"Leaving Neverland" : pourquoi certains fans de Michael Jackson défendent-ils violemment leur idole ? "Leaving Neverland" : pourquoi certains fans de Michael Jackson défendent-ils violemment leur idole ?

L'époque en live

"Leaving Neverland" : pourquoi certains fans de Michael Jackson défendent-ils violemment leur idole ? par Floriane Valdayron

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Publié le Vendredi 22 Mars 2019

Suite à la diffusion sur M6 du documentaire "Leaving Neverland", qui accuse Michael Jackson de pédocriminalité, le 21 mars 2019, les fans du chanteur se montrent plus virulents que jamais sur les réseaux. Mais pourquoi refusent-ils d’entendre la parole des victimes présumées ? Explications d'une spécialiste de la question.

La polémique suscitée par le documentaire Leaving Neverland n'est pas prête de désenfler. Diffusé pour la première fois le 25 janvier dernier au Festival du film de Sundance aux États-Unis, le documentaire à charge contre Michael Jackson est ensuite passé sur HBO les 3 et 4 mars derniers, et est actuellement à voir sur 6play, suite à sa diffusion française sur M6. Dan Reed, le réalisateur, y consacre 236 minutes à James Safechuck, 41 ans, et Wade Robson, 36 ans. Les deux hommes, respectivement âgés de 10 et 7 ans au moment des faits dénoncés, y racontent les attouchements et les viols dont ils accusent Michael Jackson.


Si le débat sur les comportements du chanteur est ravivé par le documentaire, il n'est pourtant pas récent. Mort il y a bientôt 10 ans, "Bambi" a été poursuivi pour pédocriminalité en 1993 puis en 2003. La première plainte a pu être réglée grâce à un chèque d'un montant avoisinant la vingtaine de millions de dollars, tandis que la seconde a donné lieu à un procès, au terme duquel Michael Jackson a été innocenté par le jury. Et les fans du chanteur, soutiens durant toute la procédure, ne lui tourneront pas le dos maintenant qu'il n’est plus. Il suffit d'aller faire un tour sur Twitter et de taper "#MJInnocent" pour s'en assurer. Le hashtag, déjà mentionné dans une centaine de posts en janvier, est désormais repris en moyenne toutes les deux minutes. Petit florilège :

 

 


"Foutez-lui la paix une bonne fois pour toutes"

Point commun de ces fans hardcore : la volonté d’exprimer publiquement leur colère. Florilège dans les commentaires Facebook, Twitter et Instagram des derniers articles consacrés à Michael Jackson par Glamour : "Foutez-lui la paix une bonne fois pour toutes", "Journalistes de bas étage", "Ils n'ont rien d'autre à foutre sérieux ? Aucun respect pour lui, comme s'il était encore de ce monde", ou encore, "Vous savez très bien que faire des titres comme ça, ça rapporte de la thune. C'est le seul et unique but"… Les personnes les plus virulentes, qui n'hésitent pas à se répondre pour faire exploser le nombre de mentions ou à passer d’un réseaux à un autre, ont même dû être bannies des réseaux du magazine. Motif ? Les insultes répétées à l'égard de la rédaction, mais aussi, envers d'autres internautes qui ne partageaient pas leur point de vue. Manque de preuves matérielles, absence de condamnation, "fake news", respect pour le mort et sa famille, volonté des médias de s'enrichir sur son dos… Tous les arguments sont bons pour clamer l'innocence de la star.


Devant tant de véhémence, une question se pose : pourquoi défendre mordicus un homme accusé de pédocriminalité, sans accorder le bénéfice du doute à ses victimes supposées ? Anne Sweet, docteure diplômée de l'Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 et spécialiste des médias, explique : "Parfois, des individus ressentent un amour fou pour une célébrité, une passion telle qu'ils s'y attachent comme s'ils la connaissaient". D’ailleurs, le terme "fan" vient du mot "fanatique", que Le Larousse définit en ces termes : "Qui est emporté par une ardeur excessive, une passion démesurée pour une religion, une cause, un parti, etc. Qui a pour quelque chose, quelqu'un, une admiration passionnée, enthousiaste". Vendredi 15 mars, cette "ardeur excessive" a poussé trois associations françaises de fans - Michael Jackson Community, MJ Street et On the line – à porter plainte contre Wade Robson et James Safechuck pour "atteinte grave et caractérisée à la mémoire d'un mort". Si la perspective d'une condamnation peut sembler saugrenue, cette démarche n'est pourtant pas sans précédent. Il y a cinq ans, l'association Michael Jackson Community avait effectivement obtenu gain de cause, après avoir porté plainte pour préjudice moral contre le médecin du chanteur, Dr Conrad Murray. Une volonté de protéger à tout prix la star, comme s’il s’agissait d’un proche… voire d’eux-mêmes.


Le déni, une fatalité quand on est fan ?

Pour Anne Sweet, si les fans de MJ sont si offensifs, c’est que chaque commentaire les touche en plein cœur. "C'est comme si quelqu'un diffamait un membre de la famille de ces fans : ils prennent personnellement les accusations qui concernent Michael JacksonLeur amour pour le chanteur s'est mêlé à leur propre identité : ils vivent personnellement chaque réussite et échec de la star. Ils ne veulent pas croire que l'objet de leur adoration puisse être mauvais, donc ils le défendent", détaille l'enseignante-chercheuse. Au point de tomber dans un déni très fort. "En s'habillant comme le chanteur et en allant à des conventions pour rencontrer d'autres fans, ces personnes se sont tant investies et ont donné tellement d'amour et de temps qu'elles ont du mal à croire qu'elles ont fait tout ça pour rien", assure Anne Sweet. Pour l'enseignante-chercheuse, la seule manière pour que ces fans puissent ouvrir les yeux, serait que des preuves irréfutables et matérielles – comme une vidéo – avancent la culpabilité de Michael Jackson. "Ils nient en se basant sur le flou des évènements", reprend Anne Sweet.


Heureusement, chez certains fans, la question ne se pose pas : accorder le bénéfice du doute aux victimes supposées prime forcément sur leur amour pour le chanteur. "On ne devrait même pas se poser la question : personne ne s'amuse à accuser des gens, qu'ils soient célèbres ou non", martèle Charlotte, 24 ans, très engagée dans la lutte féministe et actuellement en train de préparer une thèse en sciences politiques et sociales sur les violences sexuelles au sein des sphères du pouvoir. "Ce n'est jamais une partie de plaisir de s'exposer publiquement en tant que victime, surtout lorsqu'il est question de violences sexuelles". Bercée aux titres de Michael Jackson par ses parents dès son plus jeune âge, Charlotte reconnaît qu'elle était "complètement fanatique" du chanteur lorsqu'elle était enfant et adolescente.

S'il y a une dizaine d'années, elle ne voulait pas entendre parler des accusations dont la star faisait l'objet, la jeune femme s'est progressivement intéressée aux questions liées aux féminismes lorsqu'elle était au lycée, avant de commencer à travailler sur les violences sexuelles à l'université. Désormais, elle est catégorique : plus question d'écouter ou de visionner les œuvres d'artistes accusés d'agressions, de viols, de harcèlement, ou encore de violences conjugales. Son exception : Michael Jackson. "MJ est mon énorme zone grise, soupire la jeune femme. Quand tu as écouté quelqu'un pendant plus de 15 ans, c'est difficile d'arrêter du jour au lendemain. Mais, maintenant, j'écoute en conscience". Devant le nombre grandissant d'artistes soupçonnés de crimes, la prise de conscience décrite par Charlotte est nécessaire. Il y a un monde entre faire l'usage privé d'œuvres de potentiels agresseurs et faire leurs louanges dans les médias et les sphères publiques.

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