Stress, mauvaise estime de soi... Comment le harcèlement scolaire façonne notre vie d’adulte Stress, mauvaise estime de soi... Comment le harcèlement scolaire façonne notre vie d’adulte

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Stress, mauvaise estime de soi... Comment le harcèlement scolaire façonne notre vie d’adulte par Anne Lods

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Publié le Mercredi 26 Septembre 2018

En 2015, le gouvernement Hollande mettait en place un journée contre le harcèlement scolaire. Un moyen de mettre en lumière ces dégâts sur les enfants et les ados... mais pas sur les adultes, qui peuvent rester marqués une fois la scolarité terminée. Explications et conseils pour dépasser ce traumatisme.

Vous avez du mal à vous exprimer en public, angoissé à l'idée que l’on se moque de vous ? Quand vous entendez des ados plaisanter entre eux dans la rue, vous imaginez qu’ils rient de vous ? Peut-être est-ce parce que avez-vous subi du harcèlement scolaire dans votre enfance... En France, on estime qu’un élève sur dix en est victime. Parmi eux, 5% subissent des formes très violentes sur un plan psychologique, moral et/ou physique, selon une étude d'Eric Debarbieux, sociologue de la violence et du harcèlement à l’école. Et si ce problème de santé publique est, depuis quelques années, la cible de l’Education nationale, on parle peu des conséquences sur les adultes qui ont subi ces attaques, et dont témoigne Lucie*, aujourd'hui avocate.

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A chaque fois qu'on se montrait sympa avec moi, je pensais que c'était une erreur

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Pendant un an, au lycée, la jeune femme de 26 ans se fait insulter, reçoit des SMS de la part d'élèves de sa classe lui disant qu'elle est "laide", se fait voler ses affaires... Alors qu'on se moque d'elle en classe, les professeurs ne réagissent pas. "J’allais au lycée à reculons et reprenais une bouffée d’air frais, le soir, en rentrant chez moi", explique-t-elle. Un changement de classe en Terminale l’aidera à passer à autre chose. "Cette année de harcèlement m’a appris à prendre sur moi et à encaisser. Aujourd'hui, je ne me laisse jamais faire, mais je sais que je peux très vite devenir agressive si je me sens agressée par mon interlocuteur." Sa formation lui a par ailleurs permis de transcender cette épreuve : "J’ai eu l’occasion de faire plusieurs interventions en milieu scolaire en tant que juriste. J’y ai abordé le harcèlement scolaire par le prisme du droit, jamais par mon vécu personnel. Mais, d’une certaine manière, j’ai obtenu une belle revanche sur cette année de lycée. Ces gens on fait naître une meilleure version de moi-même, quelques années plus tard".

Si Lucie a su rebondir, chez certains, l’expérience laisse des cicatrices plus douloureuses. Bérengère a trente-neuf ans et a été victime de harcèlement sexuel pendant ses années collège : remarques sur son corps, insultes, attouchements... La situation a beau eu se calmer au lycée, la jeune femme a fait une dépression en terminale et développé une phobie sociale, qui l’empêche aujourd'hui d’exercer le métier de ses rêves. "Avant, à chaque fois que quelqu’un se montrait sympa avec moi, je pensais que c’était une erreur, confie-t-elle. Je reste encore sur la défensive dans les situations d’échanges avec les autres, mais je suis  aujourd'hui en thérapie et j’ai le statut de travailleuse avec handicap. J’ai un poste adapté à ma phobie, pas celui dont je rêvais quand j’étais enfant, mais je vis avec." Bérengère est aussi devenue militante via un blog contre les violences et le harcèlement scolaire, un excellent moyen selon Eric Debarbieux de dépasser les trauma.

Car le plus important, quand on a été victime, reste de comprendre qu'il est normal de se sentir fragilisé : de tels évènement, survenus à une période-clé comme l’adolescence, ont logiquement un impact fort une fois adulte. "Nous avons tout un sentiment d’infériorité, mais le harcèlement va l'accroitre", détaille le spécialiste. "Chaque individu a besoin d’être reconnu, d'avoir des amis, d’appartenir à un groupe, et quand l’enfant est harcelé, il est isolé pour ces différences, ce qui le dévalorise voire le culpabilise, plus ou moins à long terme". Un mécanisme de groupe qu'Eric Debarbieux nomme "l’oppression conformiste". Ce dernier va même plus loin, en dénonçant une véritable culture du harcèlement dans notre société. "Quand on entend des discours de haine, prônant le rejet de l’autre ou s'opposant à l'immigration par exemple, qui vont jusqu'à devenir des arguments politiques, il ne faut pas s’étonner que le harcèlement scolaire lié au refus de l’autre perdure, explique-t-il. Les adultes ont une énorme responsabilité dans la construction du harcèlement". L'autre visage méconnu du phénomène ? Son impact... sur les harceleurs. D’après les recherches de Maria Ttofi et du criminologue David Farrington, menées pendant quarante ans au Royaume-Uni auprès de 500 anciens élèves harceleurs, une grande partie des "bullies" se retrouvent une fois adultes au chômage, ou avec des jobs très mal payés. D’autres reproduisent le même schéma qu’à l’école et finissent par maltraiter leur propre famille. Enfin, 40% d’entre eux finissent en prison. De quoi inciter à un vrai changement culturel, au-delà des cours de récréation.

*Le prénom a été modifié pour garantir l'anonymat des victimes.

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