La pop culture est-elle en train de perdre la tête ? La pop culture est-elle en train de perdre la tête ?

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La pop culture est-elle en train de perdre la tête ?

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Publié le Dimanche 25 Février 2018

Depuis quelques mois, la pop s’est entichée d’un accessoire glauque à souhait : la tête coupée. En version pochette de disque ou sur les podiums, que signifie cette obsession ?

Jeudi 22 février, la chanteuse américaine Janelle Monáe sortait deux nouveaux singles, Make Me Feel et Django Jane, dont l’artwork la montre en train de déposer sa tête tranchée sur le sol. La veille, en pleine fashion week milanaise, c’est la marque Gucci qui faisait sensation avec ses mannequins affublés de répliques de leur face, portées sous le bras tels d’élégants sacs griffés. Le Web s’est évidemment empressé de remplacer ces postiches par la tronche de Donald Trump, et les internautes de taguer la comédienne Kathy Griffin sur le montage. Une référence au shitstorm qu’elle avait déclenché en mai 2017, en posant devant l’objectif du photographe Tyler Shields, la ganache du Président à la main. Mi-février et toujours au rayon politique, c’est Kehinde Wiley, portraitiste du couple Obama, qui faisait polémique, après que des sites réac’ ont publié ses toiles représentant des femmes noires décapitant des hommes blancs. De quoi nous donner l’impression de revivre la saison 1 de Game Of Thrones… ou de mater un best of signé Daesh.


Selon Mariette Darrigrand, sémiologue et spécialiste des mots du corps, c’est justement ce contexte tragique qui inspire la pop. "On a le sentiment de courir un risque de déshumanisation, estime-t-elle, à cause de l’omniprésence de la violence dans nos vies. On assiste du coup à une résurgence de ses représentations archaïques". Au premier rang desquelles la tête coupée, expression de la brutalité ultra-répandue dans l'histoire de l'art : statues de la Rome antique, toiles classiques montrant le martyr de Saint Denis, litho de la Révolution française... Quant à Judith, qui étête son violeur Holopherne dans l’Ancien Testament, elle a connu un retour de hype avec l’affaire Weinstein, plusieurs sites Web l’ayant utilisée pour illustrer leurs articles. Mais pour Mariette Darrigrand, il faut surtout lorgner du côté de Salomé pour comprendre la signification des têtes coupées version 2018. Autre héroïne biblique, elle séduit son beau-père en lui faisant la danse des sept voiles… et obtient en échange la tête de Saint Jean-Baptiste. "Salomé, c’est la séductrice, l’héroïne d’opéra, le kitsch, explique la sémiologue. Comme nous ne sommes pas dans un monde harmonieux, les artistes lui font référence, pour mettre du beau dans le crime extrême et créer une esthétisation du désordre". Un statement festif et baroque, par une pop culture qui n’en fait décidément qu’à sa tête. 

Coline Clavaud-Mégevand

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