L’amour après #MeToo : et si on faisait le point sur le consentement ? L’amour après #MeToo : et si on faisait le point sur le consentement ?

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L’amour après #MeToo : et si on faisait le point sur le consentement ? par Elia Manuzio

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Publié le Vendredi 5 Octobre 2018

Un an après #MeToo, le consentement est de tous les débats, sur toutes les lèvres, mais pas forcément clair dans toutes les têtes. Source de malentendus ou pire, d’agressions sexuelles, on fait le point sur cette notion parfois floue.

#1 Une définition qui laisse libre cours à l’interprétation
Quand on recherche une définition du mot consentement, ça coince, déjà. Sur Google, le meilleur résultat proposé est celui-là : "Consentement, nom masculin. Acquiescement donné à un projet ; décision de ne pas s'y opposer ".
"Acquiescement", on dit oui, c’est la base. "Décision de ne pas s’y opposer", on dit non. Ça va pas la tête ? "Acquiescer" et "ne pas s’opposer", ça n’est pas tout à fait la même chose. Cela reviendrait à dire "Qui ne dit mot consent". C’est totalement faux – c’est ce qu’avait défendu l'avocate Gisèle Halimi lors du procès d’Aix où l’on accusait les deux victimes d’avoir consenti puisqu’elles avaient fini par céder à leurs violeurs. Que les choses soient claires : qui dit oui, dit oui. Qui dit non dit non. Qui ne dit pas oui dit non. Pourtant, certains se retrouvent complètement perdus. L’activiste Ted Bunch, co-fondateur de A call to men, qui s’est donné pour mission d’éduquer les jeunes garçons aux bonnes pratiques du consentement et de la sexualité, affirme que seuls 19% des lycéens sont capables de définir le consentement. Ces derniers considèrent que "non" veut dire au choix : "Essaie encore", "Elle n’est pas assez bourrée" ou "Je n’ai pas eu la bonne approche". Une ignorance dont on voit les conséquences quotidiennes dans les universités américaines et les grandes écoles françaises où les agressions sexuelles sont monnaie courante (l’auteure de ces lignes les a elle-même fréquentées).


#2 Pour quels actes le consentement se demande-t-il ?
Et bien pour absolument tout. Même pour un baiser. On n’embrasse pas par surprise, ni par la force. Ça n’est pas charmant ou courageux, c’est juste une agression sexuelle – le film Sierra Burgess is a loser produit par Netflix a été vivement critiqué pour une scène de baiser non désiré. En plus d’être nécessaire, entendre quelqu’un demander "Est-ce que je peux t’embrasser ?" peut-être incroyablement sexy, si le ton y est.
Ensuite, on redemande le consentement à chaque étape de la relation : "Est-ce que tu veux venir à la maison ?", "Est-ce que je peux te déshabiller ?",  "Est-ce que je peux introduire mon pénis dans ton vagin ?" (bon, pour celui-ci on vous laisse trouver mieux). Et on accepte de se heurter à un refus, on n’insiste pas et on remballe gentiment son matos. Une femme qui finit par consentir parce qu’elle est fatiguée de l’insistance d’un homme, ça ne donne un rapport satisfaisant ni pour l’un, ni pour l’autre. Quand aux couples installés, ce cas est d’autant plus grave qu’on est a priori capable de sentir chez l’autre s’il a envie ou pas.
Le consentement vaut également pour tous les autres actes de la vie. Avoir le droit de contrôle sur ce qui se passe dans son corps, c’est valable dans un lit, sur le lieu de travail, chez le gynéco et dans une salle d’accouchement. Partout où votre corps se présente au monde.

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Quand c’est oui c’est oui, quand c’est non, c’est non. Et quand on ne sait pas, on garde ses doigts pour soi

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#3 Qu’est ce qui constitue le consentement ?
"Tout est dans le regard" a-t-on entendu, effarées. De là, on glisse très vite à la défense invoquée par les violeurs : "Ses mots disaient non mais ses yeux disaient oui". Le regard ? Pas valable, donc (pour peu qu’un strabisme soit passé par là, c’est encore plus casse gueule). Un désir d’avoir un rapport intime se dit. Avec des mots. Et avec enthousiasme. "Quand c’est oui c’est oui, quand c’est non, c’est non. Et quand on ne sait pas, on garde ses doigts pour soi". C’est ce que clame "La chanson du consentement", un clip jouissif et complètement barré du site consentement.info. Attention, le consentement est invalidé dans les cas suivants : personne ivre ou droguée, personne inconsciente ou somnolente, abus de pouvoir, utilisation de l’intimidation ou de la menace pour obtenir le consentement, changement d’avis de dernière minute. Pour bien vous le mettre dans la tête, on vous conseille aussi cette vidéo qui utilise la métaphore de la tasse de thé.


#4 Quid de la zone grise ?
Le problème, c’est que le consentement au sens littéral (oui/non) ne reflète pas la complexité des rapports sociaux, des rapports sexuels et des rapports de séduction. C’est la fameuse "zone-grise", quand les signaux ne sont pas clairs, brouillés ou contradictoires. On évoque souvent les rencontres dans un bar pour l’illustrer. Comment savoir si une femme joue un jeu ou si elle veut juste qu’on la laisse tranquille. Que ce soit dans un contexte de drague ou une fois le premier baiser échangé, à chaque fois que le doute s’installe, considérez que c’est non. Comme on leur assène dès l’enfance "Sois gentille, fais un bisou", les femmes ont trop souvent tendance à consentir pour ne pas vexer, à faire passer l’égo d’un homme avant ses propres désirs. Laissez-la tranquille. Si elle veut aller plus loin, il sera toujours temps pour elle de vous le faire savoir.
Et n’hésitez pas à évoquer avec tous les hommes le génial documentaire Sexe sans Consentement diffusé sur France 2 et disponible en ligne.

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