Instagram : les infleuceurs sont-ils la nouvelle menace de la nature ? Instagram : les infleuceurs sont-ils la nouvelle menace de la nature ?

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Instagram : les influenceurs sont-ils la nouvelle menace de la nature ? par Ophélie Manya

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Publié le Mardi 9 Avril 2019

A force de vouloir dénicher la meilleure photo, les instagrammeurs et influenceurs pourraient être la nouvelle menace de notre environnement. Sites non respectées, curiosités de la nature détériorée... Et si notre soif de likes était une nouvelle menace pour la planète ?

Le printemps est arrivé. Ce qui veut dire que les champs sont recouverts de fleurs et que les influenceurs sont déjà sur place pour s’y photographier. Et c’est bien là le problème. Dans cette économie de l’attention, les instagrammeurs sont prêts à tout pour obtenir le plus de likes, le plus de followers et… le plus de trucs gratuits. Ce qui ne pose de problème à personne, bien évidemment. Sauf quand ces activités nuisent au bien-être de la nature ou au bon fonctionnement des établissements. Ce qui est souvent le cas, malheureusement.

Fans des photos de fleurs, mais pas des fleurs

Prenons d’abord l’exemple de la Californie. L’état de l’ouest des Etats-Unis est sujet à un phénomène rare et éphémère : le California super bloom. Ainsi, au printemps, les fleurs sauvages envahissent le paysage californien grâce aux pluies abondantes survenues en hiver. Résultat, des paysages instagrammables à perte de vue, qui attirent les gros comptes d’Instagram dans un seul et même objectif : obtenir la plus belle photo d’un internaute, seul, au milieu de la nature florissante... Un post classique que vous avez déjà vu passer dans votre fil d’actualité, et que vous avez même liké, avouez. Le hic, c’est que ce genre de comportement abime la nature. En 2017, à Lake Elsinore, petite localité californienne, l’afflux massif de plus de 10 milles visiteurs, piétinant le vaste champ de coquelicot, a causé la fermeture du site au public. Sur Instagram, le compte PublicLandHateYou dénonce à ses 23 milles abonnés les dégâts de ces pratiques sur l’écosystème pour sensibiliser les influenceurs et les marques. Dans le parc national de Joshua Tree en Californie, la course aux likes pousse même les influenceurs à grimper dans ces arbres fragiles, inconscients des dommages que cela peut leur causer. Selon les experts, monter sur un Joshua Tree aurait un impact négatif sur le développement de l’arbre pendant 300 ans. Depuis le 21 octobre 2018, le compte Instagram JoshuaTreeHatesYou, suivi par 13 milles abonnés, recense les photos de ces escaladeurs en herbe.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Aussi nuisible pour la nature que pour l’être humain ?
Le 13 juin 2018, le magazine culturel The Atlantic rapportait dans un article que le personnel des hôtels de luxe, ainsi que celui des petits hôtels au charme instagrammable, étaient assiégés par des influenceurs, souvent peu connus, qui demandent une chambre et un repas gratuits en échange d’une publication. Un accord tout à fait équitable, donc. Kate Jones, responsable marketing et communication du Dusit Thani, un complexe hôtelier cinq étoiles aux Maldives, a déclaré au magazine que son hôtel recevait au moins six demandes par jour, généralement sur la messagerie d’Instagram. Pour Gianlucca Casaccia, manager et co-propriétaire du White Banana Beach aux Philippines, le constat est le même. Ce qui l’a poussé à cesser toute collaboration avec les influenceurs. "Nous voudrions gentiment annoncer que le White Banana n’est pas intéressé pour 'collaborer' avec des 'influenceurs' auto-proclamés. Nous voudrions également vous suggérer de trouver un autre moyen de manger, boire ou de dormir gratuitement", publiait l’établissement dans un post Facebook le 25 mars 2019.

À Dublin, le White Moose Café aussi a été victime de sa déco Insta compatible. À tel point que le lieu a été interdit aux influenceurs l’année dernière, après qu’une bloggeuse ait crée une mauvaise réputation à l’établissement, qui avait refusé de la servir gratuitement en échange d’un post : "Si je vous laisse rester ici en échange d’une longue apparition dans votre vlog, qui va payer le personnel qui s’occupe de vous? Qui va payer les femmes de ménage qui nettoient votre chambre ? Les serveurs qui vous servent le petit déjeuner ?" Interpelait le propriétaire Paul Stenson sur Facebook le 16 janvier 2018.

En France, c’est la rue Crémieux qui subit le dictat de la photo parfaite à cause de ses maisons colorées attirant une masse de visiteurs chaque week-end. Une affluence qui gêne les habitants pour entrer ou sortir de chez eux, ou à simplement profiter de leur repas en terrasse. Agacés, ils ont créé une association : "On demande la fermeture de la rue au moins le week-end et le soir à partir d'une certaine heure. Sur certaines voies privées de Paris, vous avez des fermetures", confiait Antoine, vice-président de l’association Rue Crémieux au micro de France Info le 3 mars 2019. Avec l’influence d’Instagram, une belle photo localisée peut déclencher l’arrivée de milliers de personnes. Les lieux insolites se transforment en usine à touristes en quête du meilleur spot à selfies. Une influence dont les dérives sont indéniables lorsque l’on voit que les internautes ont essayé de faire d’Auschwitz le dernier lieu le plus instagrammables.

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