“Bullshit job” : ils ont tout plaqué (et ne l’ont pas regretté) “Bullshit job” : ils ont tout plaqué (et ne l’ont pas regretté)

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“Bullshit jobs” : ils ont plaqué un "job à la con" (et ne l’ont pas regretté) par Lucile Quillet

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Publié le Jeudi 8 Novembre 2018

Adieu confort, salaires juteux et déprime dans le métro : trois trentenaires racontent pourquoi et comment ils ont quitté leurs "bullshits jobs", ces métiers pour lesquels ils n’avaient plus de considération.

Bastien*, 29 ans, ex-responsable commercial pour un groupe de fast fashion : "J’ai économisé pendant un an pour être libre"
Le déclic :
 "À moins de 30 ans, j'avais plus de 3000 euros de salaire net mensuel, des conditions de travail idéales à Paris, une évolution assurée. Tout ce pour quoi j’avais été éduqué. Le job en lui même n'était pas “bullshit” mais vendre des millions d’euros de vêtements fabriqués en Asie, pour l’un des business les plus polluants au monde, si. Après avoir vu l’enquête de Cash Investigation sur la production de coton, je ne voulais définitivement plus être le maillon de cette chaîne destructrice, mais plutôt laisser une empreinte positive sur mon environnement et la société."
Comment claquer la porte ? "J'ai économisé pendant un an pour partir dans un pays anglophone. Là-bas, se reconvertir me semblait plus simple : on te donne plus facilement une chance. Et puis créer un nouveau chez soi ailleurs encourage à sortir de sa zone de confort."
Et maintenant ? "J’ai quitté Paris, mon poste et mon appart’. Je suis à l’étranger depuis quelques semaines et je vais commencer par un temps partiel alimentaire pour me consacrer à ma reconversion ou à une activité associative."


Jean, 35 ans, ex financier : "Je ne voulais ressembler ni à mes boss, ni au millième bon petit élève d’école de commerce"
Le déclic : "
J’ai travaillé cinq ans en fusion-acquisition pour la banque d’investissements Merrill Lynch. Les gens étaient intelligents, mais c’était aussi une caricature du capitalisme où l’on ne parle que finance, bonus, argent, tableaux Excel et PowerPoint. Étais-je venu sur Terre pour profiter des taxis, des tickets restau et du bonus de fin d’année que l’on claque aux Maldives en vacances ? Quitte à travailler 100 heures par semaine et sacrifier ma vie personnelle, cette énergie pouvait servir à une cause plus noble."
Comment claquer la porte ? "J’ai bifurqué à 30 ans, un âge où certains s’engagent via un mariage, un prêt ou un enfant. On passe facilement pour le sale gosse privilégié qui se pose des questions. Plus on attend, plus c’est dur de décrocher. Je ne me voyais pas partir non plus dans le secteur des ONG et des associations, le social business me semblait être un bon compromis. Nous avons créé Phenix, une entreprise de revalorisation des déchets contre le gaspillage. Les deux premières années, je vivais sur l’argent de mon départ négocié."
Et maintenant ? "Nous avons 98 salariés, 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et chaque semaine, nous recevons des mails de candidature de personnes en quête d’une reconversion utile.


Camille, 32 ans, ex acheteuse pour une multinationale de production de cacao : “J’ai découvert d’autres modes de vie, hors de ce carcan de hiérarchies sociales
Le déclic : "
Ce job semblait idéal mais j’ai rapidement déchanté. J’étais sans cesse tiraillée entre mon éthique et mes objectifs, à savoir : réaliser le maximum d’économies d’échelle au groupe, quitte à dégrader les conditions de travail, la qualité des prestations et rompre avec des partenaires de longue date. Alors que je bataillais pour un budget d’entretien des vêtements de travail du personnel d’usine, le PDG nous a à tous conseillé d’acheter des actions car l’entreprise se portait à merveille. J’étais écoeurée."
Comment claquer la porte ? "C’est difficile de ne plus penser “compétitivité, “plan de carrière” et “kilos annuels” (combien tu “pèses” en milliers d’euros ndlr), surtout avec un prêt étudiant sur le dos. Mon compagnon a changé de région, j’ai pu démissionner pour suivi de conjoint et ainsi sauvegarder mes droits au chômage. Nous sommes partis plusieurs années à l’étranger et avons découvert d’autres modes de vie, hors de ce carcan de hiérarchies sociales."
Et maintenant ? "À notre retour, j’ai repris mes études. Le secteur agro-alimentaire m’intéresse toujours autant, mais plus axé sur la paysannerie et l’agroécologie. Je termine un master en développement territorial et espère désormais fonder une famille et vivre de façon la plus autonome possible."

*Le prénom a été modifié.

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