Girl hate : la rivalité entre femmes est-elle une fatalité ? Girl hate : la rivalité entre femmes est-elle une fatalité ?

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Girl hate : la rivalité entre femmes est-elle une fatalité ? par Tiphaine Guéret

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Publié le Lundi 28 Janvier 2019

Vous êtes une femme ? Il y a fort à parier que vous ayez déjà prononcé des généralités sur la difficulté des rapports entre filles, ou le fait que vous préfériez évoluer dans un environnement mixte, voire masculin, plutôt que d’être avec vos pairs. Mais pourquoi tant de haine, et surtout, pourquoi faut-il s’en débarrasser?

En décembre 2018, on apprenait que Meghan Markle et Kate Middleton ne pouvaient apparemment plus se voir en peinture. Quelques mois plus tôt, c’est le beef opposant Cardi B et Nicki Minaj qui faisait les choux gras de la presse. Rebelote en janvier 2019, avec des Unes consacrées à Angelina Jolie et Lady Gaga, et à leur supposée "guerre pour obtenir un rôle". Et ces exemples n’existent pas que dans la pop culture : dans notre quotidien, on s’entend régulièrement commenter l’apparence physique d’autres femmes ("Elle fait vraiment cagole", "C’est sûr, elle a fait un lifting"), ses compétences ("Elle a dû coucher pour réussir") ou sa façon de vivre sa maternité ("Tu vas vraiment arrêter de l’allaiter si tôt?"). Sans parler de la classique détestation de l’ex de son mec/de sa copine, que l’on ne connait même pas… Et avec qui on s’entendrait peut-être très bien si on n’avait pas toutes les deux couché avec cette personne. Autant de comportements qui relèvent de la girl hate ("haine entre filles", en VF). Et qui ne seraient pas si grave, s'ils ne signifiaient pas, au fond, que les femmes ne peuvent pas se soutenir, s’entraider, voire s’entendre… dans un contexte où elles font déjà face à bien des oppressions.


La haine entre filles, mythe ou réalité ?

"Elles se crêpent le chignon", "C’est une langue de vipère", "Elle adore bitcher", "C’est une vraie harpie", "Leur dispute est partie en cat fight"… Autant d’expressions qui désignent des rivalités, voire une toxicité, typiquement féminines. Difficile alors de questionner la légitimité du concept de girl hate, quand même notre langage est pétri de cette notion... C’est pourtant ce qu’on fait plusieurs féministes et chercheuses, comme l’autrice étatsunienne Leora Tenenbaum. Selon elle, ce n’est pas biologiquement que nous sommes programmées pour nous détester, mais culturellement. "Les femmes ne sont pas par nature plus compétitives que les hommes, écrit-elle dans son ouvrage Catfight: women and competition. Mais le peu de rôles qui nous sont attribués en tant que femmes, ainsi que notre émancipation relativement récente, créent un environnement troublant, dans lequel les femmes sont des adversaires et doivent constamment être en compétition si elles veulent réussir". Dans des mondes qui ne nous laissent que peu de pouvoir (l’entreprise, la sphère politique…), nous en venons à nous tirer dans les pattes pour mieux survivre. Qui n’a ainsi jamais eu de consœur traumatisée par son départ en congé maternité, ou ne s’est pas sentie menacée par la promotion d’une collègue qui ne nous voulait pourtant aucun mal ?

Pour créer ces situations hyperconcurrentielles, nos sociétés alimentent aussi nos insécurités. La pop culture, mais aussi la publicité, matraquant des images de mannequins et actrices longilignes, qui semblent éternellement jeunes, sexy mais pas trop (sinon, ça fait mauvais genre), intelligentes mais pas trop (sinon, ça fait menaçantes). Pour combattre le manque de confiance qui en résulte, notre stratégie sera souvent d’attaquer en retour – critiquer, réduire, voire harceler, comme le montre une étude du Workplace Bullying Institute. Selon elle, 80% des actes de harcèlement par des femmes s’exercent sur leurs semblables... Une dynamique qui donne l’impression que la girl hate est dans notre nature, quand elle résulte en fait de pressions pour nous faire adopter des comportements toxiques. Dont nous sommes les premières victimes. 

Le grand gagnant de la girl hate 

Les bénéficiaires de toute cette haine ? Les hommes, affirme la professeure de psychologie sociale Annik Houel. Dans son ouvrage "Rivalités Féminines au Travail", elle décrit la girl hate comme "une misogynie d’appoint", c’est-à-dire qui sert à renforcer les oppressions patriarcales. D’abord, parce qu’elle confirme notre soi-disant infériorité par rapport aux hommes (pourquoi laisser les commandes à des hystéros incapables de bosser ensemble sans s’empoigner par les cheveux ?). Mais aussi, parce que les femmes dépensent, en s’affrontant, une énergie qu’elles pourraient mettre dans la lutte contre les oppressions. Le coup de vice ultime ? Certaines vont se sentir obligées de jouer à fond la carte de la girl hate, pour montrer combien les hommes devraient plutôt les choisir, elles. Des femmes désignées sur les réseaux sociaux sous le nom de "pick me" (littéralement, "choisis-moi"), et une stratégie contreproductive sur un plan collectif comme personnel, les adeptes de la pick-me attitude étant généralement de beaux machos 2.0. 

Vous ne pouvez pas sentir votre belle-sœur ? La comptable de votre boîte est une sorcière ? Pas besoin de vous forcer à les aimer ou à accepter leurs comportements, sous prétexte que ce sont des femmes – la sororité a quand même des limites ! Par contre, on n’hésitera pas à réfléchir à ce qui nous crispe autant : leur personnalité, leurs actions, ou bien le fait qu’elles réveillent en nous des mécanismes de défenses inculqués depuis l’enfance ? Il en est de même pour les autres discours stigmatisants envers les femmes, du victime blaming au slut shamingmais aussi, tous les stéréotypes de genre en règle générale. Bonne déconstruction !

 

T.G avec C.C-M.

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