“Dégage connasse“ ou la joie d’être une femme cycliste à Paris “Dégage connasse“ ou la joie d’être une femme cycliste à Paris

L'époque en live

“Dégage connasse“ ou la joie d’être une femme cycliste à Paris par Céline Puertas

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Ça y est, c’est le printemps, on peut ressortir nos vélos et pédaler tranquillement dans les rues de Paris. Enfin presque. Insultes, harcèlement, menaces… Pour être une femme cycliste en ville, il faut avoir les nerfs solides.

La première fois que j’ai pédalé dans les rues de Paris, c’était il y a 4 ans. J’ai tout de suite adoré : la rapidité par rapport aux transports en commun, l’agréable sensation de prendre l’air (même s’il est riche en particules fines), et une nouvelle manière de se réapproprier la ville.
Rapidement, j’ai eu mes premières altercations avec des hommes au volant de leur voiture. Refus de priorité, klaxon intempestif… J’étais un peu dubitative, respectant le code de la route, je ne comprenais pas bien les raisons d’une telle agressivité. Et puis un jour, un type me double en faisant une méchante queue de poisson. Arrivée à son niveau au feu rouge, je lui lance : “Bonjour monsieur, c'est pas très sympa ce que vous venez de faire là, j'aurais pu tomber.“ Le type dans sa berline (du genre propre sur lui/costard sans âme/la cinquantaine) vrille en deux secondes. Il s’étrangle, rouge de rage : “mais ferme bien ta gueule, sale petite conne“. Il démarre en trombe en klaxonnant comme un dingue.
Le message est clair. La route, c’est POUR LES VOITURES, et les conducteurs hardcore n’ont pas envie de la partager. Ce genre d’homme au volant ne supporte pas que la femme cycliste lui adresse la parole, ou pire, se permette un reproche sur sa manière de conduire. “Ah les bonnes femmes ! Toujours à nous les briser avec le patriarcat.“ Oui, mais. Plein d’amis cyclistes à moi n’ont quasiment jamais de problème alors qu’ils roulent régulièrement dans les rues de grandes villes de France... Forcément quand un gars d’1,80m se tient en face de toi, tu la ramènes un peu moins derrière ton volant. 


Crédit : Louis Lo / Unsplash

Des anecdotes de ce genre, les membres du crew Girls On Wheels, qui rident souvent dans les rues de la capitale, en ont à la pelle. Moe, 25 ans, est coursière à vélo. Un taxi lui a déjà demandé “si elle voulait lui tailler une pipe“. Une autre fois, un conducteur en camionnette lui a mis un coup de poing dans le visage (après l’avoir traitée de “grosse pute“), parce qu’elle lui avait fait remarquer qu’il n’avait pas à rouler dans la voie de bus. Gabrielle, 22 ans, a déjà été menacée en rentrant seule un soir le long du Canal Saint Martin… Alice, 26 ans, a l’habitude de se faire insulter à chaque fois qu’elle se rebiffe contre un conducteur trop agressif. Pour Marion, c’est même quotidien : “Je deviens violente à force, je n'aurai jamais cru que pédaler pour aller au bureau puisse devenir un acte militant...“

Guerre du bitume

Par contre, quand il s’agit de faire “un compliment“ en passant, “mademoiselle t’es charmante, tu me prends sur ton porte bagage ?“, ou de balancer des remarques bien salaces là, il y a du monde. Hélas, le harcèlement de rue existe aussi quand on est sur deux roues. Une copine à moi qui pédalait en danseuse dans une montée s’est pris une main aux fesses gratos. J’ai eu droit à des phrases tellement trash que j’en suis restée coite, du genre “elle est bonne ta selle ? Tu la sens bien dans ta ch****e ?“ + 1 pour cette vanne digne d’un film de boules des années 80.
J’en suis quasiment venue aux mains un jour, avec un gars qui m’a doublée à fond la caisse en me frôlant, histoire que je me prenne un petit rétro dans les dents. Quand je lui ai fait remarquer qu’il était en tort (les voitures doivent respecter une distance latérale d’un mètre quand elles nous dépassent), il m’a répondu que je n’avais pas à être en travers de son chemin. Notre altercation a duré plusieurs longues minutes. Insultée copieusement (“mal baisée“, “salope“ etc) je ne me suis pas démontée. Mais après coup, j’étais effondrée.  Et il m’a fallu plusieurs semaines pour recommencer à avoir envie de pédaler.

Pas facile de sortir vainqueur de cette guerre du bitume, quand on n’a pas un gros moteur (pour asseoir sa pseudo virilité), ni de carrosserie pour se protéger en cas d’accident. Heureusement, il existe une majorité d’automobilistes bienveillants, qui acceptent de partager la route tant bien que mal, faute de pistes cyclables suffisantes. Et il y a du monde sur la corde à linge : des scooteurs,  des bus, des camions stationnés, des piétons qui traversent sans regarder… Mais la ville du futur laissera de moins en moins de place à la voiture. C’est dans l'ordre des choses, et ça ne sert à rien de résister. Le 21 mars, une parade de cyclistes va d'ailleurs défiler sur les voies sur berge. But de la manœuvre ? Montrer le désaccord de cette communauté après le jugement rendu par le tribunal administratif  le 7 mars dernier, qui vise à annuler la piétonisation. Après le rassemblement #sauvonslesberges le 10 mars, "l’idée de cette 'Berges parade' est de s’émanciper d’un côté “militant, dixit l'un des organisateurs. Pas de collectif précis, juste des gens qui lancent une idée. C’est notre manière de dire : regardez, on existe et on est un peu plus qu’une douzaine de vélotaffeurs ou de coursiers bobos. On est très nombreux, étudiants, prolos, bourgeois, coursiers, graphistes ou chômeurs, on est ensemble. Et on va faire tinter nos sonnettes." Non mais. Les cyclistes cristallisent clairement la haine de beaucoup de pro voitures contre Anne Hidalgo. Eh bien, désolée d’être “une connasse de bobo“, mais je vais continuer à faire du vélo.

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Mme M.

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