Exploitation des femmes, viols… Voici le véritable coût des fraises importées d’Espagne Exploitation des femmes, viols… Voici le véritable coût des fraises importées d’Espagne

L'époque en live

Exploitation des femmes, viols… Voici le véritable coût des fraises importées d’Espagne par Ophélie Manya

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

2 minutes

Publié le Mercredi 17 Avril 2019

Le 14 avril 2019, le Guardian publiait une enquête alarmante sur les conditions de récoltes des fraises d’Espagne, assurées par des femmes marocaines exploitées. Une forme d’esclavage moderne, pour un produit que nous trouvons dans tous nos supermarchés.

L’or rouge, vous connaissez ? En Espagne, c’est ainsi que l’on surnomme les fraises. Le marché des récoltes de ce fruit est extrêmement juteux, et représente un enjeu colossal pour l’économie espagnole. Avec 400 000 tonnes de fraises exportées chaque année au Royaume-Uni, en France et en Allemagne, l’Espagne est de loin le plus gros exportateur de fraises en Europe. Montant total de l’exportation : 580 millions d’euros rapportés au pays. Mais à quel prix ? Celui de la vie de femmes immigrées, exploitées et sexuellement agressées.

Dans l’enfer des champs de fraises
C’est ce système que dénonce le quotidien britannique The Guardian, dans un article publié le 14 avril et intitulé "Rape an abuse : the price of a job in Spain’s strawberry industry ?". Une enquête dans laquelle des employées de plantation de fraisiers témoignent de leurs conditions de vie inhumaines en Espagne. Pour toutes ces femmes, l’histoire est la même : celle d’immigrées marocaines venues gagner de l’argent en Espagne, grâce à un système de visa de travailleur saisonnier mis en place par les gouvernements espagnol et marocain depuis 2001. "Avant de quitter ma maison, j'étais vue comme une héroïne pour tout le monde, déclare Samira Ahmad* au Guardian. Personne dans mon village n'avait jamais eu la chance d'aller travailler dans un pays aussi riche que l'Espagne, mais cela s'est avéré être la pire décision de ma vie". Car, en plus de travail éreintant qui consiste à ramasser les fruits dans les champs, ces travailleuses sont victimes ou témoins de trafic d’êtres humains, d’agressions sexuelles, de racisme et d’exploitation. Parfois contraintes de travailler pendant 12 heures sans interruption, par des employeurs qui peuvent refuser de les payer par la suite, certaines sont même privées de nourriture et d’eau quand on juge qu’elles n’ont pas été assez productives, ou qu’elles ont osé prendre une pause.

Et lorsqu’elles ne sont pas sur leur lieu de travail, les cueilleuses de fruits vivent dans l’insalubrité, logées dans des conteneurs étroits et sales, obligées d’utiliser des douches et des toilettes défectueuses. "Certaines racontent avoir été violées, d'autres ont subi des pressions pour obtenir de la nourriture et de l’eau en échange de relations sexuelles (…) certaines femmes avaient également reçu l'ordre de se prostituer avec des hommes qui venaient attendre dans leur voiture devant la ferme chaque nuit", rapporte le Guardian.

Un système conçu pour abuser des femmes étrangères

Alicia Navascues, activiste au sein du groupe de défense des droits des femmes Mujeres 24, dénonce un système d’exploitation misogyne et raciste bien ficelé : "Ils recherchent délibérément de la main-d’œuvre vulnérable et peu couteuse au Maroc. À savoir, des femmes venant des zones rurales, ayant de jeunes enfants, qui ne comprennent que l’arabe et, donc, qui ne peuvent pas comprendre les contrats écrits en espagnol, ni faire valoir leurs droits". Ces dernières années, les médias locaux et internationaux ont fait état de nombreux cas d'abus sexuels et d'exploitation à l'encontre de travailleuses marocaines, notamment l’édition allemande de Buzzfeed. Et sur place aussi, les femmes concernées ont voulu agir pour se sortir de cette situation insoutenable, en allant porter plainte. Mais selon Samira Ahmad, cela a été sa plus grande erreur, après le fait d’être venue en Espagne : "Nous pensions que lorsque nous irions voir la police pour porter plainte, nous obtiendrions justice, mais au lieu de ça, nous avons été abandonnées". Belén Luján Sáez, avocate bénévole de ces femmes, confirme que la police nationale était légalement tenue d’enquêter sur les plaintes des ramasseuses exploitées, mais a refusé de le faire. Les tribunaux provinciaux d’Andalousie, région où sont majoritairement cultivées les fraises, ont quant à eux fait obstruction et n’ont pas ouvert d’enquête comme ils l’auraient dû, arguant d’un manque de preuves…  Du côté du gouvernement, les témoignages ont également été minimisés : "Bien que de nombreuses plaintes pour exploitation et viol ont été relayées dans les médias, le ministère marocain du Travail, chargé de recruter et de délivrer les visas aux travailleurs migrants, a nié l'an dernier que des plaintes formelles avaient été déposées", rapporte le Guardian.

Depuis qu’elles ont porté plainte, les accusatrices n’ont plus ni logement, ni aucune ressource. Leur visa de travail saisonnier est arrivé à expiration, mais elles refusent de quitter le pays tant qu’elles n’auront pas obtenu justice, mais aussi, car elles n’en ont plus les moyens. Certaines confiant avoir été désavouées par leurs parents ou mari au Maroc.
Au cours des prochains mois, environ 20 000 femmes marocaines arriveront en Espagne pour contribuer à la récolte de fraises de cette année.

*Le nom a été modifié par le Guardian

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires