détaillé Randall Schwerdorffer auprès de France Info.

Quand la victime devient coupable

Des propos qui ont provoqué la colère des défenseur.ses des droits des femmes, Marlène Schiappa en tête. Interrogée sur RTL ce matin, la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes a estimé que l’affaire "n'est pas une dispute, (…) un drame passionnel, c'est un assassinat." Sur Twitter, d’autres ont pointé du doigt le "victim blaming" qu’Alexia Daval subit post-mortem, et auquel les femmes sont abonnées – leur personnalité ou leurs actes étant souvent décrits comme étant à l’origine des violences qu’elles subissent.

Mais si les propos de l’avocat provoquent une émotion légitime, il faut admettre que son travail consiste désormais à minimiser les actes de son client. Le vrai problème est plutôt du côté du traitement médiatique de cette parole, étalée en Une des grands quotidiens nationaux, souvent sans aucune mise en perspective politique ou sociologique.

Un meurtre "romantisé"

Peu de titres ont en effet pris la peine d’évoquer le concept de féminicide, un terme forgé en 1976 par l'auteure féministe Diana E. H. Russell, pour définir "le meurtre de femmes commis par des hommes parce ce que sont des femmes." Et si Libération a actualisé sa nécessaire liste de femmes tuées par leur conjoint (130 en moyenne chaque année), on observe ailleurs une véritable "romantisation" du meurtre d’Alexia Daval. Dans l’Est républicain, on s’appesantit sur le chagrin de Johnatann et ses "mots d’amour" pour elle. Dans Le Figaro, on explique que "certaines zones d'ombre persistent (…) notamment sur la vie du couple". Dans le Parisien, on conclut le récit de l’enquête par une mention de "la grande sensibilité" de l’accusé. Ou comment faire passer un meurtre sordide pour une histoire d’amour qui tourne mal, et enfoncer en prime le clou des stéréotypes de genre – femme hystérique et dominatrice, homme blessé craquant sous le coup de l’émotion et laissant libre court à son animalité… Des mots qui imprègnent les consciences et qui, à force, tuent. En 2018 plus que jamais, on espère ne plus avoir à les lire.

C. C.-M.

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptés à vos centres d’intérêts, dans le respect de notre politique de confidentialité. Cliquez ici pour en savoir plus