L’interview "Rep à ça" d’Assa Traoré, militante contre les violences policières racistes L’interview "Rep à ça" d’Assa Traoré, militante contre les violences policières racistes

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L’interview "Rep à ça" d’Assa Traoré, militante contre les violences policières racistes par Ophélie Manya

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Publié le Mercredi 22 Mai 2019

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré est retrouvé mort dans la cour de la gendarmerie de Persan. Depuis, Assa Traoré, sa sœur, lutte avec le Comité Vérité et Justice pour Adama afin d’obtenir la vérité sur les conditions de la mort de son frère. Retour sur l’affaire, à l’occasion de la sortie du nouveau livre d’Assa Traoré et de son interview "Rep à ça".

Comment militer contre un système qui protège les forces de l’ordre ? Assa Traoré a trouvé sa réponse : occuper l’espace public et les médias. Devenue "soldate malgré elle", elle lutte aux côtés du Comité Vérité et Justice pour Adama avec la parole pour seule arme. Et ce, dans un seul but : éclaircir l’affaire Adama Traoré. Elle débute le 19 juillet 2016, jour du 24ème  anniversaire du jeune homme noir. À 10 heures, il est convié à aller récupérer sa nouvelle pièce d’identité à la mairie de Beaumont-sur-Oise, dans le Val d’Oise. Aux alentours de 17 heures, son frère, Bagui, subit un contrôle d’identité sans motif par les gendarmes. Adama, sur son vélo, passe par-là, mais décide de fuir. D’abord en pédalant, puis en courant. Pourquoi ? Car il n’a pas sa carte d’identité sur lui. Un oubli banal mais qui, dans les quartiers populaires, se traduit quasi-systématiquement par un contrôle musclé, voire un passage au commissariat. Adama est rattrapé par les gendarmes dans un appartement. Là, ils le plaquent sur le ventre. Sur lui pèse alors le poids de trois personnes, soit 250 kilos.

Malgré les plaintes du jeune homme, qui leur dit qu’il ne peut plus respirer, les gendarmes vont le traîner jusqu’à leur véhicule de service. Pendant ce temps, Adama pique de la tête, s'urine dessus, mais les agents choisissent de l’emmener à la gendarmerie, alors qu’un hôpital est situé à deux cent mètres du lieu d’interpellation. Quand les pompiers arrivent, ils insistent pour que les menottes lui soient retirées pour tenter de le soigner. En vain. Sa mort sera officiellement déclarée à 19h05. La famille Traoré, elle, ne l’apprendra qu’à 23h15, alors que sa mère et son frère se sont présentés pour le voir plusieurs fois, croyant qu’il était retenu mais bien vivant.

C’est alors que la bataille commence. Des manifestations ont lieu, des meetings sont organisés, le comité Adama naît. Son objectif ? Obtenir justice pour Adama Traoré. Dans le deuxième livre d’Assa Traoré, Le combat Adama, co-écrit avec le sociologue Geoffrey de Lagasnerie et qui vient de sortir aux éditions Stock, la militante explique qu’elle veut créer un contre-manuel à destination des familles qui ont perdu un membre à la suite de violences policières racistes. "Contre-manuel", car il s’oppose à une liste d’actions utilisée à chaque fois qu’une personne racisée meurt dans le cadre d’une intervention des forces de l’ordre. Un système bien rodé, qui consiste à dissimuler les véritables causes du décès mais aussi, à criminaliser le mort et empêcher sa famille de se battre pour qu’émerge la vérité.

Stratégie contre stratégie

Dans le cas d’Adama Traoré, que raconte Le combat Adama, les autorités indiqueront les causes de sa mort dans un premier rapport d'autopsie, rendu en juillet 2016 : consommation de drogue et d’alcool. Puis une deuxième expertise expliquera en septembre 2016 que c’est une crise cardiaque et une infection grave qui l’ont emporté. Problème, la famille Traoré sait parfaitement que le jeune homme était en bonne santé et qu’il ne consommait pas de drogues. Dans la foulée de ses dénégations, la préfecture de Cergy-Pontoise convoquera le clan pour lui faire cette offre : "Nous savons que vous êtes musulmans, et que, dans la religion musulmane, vous gardez le corps pendant trois jours. On s’est permis de contacter Air France et Roissy dès demain. Le corps d’Adama peut partir". La famille décline l’offre à contrecœur, car elle aurait aimé qu’il soit enterré rapidement au Mali. Mais le conseil leur a été soufflé par les familles de victimes antérieures, qui ont connu ces méthodes. Parce que prendre le corps d’Adama reviendrait à renoncer à une nouvelle autopsie, et donc, à la vérité.

(Cliquer pour dérouler le thread de la journaliste S. Assbague)

La seconde autopsie, en août 2016, montrera qu’il n’y avait bien aucune trace d’alcool et de drogue dans son sang. Mais une expertise médicale rendu octobre 2018 pose un autre verdict : le jeune homme aurait en fait été atteint de drépanocytose, une maladie génétique répandue en Afrique, qui affecte l’hémoglobine des globules rouges… Là encore, la famille Traoré réfute cette thèse : Adama n’était pas malade. La dernière expertise, indépendante cette fois et dévoilée en mars 2019, met finalement en cause la technique d’interpellation des gendarmes, en déclarant qu’Adama Traoré est mort par asphyxie. Pour rappel, l’immobilisation par plaquage ventral est interdite dans plusieurs pays à cause de son potentiel létal. Aujourd’hui, Assa Traoré veut ériger le nom d’Adama Traoré en symbole de résistance face à une "machine de guerre", l’expression qu’elle utilise pour dénoncer un système qui protège la police, et auquel contribuent force de l’ordre, magistrat et juge mais aussi, l’Etat lui-même.  


 

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