Les enfants non-blancs subissent un harcèlement scolaire spécifique, agissons ! Les enfants non-blancs subissent un harcèlement scolaire spécifique, agissons !

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Pourquoi il faut agir contre le harcèlement scolaire spécifique envers les enfants non-blancs par Coumbis Hope Lowie

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Publié le Mardi 26 Février 2019

En 2018 et selon l'Unicef, un.e petit.e Français.e sur trois a été victime de harcèlement scolaire, ce qui représente 700 000 cas. Un problème grave, qui prend des formes spécifiques quand il s’exerce contre des enfants non-blanc.he.s, et qui doit être traité d'urgence.

Le 9 janvier 2019, une petite fille noire de 3 ans était retrouvée par ses parents avec la moitié de la tête rasée à la sortie du centre de loisirs. Le 30 janvier, c’est une mère de famille qui témoignait dans une vidéo que sa petite fille ne veut plus se rendre à l’école. Là-bas, on la traite de "singe", on lui dit qu’elle "pue" et parfois, les griffures et les coups remplacent les insultes. Quelques jours plus tard, une jeune fille tweetait son désarroi face au racisme que sa petite sœur, noire et adoptée, subit quotidiennement en classe.

Trois histoires reprises par plusieurs médias en ligne, et très commentées sur les réseaux. Parmi les messages postés par les Internautes, de très nombreux récits de personnes non-blanches, elles aussi victimes de harcèlement et de violences racistes durant leur scolarité. Mais qui sont aussi témoin de ce que subissent leurs enfants, petit.e.s frères et sœurs ou neveux et nièces. Une réalité qu’a cherché à documenter Marie Dasylva, coach qui élabore des stratégies de survie pour les personnes racisées dans son agence d'empowerment Nkali, via un tweet largement relayé.

Cliquez sur le thread pour le dérouler.

Se faire tout.e petit.e pour éviter la violence

Parmi les témoignages, cette Twitta qui raconte : "J'étais bègue et noire, double handicap. J'ai été longtemps moquée/humiliée par mes camarades de classe. Je suis devenue mutique pendant de longs mois." Cette autre femme explique : "A une réunion parents-profs (je n’étais pas présente), le prof de français m’a démonté devant ma mère sans aucune raison. Le lendemain, je vais le voir pour comprendre: il m’avait confondu avec la deuxième fille racisée de la classe. On n’était que deux, elle, darkskin, moi, métisse." Ou encore : "Ma prof de français en 3e a voulu me coller et direct m'envoyer en voie professionnelle parce que je me suis défendue de ces propos. Je cite : 'Tes parents sont venus dans ce pays pour profiter du système et des allocations.'"

Des récits terribles, et un phénomène bien plus important qu’on peut le penser, selon Marie Dasylva. "Le harcèlement scolaire des enfants racisé.e.s à l’école est courant en France, affirme la coach. Il n'y a qu'à voir le nombre de personnes qui ont cité mon thread pour parler de leurs expériences. Et il n'y a pas une personne dans mon entourage qui soit racisée et qui n'ait pas subi de racisme dans ce qu'on appelle l'école de la République."
La coach note que le harcèlement ne passe pas systématiquement par des phrases racistes et xénophobes. Il peut aussi s’agir d’un climat pesant, alimenté par de petites remarques insidieuses et répétitives, qui poussent l’enfant à se replier sur lui-même et à se faire tout.e petit.e – pour ne pas être pris.e pour cible, pour correspondre à ce que l’on attend de lui.elle, ou pour essayer, tant bien que mal, de "gommer" ses différences. "Ce sentiment d'être toujours fautif intervient à partir du moment où vous êtes désignés comme l'Autre, analyse Marie Dasylva, à partir du moment où vous vous construisez dans une altérité négative, où l'on considère que vous êtes hors de la norme. Bien sûr, qu'on a le sentiment d'être fautif, parce qu'on nous assigne à atteindre une norme qui est inatteignable. On demande à des personnes noires de devenir blanches, par exemple. D'où la question du cheveu qui revient souvent".

Et si le harcèlement scolaire envers les enfants non-blanc.he.s prend des formes plus ou moins directes, le constat reste souvent le même : quand le corps enseignant ne l’ignore pas, il peine à régler le problème, par manque de temps, de preuves ou de moyens financiers. Mais aussi, par manque de formation sur le sujet. Certains jeunes en venant même à penser que parler de ce qu’ils subissent à leurs professeur.e.s ou éducateur.trice.s ne servirait à rien, voire pourrait empirer leur situation.

Un harcèlement bien particulier

S’il est si essentiel de former les adultes référents sur cette question, c’est que ses mécanismes et son impact sont spécifique. Tout type de harcèlement scolaire, envers des enfants blanc.he.s ou pas, a en effet un impact destructeur, mais celui qui se teinte de racisme s'inscrit dans une dynamique de société différente, car le racisme est structurel et systémique. Il frappe du coup les enfants racisé.e.s plus jeunes que les autres. Sur ce sujet, la coach experte des stratégies de défense cite l’important travail de Fatima Ouassak, de l’association Front de Mères : "Nos enfants racisé.e.s sont très tôt broyés par le système scolaire. Très tôt, on leur apprend par exemple à avoir honte de la langue qu'ils parlent à la maison, à avoir honte de leurs parents et de ne pas être blancs". Ces remarques vont par la suite forger leur vision d’eux-mêmes et leur rapport au monde qui les entoure. Pour Marie Dasylva, "On parle d'une jeunesse sacrifiée. Et comme on broie des enfants, on crée des adultes broyés". Des adultes qui vont en plus continuer à subir le racisme une fois leurs études terminées, quand le harcèlement contre les Blancs prend généralement fin avec l’âge adulte.

Alors comment lutter dès maintenant, en parallèle d’une formation urgente à mener auprès du corps enseignant ? Les parents et proches peuvent aider les enfants à se défendre, à témoigner et à se protéger. Marie Dasylva – qui chaque jeudi, donne sur Twitter ses stratégies de défense via le hashtag #jeudisurvieautaf – confie quelques astuces :

- Ecoutez votre enfant et ne minimisez pas sa parole.

- A partir du moment où votre enfant est victime de harcèlement scolaire, partez du principe que parce qu’il.elle est racisé.e, on ne le croira pas. Donc c’est à vous, parents et proches, de tout de suite vous organiser.

- Premièrement : recueillez la parole de l'enfant harcelé.

- Deuxièmement : tout de suite se mettre en contact avec la direction mais avec un moyen de pression. Avant même de contacter l'école, Marie Dasylva nous conseille de saisir un avocat en droit de l'éducation : « L’école voit que vous êtes accompagné.e.s et que vous prenez ça au sérieux. »

- Gardez une trace écrite et formelle de chaque échange avec la direction et envoyezles à votre avocat.

Les camarades de classe peuvent aussi être un soutien primordial, en utilisant la  technique de l’amplification que la coach a forgée : « L'enfant harcelé.e va voir comme un poids l'idée de se défendre seul.e contre tous. Mais si des camarades sont au courant de ce harcèlement, ils peuvent amplifier sa parole et parfois, parler pour lui.elle. Ils peuvent se porter témoin, dire la vérité quand on les interroge ou en parler à leurs propres parents. »  Plus de personnes seront au courant, plus le dossier pourra avancer, ajoute Marie Dasylva. Et pour ça, les réseaux sociaux, et leur capacité à créer le buzz, sont un outil formidable.

Et puisque le racisme semble avoir de beaux jours devant lui, en tant que parents ou responsables d’un enfant non-blanc.he, il est primordial  de le.la faire évoluer dans un environnement où il.elle ne sera pas le seul racisé.e : "A titre personnel, c’est ce que je fais, conclut Marie Dasylva. Je trouve important que mon fils de 5 ans soit dans une classe où il n’est pas le seul enfant noir et je pense que je ne le mettrai jamais dans cette situation".

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