GRÈVE DES FEMMES DE CHAMBRE DU HYATT VENDÔME : "TOUTE NOTRE VIE, C’EST L’HÔTEL !" GRÈVE DES FEMMES DE CHAMBRE DU HYATT VENDÔME : "TOUTE NOTRE VIE, C’EST L’HÔTEL !"

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Grève des femmes de chambre du Hyatt Vendôme : "Toute notre vie, c’est l’hôtel !" par Sarah Ben Ali & Romane Hassoun

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Publié le Mardi 20 Novembre 2018

Depuis le 25 septembre dernier, une cinquantaine de femmes de chambre et de gouvernantes du palace Hyatt Vendôme sont en grève. Mobilisées rue de la Paix, elles réclament entre autre une augmentation de leurs salaires, et s’organisent contre la précarité qu'implique la mobilisation. Nous les avons rencontrées.

Ce jeudi 16 novembre 2018, il bruine sur Paris et l’humidité glace les os des passants. Ce qui n’empêche pas les femmes de chambre et les gouvernantes du Hyatt Vendôme de se rassembler, comme tous les jours sauf le dimanche, devant le numéro 5 de la rue de la Paix. Jessica est l’une d’elle. Femme de chambre depuis 2003, elle n’a toujours pas été intégrée à l’équipe du palace"Je suis employée par la société STN, le principal prestataire fournissant du personnel à l’hôtel, explique cette mère de quatre enfants, en grêve depuis le début du mouvement il y a bientôt deux mois. Mais je voudrais être titularisée. Ça serait une reconnaissance pour toutes ces années de dévouement." Au total, 300 personnes travaillent dans l'établissement, dont 77 sont employées par le sous-traitant, ce qui implique un statut précaire et moins de droits, notamment l’impossibilité de gravir des échelons dans la hiérarchie, ou encore d’être élue déléguée du personnel pour se défendre. Ce qui n'a pas empêché les femmes du Hyatt Vendôme de se mobiliser.

CDD et bas salaires
Depuis le début du mouvement, Nora Khalil, employée de la société STN et déléguée syndicale CGT, accompagne les grévistes. Selon elle, le palace Hyatt Vendôme reste le seul hôtel qui utilise ainsi une société sous-traitante, et les salaires y sont plus bas que chez la concurrence. "Au Ritz ou au Bristol, les salariées sont payés 1800€ net, développe-t-elle. Ici, celles qui sont employées via le prestataires gagnent bien 1800€, mais elles ont un statut précaire. Quant à celles qui bénéficient d’un CDI, elles ont un statut plus stable, mais un moins bon salaire : seulement 1400€ net par mois. Et il n’y a eu aucune augmentation depuis 15 ans..." Des inégalités dénoncées par les grévistes, qui réclament CDI et salaire à 1800€ pour toutes, afin de vivre décemment. Glize, cuisinière pour les employés du palace, explique : "Je suis à 1400€ par mois, et j’ai 4 enfants dont je m’occupe seule. C’est très lourd." 
Très lourde aussi, cette grève qui s’éternise et prive le personnel mobilisé de revenu... Depuis le début du combat, sept femmes ont d'ailleurs dû abandonner. Alors chaque jour, Glize vient avec une boîte en carton à la main et collecte des fonds auprès des passants, dont certains donnent quelques pièces. Et s’il arrive qu’un client de l’hôtel glisse un billet dans la boîte, Nora Khalil note que "la majorité ne comprend pas et reste insensible au mouvement. Ces gens vivent dans un monde totalement différent de celui des grévistes." Ce sont pourtant elles qui nettoyent leurs chambres – neuf en tout par jour, contre sept en moyenne dans les autres 5 étoiles parisiens. "Et tout ça avec un seul aspirateur par étage, ce qui fait que la cadence est insupportable", détaille la syndicaliste.



"Nous avons toutes des problèmes de santé"
Toutes les femmes de chambre et les gouvernantes le disent : elles sont épuisées par leur travail et souffrent de maux chroniques, notamment, de dos. "Dans les autres hôtels, il y a des monte-lits, explique Marie-Chantal, qui approche de la soixantaine. Ce sont des appareils qui soulèvent les lits à notre place, pour qu’on puisse le faire plus facilement. Mais on n’a pas ça, au Hyatt Vendôme." La souffrance est aussi psychologique, comme le souligne une gréviste anonyme : "On n’a pas de vie. Notre vie, c’est l’hôtel. On veut être intégrées, reconnues pour notre implication." Des paroles qui ne sont toujours pas entendues par la direction, malgré deux mois à faire le piquet devant l’hôtel... Mais qui ont trouvé un écho sur le web, les internautes saluant le courage de celles qui cumulent plusieurs facteurs de discrimination, en tant que femmes racisées, issues de milieux populaires et précaires. "On reçoit beaucoup de messages sur les réseaux sociaux, explique Jessica, c’est important pour nous. Et puis les salariées des hôtels du groupe suivent aussi notre combat : à Las Vegas, à Dubaï, à Tokyo…" Un soutien moral et financier : en plus des 40€ par jour donnés à chacune par la CGT via une caisse de grève, une cagnotte a été mise en ligne. De quoi tenir jusqu’au 30 novembre, date de la prochaine négociation avec la hiérarchie. Touche d’espoir avant le jour J ? Le 16 novembre, des femmes de chambre du Marriott Prado Vélodrome, à Marseille, ont obtenu des avancées salariales après quatre jours de grève. Elles sont, elles aussi, employées par le groupe STN.

Sarah Ben Ali & Romane Hassoun avec Coline Clavaud-Mégevand

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