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Confinement, grossophobie et charge esthétique : et si on lâchait les femmes avec leur corps ? par Marine Decremps et Tess Annest

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Publié le Jeudi 16 Avril 2020

Ne pas grossir, ne pas se laisser aller, être belles en visioconférence… Depuis le début du confinement, sur Internet, pullulent des images humoristiques reflétant les normes à suivre. Afin de comprendre les enjeux de telles injonctions, nous avons discuté grossophobie et charge esthétique avec l’activiste du compte Instagram Corps Cools.

Depuis le début de la mise en place des mesures de confinement, la Toile semble avoir plus peur de grossir que d’attraper le coronavirus. Les réseaux sociaux débordent d’imageries supposées humoristiques dont le seul message est : être inactif.ve.s va vous rendre gros.ses, vu que vous êtes sûr.e.s que les gros.ses sont inactif.ves. Ce néologisme est caricatural, cruel et faux mais sous le prisme de l’humour, certain.e.s internautes se permettent insultes et mèmes à caractères grossophobes, c’est-à-dire stigmatisant les personnes grosses. "Il y a d’un côté le contenu, soit disant drôle mais en fait très oppressif : ça va des mèmes avant/après quarantaine avec un.e gros.se à la fin, à ceux disant adieu au summer-body (concept complètement pété au passage). Et ça finit par des tweets ‘hilarants’ comme : fermeture des Mcdo, on va voir les gros si c’était vraiment à cause de votre métabolisme", explique l’activiste du compte Instagram Corps Cools. "Si la grossophobie est une oppression si violente, c’est parce qu’elle est systémique et qu’elle impacte tous les aspects de la vie des concerné.e.s", avance Corps Cools avant d’énumérer des exemples : le body-shaming, les discriminations à l’embauche, les écarts de salaire et même la - tristement actuelle - mauvaise prise en charge médicale. "Je suis persuadée que la plupart des gens ne trouveraient pas ces mèmes drôles s’ils ne reposaient pas sur ce qui leur semble être des vérités ou sur ce qui leur fait peur", analyse l’activiste. Mais Internet ne laisse personne tranquille, surtout pas les femmes

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Confinement et charge esthétique, les liaisons dangereuses  

Car si elles ne sont pas les seules visées par ces mèmes grossophobes, elles n’en restent pas moins extrêmement surveillées en cette période de confinement. La faute à un problème de société encore peu percé à jour : la charge esthétique. Une autre forme de charge mentale qui ne fait qu’amplifier la première et qui impose aux femmes coiffures, maquillages et autres joyeusetés. "Très peu de médias, de chaînes youTube ou d’influenceur.se.s encouragent le lâcher prise ou rappellent, par exemple, que se maquiller doit être un plaisir, au quotidien comme en quarantaine, et absolument pas une obligation", s’insurge Corps Cools. "Très peu expliquent que c’est ok de ne pas arriver à faire certaines choses, d’avoir envie/besoin de manger plus pour faire face ou de traîner en jogging… Rien ne nous encourage à faire simplement ce qui nous fait du bien".

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On leur fait croire que le plus important est de rester ‘désirables’

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Des injonctions qui, comme le rappelle à juste titre l’activiste, sont monnaie courante. "Je dirais que cette période a mis en lumière que les femmes (parce que ces injonctions s’adressent surtout aux femmes) n’ont jamais de répit. Et même enfermées solo chez elles, on leur fait croire que le plus important est de rester ‘désirables’ (selon les normes toujours)". Des injonctions à la beauté omniprésentes, surtout en cette période de crise sanitaire, que résume très bien Marina Rollman dans cette chronique diffusée le 7 avril 2020 sur France Inter. "Le maquillage ne devrait pas déterminer ton identité", explique justement l’humoriste. "Qu’on nous fasse pas croire que notre essence, à nous les femmes, c’est d’être laquées et poudrées quand l’autre partie du monde se gratte les c****** en short et en tongs"

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Le sexisme à son apogée ?

Et c’est d’ailleurs là que réside la majeure partie du problème. À l’heure où la société ne semble rien demander de plus aux hommes, elle attend des femmes qu’elles continuent à se maquiller et à s’épiler. Mais au nom de quoi ? Des stéréotypes imposés par la société certainement. "Nous vivons dans une société patriarcale où le genre a une (trop) grande importance et où il est solidement construit, selon des normes et des stéréotypes, ce qu’est censé être un homme et ce qu’est censée être une femme. Dans ce système-là, on nous conditionne à penser qu’une femme est femme si elle performe son genre en permanence afin d’être validée par le regard masculin. Et surtout, on confère aux hommes le droit de discuter le physique des femmes", explique Corps Cools. "Cependant, les gens ne se sont pas réveillés un matin en disant : ‘les femmes ne doivent pas avoir de poils et se doivent d’être minces’. Il y a là tout un système qui nous apprend à penser de la sorte et c’est ce système tout entier qu’il faut questionner". Le confinement, plus qu’un simple phénomène aggravant, s’avère donc simplement être révélateur d’un sexisme inhérent à notre société. Et si on le confinait ad vitam, le sexisme ?

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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