Le body positive est mort. Longue vie à la body neutrality ! Le body positive est mort. Longue vie à la body neutrality !

L'époque en live

Le body positive est mort. Longue vie à la body neutrality ! par Dan Hastings

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

5 minutes

Publié le Lundi 23 Septembre 2019

Initialement créé par des femmes grosses racisées aux Etats-Unis, le mouvement body positive a été assassiné par le marketing et récupéré sur les réseaux sociaux par des femmes minces au corps normé. Que reste-t-il aux personnes grosses pour exister et militer en ligne?

Kirsten Dunst sur la maternité et la body positivity”. C’est ce qu’on lit en couverture de Porter Magazine en août 2019. La talentueuse comédienne américaine se serait-elle transformée en militante prête à plaider la cause des femmes hors-norme? Non. Elle évoque simplement ses dents qu’elle a toujours refusé de redresser et déclare, avec courage : “Je veux être belle comme je suis. Il fût un temps où je pouvais déplorer le fait de ne plus rentrer dans tel ou tel vêtement. Aujourd’hui, j’achète juste des pièces à ma taille.” En deux phrases, la voici devenue body positive.
Avec plus de 10,7 millions d’occurrences sur Instagram et une Ashley Graham populaire et aux rondeurs acceptables que les marques brandissent pour prouver leur inclusivité, ce mouvement qui promeut l’amour de soi est entré dans les moeurs. Tout le monde est body positive, si bien que le mouvement s’est vidé de tout sens.

En 2017 déjà, au micro de Lauren Bastide dans La Poudre, Daria Marx, la militante anti-grossophobie et co-autrice de Gros n’est pas un gros mot expliquait cette dilution : “Le body positive en ligne a créé une norme où sur Instagram on a des meufs qui mettent le hashtag #bodypositive alors qu’elles font un 40, qu’elles sont foutues en sablier et qu’elles ont zéro vergetures. Juste quand elles se plient en lotus de yoga elles ont un petit bourrelet sur le côté du ventre. Et ce sont ces photos là qu’elles prennent en disant ‘Regardez je suis body positive’. Non, tu es parfaitement normée alors arrête! Réjouis-toi d’être dans la norme. Ce n’est pas militant de te plier pour t’inventer un bourrelet imaginaire.” Or, être militant n’a jamais été aussi trendy, si bien que tout le monde veut s’attribuer l’étiquette de personne engagée. C’est le cas de Charlotte Beer, influenceuse anglaise qui cumule 79k followers. Elle ne jure que par la body positivity. C’est le premier mot qu’on retrouve dans sa bio et ses publications sont parmi les plus populaires du hashtag #bodypositive. Elle nous écrit que ce combat contre les diktats est "sa passion". À la seconde où on lui demande si ce n'est pas étrange de se présenter comme militante body posi lorsqu'on est une fitness girl blanche et blonde, c'est silence radio. Elle nous ghoste. Son militantisme semble s’arrêter à sa grille Instagram.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

I’ve got good news.. @womensbestwear are having a $1,000 giveaway ????????✨ head over to @womensbestwear Insta for more info ???????? also, the new Women’s Best Power sets will be launching on Monday 9 September at 5pm (BST) so make sure you set your alarms ????✨ here I’m wearing the new ‘Nude’ colour and I freakin’ love it ????✨ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ How to enter the giveaway: 1️⃣ follow @womensbestwear 2️⃣ like this photo and the most recent @womensbestwear photo 3️⃣ tag a friend under the most recent @womensbestwear photo ???????????? {I am in an affiliate partnership with Women’s Best} ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ #Womensbestwear #womensbest #activewear #whatieat #balancedlifestyle #fitgirls #fitfamuk #gymgirl #fitfluential #bodypositive #strongfemales #strongwomen #eatforabs #healthyliving #girlswithmuscle #gainz #beavisionary #teamnobs #weightlifting #fitnessblogger #bodygoals #eatforabs #macros #transformationtuesday #bodypositive #sizedoesntmatter ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀

Une publication partagée par Charlotte Beer (@charlottexbeer) le

Pour la blogueuse, mannequin et militante fat positive anglaise Stéphanie Yeboah, cette instrumentalisation du mouvement est née du marketing. Elle explique : “Quand la body-positivity a commencé à gagner en popularité grâce au dur labeur des femmes grosses, les marques ont décelé une opportunité : utiliser le mouvement pour faire de l’argent tout en étant tendance.” La jeune femme en veut également aux enseignes qui se sont désignées body positive à la seconde où elles engageaient un mannequin faisant une taille 40, comme l’a fait Zara en septembre 2019.

Et d’ajouter : “On avait besoin de miser sur des femmes rondes que la société a envie de voir, qui sont grosses mais pas trop, tout en étant sexy. Le sexe fait toujours vendre qu’on le veuille ou non, même quand on l’enrobe dans un mouvement." Pour cette militante, les femmes minces devraient plutôt “se créer leur propre plateforme ou apprendre à s’aimer sans voler l’espace de parole de l’autre.”

Remplacer l'injonction à s'aimer par la neutralité
Pour mettre en place un safe-space, l’actrice et activiste Jameela Jamil a créé le compte Instagram inclusif et intersectionnel @I_Weigh. Elle y invite tout le monde à se définir par ses actions et réalisations plutôt que par ses caractéristiques physiques. Dès le lancement en mars 2018, elle précise qu’il ne s’agit pas d’un compte dédié au body positive. Dans le numéro de septembre 2019 du British Vogue, elle insiste même sur sa volonté de promouvoir un rapport neutre à son corps : “J’ai du passer par la thérapie et l’exercice de la body neutrality au quotidien pour m’enlever de la tête que je devais faire attention à moi pour plaire aux autres. Les cicatrices de toutes ses années passées à détester mon corps et me flageller sont trop profondes. Je n’arrive pas à regarder mes cuisses et leur déclarer mon amour. Ce serait encore et toujours concentrer mes pensées sur ma chaire, au lieu de les consacrer à autre chose.”

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par I WEIGH ???? (@i_weigh) le

Cette injonction à s’aimer qu’impose le body positive est irréaliste pour Stacy Bias, illustratrice et fat activiste anglaise depuis vingt ans. Elle développe : “malgré le privilège que je perçois parce que je suis une femme blanche, je subis des agressions de la part d’inconnus à chaque fois que je quitte mon domicile, parce que je suis plutôt grande, très grosse et ouvertement queer. Parfois ce sont des regards, on me prend en photo, ou on m’insulte directement. Il m’est même arrivé de me faire agresser physiquement. Me demander de m’aimer et d’avoir une vision positive de mon corps après tout ça c’est mettre la barre trop haut”. La body neutrality semble donc être l’antidote à la pression de devoir aimer son corps, tandis que ceux qui souhaitent célébrer le leur s’approprient d’autres plateformes. Stephanie Yeboah estime que la clé est dans l’activisme : “Il est primordial que ceux qui ne se sentent pas représentés par la body positivity aient un espace où ils puissent s’exprimer en sécurité. Le fat activisme est parfait pour celles et ceux qui veulent célébrer tous les individus peu importe leur corps, genre, taille ou handicap.”

Le combat inachevé des fat activistes
Malheureusement, les activistes gros se retrouvent parfois face à la censure en ligne, les empêchant de mener à bien leur combat. En février 2019, Instagram supprimait une photo de la blogueuse Margaux Faes à la tête d’une marque de patrons de couture. La raison? On pouvait voir une mannequin taille 54 poser en culotte sur la photo, la poitrine dissimulée. La faute à l’algorithme qui, détectant trop de peau, considère ce genre de clichés comme de la pornographie. Poser nue n’est donc pas un problème pour Instagram lorsque l’on est mince. En revanche, exposer un corps gros devient une violation.
Sur ce même réseau, les fat activistes utilisent d’autres tags comme #effyourbeautystandards initié par le mannequin Tess Holliday mais aussi #fatisnotaviolation, #fatacceptance, #fatpositive, #fatactivism ou encore plus récemment sur le Twitter francophone #Plusde70kgetsereine. Or, ces hashtags sont bien moins suivis et populaires que le #bodypositive. Pour Stacy Bias, les réseaux sociaux ne sont pas adaptés au fat activisme : “On est dans un environnement politique surréaliste qui nous pousse à rester entre nous, à partager des memes et des hashtags qui ont peu d’utilité, excepté plaire à ceux qui aiment déjà nos idées et nous faire prendre pour cible par des trolls. Le fat activisme doit se diffuser dans la vraie vie, sur le terrain. Il doit s’aligner avec les mouvements qui luttent contre le racisme, le validisme et les LGBTI-phobies.
Si Instagram les empêche de se montrer, les militants.es iront ailleurs: “Il y a pleins d’autres supports comme ce que fait Velvet d’Amour à Paris avec son magazine Volup2. Bien sûr que nous devons nous battre contre les algorithmes, mais nous n’avons pas la main sur les réseaux sociaux et ils n’ont jamais été créés pour nous. Ils sont optimisés pour faire du profit alors que le fat activisme est un mouvement anticapitaliste. Alors on se bat où on peut, comme on peut, et avec tout ce qu’on a. Aucun algorithme ne peux arrêter ça.

 

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires