Grève de l’IVG : le principal syndicat de gynécos prend les femmes en otage Grève de l’IVG : le principal syndicat de gynécos prend les femmes en otage

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Grève de l’IVG : le principal syndicat de gynécos prend les femmes en otage par Ophélie Manya

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Publié le Vendredi 15 Mars 2019

Mardi 12 mars 2019, le Syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France (Syngof) a envoyé un message à ses adhérents, dans lequel l’organisation dit être prête à arrêter de pratiquer les IVG si Agnès Buzyn, ministre de la Santé, refusait de les recevoir. Retour sur ce scandale.

"Préparez-vous à ce que le syndicat vous donne l’ordre d’arrêter les IVG". On pourrait croire à une blague de mauvais goût, ou à un voyage dans le passé. Mais non, cette phrase scandaleuse a bien été prononcée publiquement en 2019, de façon très sérieuse. Mardi 12 mars, le Syndicat national des gynécologues-obstétriciens (Syngof) a menacé le droit à l’avortement des femmes en France, dans un message envoyé à ses 1600 adhérents. Les raisons de cette prise en otage du corps des femmes ? Une revendication de longue date du Syngof : les syndiqués réclament des fonds de garantie de la profession qui couvrent les sinistres graves (autrement dit, les erreurs médicales) déclarés entre 2002 et 2012. Le syndicat a soumis un amendement au projet de loi Santé, la réforme du système de santé français dans sa globalité, présentée le 13 février 2019 en Conseil des ministres et actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Pour se faire entendre, le Syngof a donc décidé de confisquer aux femmes leur droit, dans le but de "scandaliser" et d’obtenir un entretien avec Agnès Buzyn, la ministre de la Santé. "Si on ne fait pas des menaces qui inquiètent la société, nous ne sommes pas entendus, a expliqué le docteur Jean Marty, ancien président du Syngof, à franceinfo le 13 mars. Je n'ai personnellement aucun problème avec l'IVG, c'est notre activité. Je souhaite que la menace ne s'applique pas, mais s'il n'y a rien dans la loi, on le fera." On notera le caractère particulièrement vicieux de la menace : si les femmes ne disent rien, elles donnent le sentiment de ne pas défendre leur droit à lIVG. Si elles s’insurgent, elles contribuent au "coup de com" du syndicat. 

À la suite de ces déclarations, le ministère de la Santé a dénoncé "le caractère inadmissible de ces menaces (...) qui vont à l'encontre du respect inconditionnel du droit à l'IVG". Et les internautes aussi se sont naturellement révoltés. Pour que leur mécontentement soit entendu, la militante féministe Anaïs Leleux a mis en ligne un formulaire, qui permet d'envoyer à l'Ordre des médecins un mail type exigeant "les sanctions qui s’imposent contre le Dr Marty, mais aussi le président du Syngof (...) et Elisabeth Paganelli, secrétaire générale du syndicat". 10 000 personnes se sont déjà mobilisées.

 


Si aucune sanction n'a été annoncée pour l'instant, le Conseil national de l’Ordre a toutefois condamné la menace du Syngof via un communiqué de presse : "Nous condamnons fermement, au nom de la déontologie, l’expression d’une telle menace mettant en cause les droits des femmes et portant atteinte à l’indépendance des professionnels, qu’aucun conflit avec les autorités ne saurait justifier", déclare l’organisation dans un communiqué paru le 13 mars.

Depuis quelques mois déjà, le syndicat était catalogué anti-IVG à cause des déclarations de son président. Mardi 11 septembre 2018, Valentine Oberti, journaliste pour l’émission Quotidien, interrogeait le docteur Bertrand de Rochalbeau, président du Syndicat des gynécologues. Le professionnel avait alors déclaré "Nous ne sommes pas là pour retirer des vies", avant d’affirmer que l’IVG était un homicide... Au lendemain de ces déclarations, le syndicat s’est désolidarisé de son président dans un communiqué de presse "Bertrand de Rochambeau s’est exprimé en son nom personnel et non au nom du Syngof" était-il écrit.

Pour rappel, l’entrave à l’IVG est un délit reconnu par la loi depuis 1993, qui sanctionne le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher une IVG en perturbant l’accès aux établissements ou en exerçant des menaces sur le personnel ou les femmes concernées. La condamnation peut aller de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. En 2016, cette loi a été étendue au numérique, en pénalisant également les sites de désinformation sur l’IVG.  

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