Féminisme : le terme "Salope" peut-il devenir un outil d'empowerment ? Féminisme : le terme "Salope" peut-il devenir un outil d'empowerment ?

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Féminisme : l'insulte "Salope" peut-elle devenir un outil d'empowerment ? par Elia Manuzio

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Publié le Jeudi 11 Avril 2019

Dans son livre "Toutes des salopes" (éd. La Musardine), Adeline Anfray se demande comment ce terme est devenu l’insulte numéro un dans l’espace public. Et si les femmes pouvaient en faire un outil d’empowerment ?

Si l’on en croit le dictionnaire, une "salope" est une femme déloyale, méprisable et aux mœurs légères. Le terme a commencé à être utilisé au XIXème siècle, quand la police classait la population féminine pour différencier les courtisanes des filles de rue, potentiellement porteuses de maladies – Salope vient de "sale" et "huppe", un oiseau qui se protège des prédateurs en s’enduisant d’excréments. Pourtant, on a checké, la dernière fois qu’on s’est fait traiter de salope dans la rue, on n’avait rien à voir avec tout ça. Selon l'auteure Adeline Anfray, il y a une vraie discordance entre le sens de cette insulte et l’usage qui en est fait : "Les émetteurs, à 86% des hommes, ne connaissent pas la victime dans 70% des cas. Cela veut bien dire que 'salope' ne sanctionne pas un comportement". Comme souvent, il s’agit avant tout de stigmatiser les femmes qui dérangent poursuit Adeline Anfray : "Quand Simone Veil ou Audrey Pulvar se font traiter de ‘salope’, c’est parce qu’elles sont indociles, libres, qu’elles sortent du cadre traditionnel qu’on leur impose, notamment le mariage et la reproduction. Ce sont des femmes indépendantes et qui plus est existent dans l’espace médiatique, donc c’est double peine".

Quand, pour la énième fois, Adeline Anfray s’est fait affubler de ce nom d’oiseau dans la rue, elle a eu l’idée d’enquêter : "Pourquoi suis-je une salope alors que je ferais une super connasse ?", "Pourquoi le sketch de Jean-Marie Bigard s’appelle 'Le lâcher de salopes' et pas 'Le lâcher de poufiasses' ?', "Pourquoi le manifeste des 343 salopes et pas des 343 pétasses ?". A la première personne, elle tente de répondre à ces questions en mêlant témoignages de linguistes (Laurence Rosier), de personnalités et d’expertes (Marlène Schiappa, Camille Emmanuelle) à une enquête très documentée pour comprendre comment cette insulte s’est imposée. "Il y a quelque chose qui sonne bien, qui roule en bouche note-t-elle. C’est aussi l’expression d’une frustration, une condamnation à moindre frais". La manifestation aussi d’un rejet de la sexualité et du corps des femmes poursuit Adeline Anfray : "La pute, elle peut faire ça pour l’argent, pour vivre, c’est une profession. La salope fait ça par plaisir. C’est ça qui ne passe pas".


Aux États-Unis, nombreux.ses sont ceux.celles qui ont retourné leur stigmate. "Queer" est passé du statut d’insulte à celui de revendication identitaire, "Nigger" a été repris par le monde militant et n’est plus le mot le plus tabou du pays. De leur côté, les personnalités féminines influentes ont fait de "Bitch" un signe de ralliement féministe  - à l’instar de "pussy" lors de la Women’s March - même si la réappropriation du stigmate est plus ancienne (The bitch manifesto en 1970 suivi de Bitch Media).
Plus récemment, la foule reprenait "Bitch I’m Madonna" lors de la tournée "Rebel Heart" de la chanteuse. Côté Béyoncé, c’est dans un duo avec Rihanna qu’elle entonne "Bad bitch, Bad bitch show me you can handle this". Alors, "Salope" peut-il devenir un outil d’empowerment ? "Si je pose cette question, si je propose cette piste, c’est pour rappeler que quand on est récepteur de l’insulte, on participe à son sens explique Adeline Anfray. Si on choisit que c’est une fierté et la revendication d’une liberté, alors ce n’est plus une insulte. Néanmoins, c’est facile pour moi, blanche privilégiée de me dire 'salope', ça n’est pas aussi simple pour toutes les femmes". Quant à savoir si la France est prête, elle a des doutes : "On a un rapport à la langue particulier, on l’a vu lors des débats sur l’écriture inclusive. Aux États-Unis, ils ont plus de liberté. Il faudrait qu’une personnalité médiatique, féministe et avec un fort pouvoir d’influence s’empare du mot". Alors, des idées ?

 

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