Étude : les femmes, grandes oubliées du design des objets du quotidien Étude : les femmes, grandes oubliées du design des objets du quotidien

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Pourquoi les objets du quotidien ne sont-ils pas toujours adaptés aux femmes ? par Marine Decremps

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Publié le Mercredi 6 Mars 2019

Durant trois ans la journaliste Caroline Criado-Perez a analysé, étudié, déchiffré des données pour mettre en lumière un sexisme banalisé : les objets du quotidien sont pensés pour un homme caucasien de 1,70 m pour 76 kilos.

De la voiture aux toilettes en passant par le téléphone, voilà autant d’objets qui sont en fait conçus pour un homme blanc âgé de 30 ans et mesurant 1,70 m pour 76 kilos. Et c’est un problème. Notamment pour les femmes. C'est ce constat qui a poussé la journaliste britannique Caroline Criado-Perez à enquêter sur le sujet pendant trois ans. De ces recherches au cœur des données, elle a écrit un livre mettant en lumière l’invisibilisation des femmes dans la conception d’objet du quotidien ; mettant celles-ci dans des situations dangereuses. Intitulé "Invisible Women, Exposing Data Bias in a World Designed for Men", il paraîtra au Royaume-Uni le 7 mars 2019. Mais déjà, le journal britannique The Guardian en a publié des extraits. Éloquents.

Les dangers des matériels inadaptés
"Le nombre de personnes pouvant se soulager en même temps est beaucoup plus élevé par mètre carré d’espace au sol dans les toilettes pour hommes", assène Caroline Criado-Perez dans son ouvrage. L’exemple est criant de vérité. On souffre là d'un partage équitable qui met le feu aux poudres. En effet, bien souvent, il y a autant de toilettes pour hommes que pour femmes et au sol la division respecte une équité parfaite. Seulement, les hommes profitent des urinoirs. Il n’y a pas plus de femmes qui doivent uriner, mais elles mettent plus de temps lorsque, par exemple, elles doivent changer leur protection périodique.
Autre exemple, les voitures, et plus précisément les accidents de voiture. Les femmes ont, selon la journaliste, 47% de risques supplémentaires d’être blessées, 71% d’être légèrement blessées et 17% plus de mourir. Et cette mise en danger est directement imputable à la conception des voitures. Au niveau international, la majorité des mannequins utilisés pour les crash-test sont moulés sur le corps d’un homme d’1,70 m et 76 kilos. Il aura fallu attendre 2011 aux États-Unis pour que les ingénieurs introduisent des mannequins de femmes. Dans l’Union Européenne, un test est requis. Mais, le mannequin femme n’est installée que sur le siège passager… "C’est juste un mannequin masculin réduit. […] Mais les femmes ne sont pas des hommes réduits. Nous avons une distribution de masse musculaire différente. Nous avons une densité osseuse inférieure. Il existe des différences dans l’espacement des vertèbres. Même notre corps est différent. Et ces différences sont toutes cruciales en ce qui concerne le taux de blessures dans les accidents de la route", déplore Caroline Criado-Perez. Cette dernière met aussi en exergue la dangerosité des vêtements professionnels, rappelant qu’en 1997, une policière britannique contrainte d’ôter son gilet pare-balle parce que trop serrée dans celui-ci, avait été poignardée en manipulant un bélier en pleine intervention. En tenues de chantier ou de service, de nombreuses femmes alertent sur l’inconfort de ceux-ci : place pour la poitrine, harnais mal taillés. Leur refusant alors l’accès à la sécurité nécessaire.

L’homme blanc comme norme dans les nouvelles technologies
Pensons au smartphone. Il mesure aujourd’hui en moyenne 14 cm, "pour que l’homme moyen puisse utiliser son appareil d’une manière assez confortable d’une main", souligne la journaliste. Le journal The Guardian, rappelle également les travaux de la chercheuse en linguistique à l’université de Washington, Rachael Tatman, qui en 2016, avait découvert que la reconnaissance vocale de Google réussissait mieux à reconnaître les voix masculines, à 70%. Misogyne, donc, mais raciste aussi. Oui, rappelé dans un article du site Usbek & Rica, en 2015 le logiciel de reconnaissance faciale de Google Photos confondait des personnes afro-américaines avec des gorilles. Côté Amazon, le média rappelle qu’en janvier la chercheuse Joy Buolamwini au MIT Media Lab dénonçait le système de reconnaissance faciale Rekognition, qui peinait à reconnaître les visages des personnes noires ainsi que des femmes. Et confondait les femmes noires avec des hommes dans 31% des cas. Enfin, le problème des voitures autonomes : dans la mesure où les véhicules ont tendance à moins s’arrêter devant les piétons noirs - étude menée par l'Université d'État de Portland -, l’introduction sur les routes de modèles de voitures autonomes inquiètent.

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