Affaire Jeanne D’Arc : mais pourquoi les figures historiques sont-elles toujours blanches ? Affaire Jeanne D’Arc : pourquoi les figures historiques sont-elles toujours blanches ?

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Affaire Jeanne D’Arc : pourquoi les figures historiques sont-elles toujours blanches ?

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Publié le Vendredi 2 Mars 2018

Fin février, une jeune fille métisse a été choisie pour incarner la Pucelle d’Orléans lors d’un défilé… ce qui a déclenché un torrent d’insultes racistes. Mais pourquoi notre société a-t-elle du mal à représenter les figures historiques autrement que blanches ?

En avril prochain, à Orléans, c’est Mathilde Edey Gamassou, 17 ans, qui incarnera Jeanne d’Arc lors des "fêtes johanniques". Une nomination qui a déclenché un déferlement de commentaires racistes sur le Web. Le problème ? La couleur de peau de la jeune femme, métisse, qui ne correspondrait pas à celle de Jeanne d’Arc, selon certains identitaires et membres de l’extrême droite. Qui voient dans ce choix une véritable "récupération de l’histoire" – une instrumentalisation du défilé pour promouvoir le métissage de la société. Choquée par ces propos, Marlène Schippa, la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, a apporté son soutien à Mathilde Edey Gamassou, en déclarant que "la haine raciste de la fachosphère n'avait pas sa place dans la République française". Une enquête préliminaire pour "provocation publique à la discrimination et à la haine raciale" a également été ouverte. Mais au-delà de la haine suscitée par la modernisation de la représentation de Jeanne d’Arc, une question se pose : celle de la représentation des personnalités historiques, systématiquement montrées sous les traits de personnes blanches… parfois même en dépit de leurs origines géographiques.

Pour Evelyne Heyer, professeure en anthropologie génétique au Musée de l’Homme, tout est d’abord une question de projection. "On a toujours cherché à représenter les héros comme des personnes à qui on pouvait s’identifier, explique-t-elle. Ils doivent être proches de nous, surtout physiquement". Et il se trouve que la majorité des Européens étaient blancs à l’époque où on a commencé à vouloir les représenter. Voilà comment Jésus s’est retrouvé blanc, alors qu’il est né à Nazareth, une zone géographique où les Hommes ont la peau foncée. Mais, selon Evelyne Heyer, ce n’est pas la seule explication : "Dans la construction de la pensée raciste des XVIème et XVIIème siècles, les Blancs appartenaient à une race supérieure, donc les personnages exceptionnels étaient tous blancs. On n’imaginait pas une seule seconde que Jésus ne le soit pas". Et si l’idée de la supériorité des Blancs s’est affaiblie depuis les années 70, et que la société a depuis nettement évolué, les personnages historiques, eux, sont restés figés. Il y a quelques années, Néfertiti, l’épouse du pharaon Akhenaton, avait déjà déclenché une polémique. La faute à Henri Stierlin, un historien suisse qui, après vingt ans de recherches sur le buste de Néfertiti, avait conclu que celle-ci n’était pas blanche et que son buste ne faisait qu’idéaliser un idéal féminin raciste. Ce qui n’avait pas plu aux identitaires, qui y voyaient déjà une récupération historique… Mais pas de quoi désespérer, selon Evelyne Heyer. "Certains s’autorisent cette parole, et si elle choque aujourd’hui, c’est aussi du fait de sa rareté", estime l'anthropologue. Nous voilà (presque) rassurés.

Tess Annest

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