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Actrice X, prostituée, camboy, escort… Ils ou elles sont en couple avec un.e travailleur.se du sexe par Dan Hastings

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Publié le Mercredi 8 Mai 2019

En France, ils seraient 40 000 à exercer le métier de travailleur du sexe (TDS). Or, être escort, prostituée, actrice X ou camboy ne représente en rien un frein à l’amour. Rencontre avec ces couples unis par la confiance, qui ne demandent que plus de protection et moins de stigmatisation pour leur partenaire.

Lorsque l’on entre en contact avec le STRASS, le Syndicat du Travail Sexuel, pour leur parler de cet article, on nous demande une seule chose : de ne pas “maintenir les travailleurs du sexe dans une position d’objets étudiés” tels des souris de laboratoire. Derrière les clichés sulfureux associés aux prostitué.es, se cachent des femmes, des hommes et des personnes non-binaires à la vie privée ordinaire.
Benoît, en couple avec Lucie*, travailleuse du sexe étrangère installée en France, aime souligner leur histoire anodine : “Je me considère dans une relation exclusive. La nature de notre sexualité, notre vie de couple, nos sentiments mutuels relèvent de l’intimité, ce qui n’est pas le cas de ses relations professionnelles.

Doryann Marguet ne partage pas, dans sa vie privée, cette conception de l’amour monogame. Celui qui se présente à nous comme acteur de films pornographiques, performeur live et modèle webcam, est “en couple libre” depuis deux ans. “Ce qui signifie que nous nous autorisons d'avoir des relations sexuelles avec des tiers, même en dehors du cadre du travail, explique-t-il. Et surtout, nous nous aimons. J'ai toujours été en couple de cette façon, que ce soit avec un homme ou avec une femme, même avant d'avoir été travailleur du sexe. Chacune de ces relations a duré plusieurs années.” Son compagnon, Paul Delay, décrit cette union libre comme une révélation : “Ça a complètement changé le regard que j’avais sur la sexualité dans un couple. Je sortais d’une relation où j’avais tout gâché à cause de ma jalousie obsessionnelle. Dissocier les plaisirs du sexe des sentiments amoureux m’a libéré de cette paranoïa maladive”. Cette libération, comme il l’appelle, l’a conduit à devenir à son tour acteur porno. Les couples de travailleurs du sexe ne sont pas rares, l’un comprenant parfaitement le quotidien de l’autre.

 

Entre jalousie et mélancolie

Si Paul arrive aujourd’hui à dompter sa jalousie, le constat est plus nuancé pour Eric*, en couple avec Jason Domino, un acteur X anglais devenu activiste : “Oui, je suis jaloux de temps en temps. Mais au final, Jason rentre à la maison pour moi. C’est ça le plus important.” Benoît, en revanche, en voyant sa compagne jouer la petite amie d’un client ou être sollicitée pour “une simple passe d’une heure”, préfère parler de mélancolie plutôt que de jalousie. “Ce qui est difficile, ce sont les ‘fuites’ de notre intimité et les invasions dans cette même intimité, poursuit-il. Comme imaginer les petites attentions que vous recevez et les gestes affectueux être réservés à quelqu’un d’autre ou, au contraire, trouver des vêtements et des objets oubliés ou laissés par des clients, ou même, le fait que mon amie doive maintenir un lien avec certains clients en dehors des heures de travail ?

Une invasion dans leur vie de couple sur laquelle ils n’hésitent pas à communiquer pour ne pas en faire un tabou. “C’est un sujet de discussion normal, même si je fais attention de protéger l’identité de mes clients, comme dans d’autres métiers”, précise Lucie*. Chez lui, à Manchester, Eric* ne jette un œil aux films X de son compagnon que lorsqu’il est seul, par pudeur. “Mais on en parle tout le temps, j’aime bien savoir avec qui il va jouer et où est-ce qu’on l’envoie pour un tournage”. Au-delà du porno, Eric est particulièrement fier du virage militant qu’a pris la carrière de son compagnon, qui fait aujourd’hui de la pédagogie sur le VIH, les différences entre éducation sexuelle et pornographie, mais qui est aussi militant pour la gratuité de la PrEP.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

#PrEPnow #WhereIsPrEP #United4prep @nhsenglandldn @publichealthengland @lcauthorities

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Garder le secret pour se protéger

Au-delà du tabou, c’est pour une question de sécurité que les TDS peuvent préférer garder leur carrière secrète. Lorsque Lucie* se met en couple avec Benoît, un ancien client, elle pose certaines règles pour se protéger : “Je lui ai demandé de ne pas en parler avec ses amis parce que j’ai eu des problèmes de chantage dans le passé à cause de ça. En revanche il l’a dit à sa mère et elle l’a bien pris. Ma mère aussi est au courant. On a vraiment beaucoup de chance.”

Pour montrer qu’il soutient son choix de carrière, Benoît tente d’être le meilleur allié possible : “Il faut vous intéresser au métier de votre conjoint, vous instruire, toujours questionner vos propres biais et préjugés, être à son écoute à elle, être prêt à entendre des choses déplaisantes qui lui arrivent parfois au boulot.” Un travail au quotidien qui l’inspire dans leur vie à deux mais aussi à l’extérieur. “Si vous tolérez les blagues et les insultes sur les putes au boulot, à votre dîner de famille ou dans les vestiaires, alors vous ne savez pas ce que c’est que l’amour”, conclut-il.

Une stigmatisation structurelle qui crée le danger

La vraie difficulté, pour ces couples ? La culture putophobe ambiante, et sa triple peine pour les travailleur.euse.s du sexe. Pour elles.eux, le danger peut provenir à tout moment – de la part de leurs clients ou des autorités – et ils.elles sont en prime condamné.e.s socialement en permanence. Pour Jason Domino, cela s’explique par la peur : “La plupart des gens nous méprisent parce qu’ils se disent : ‘plus on punit les TDS, moins mon enfant aura envie d’en devenir un. Si cela devait arriver, on me jugera en tant que mauvais parent’. Alors que les TDS viennent de tous les milieux sociaux !

Lorsqu’elles sont en couple, les travailleuses peuvent aussi faire face à un danger provenant de leur compagnon lui-même, comme le précise le STRASS : “La stigmatisation des TDS peut parfois renforcer les problèmes de violences conjugales quand certains hommes l’utilisent pour dominer, shamer, et normaliser leur comportement en se victimisant, usant de vieilles représentations patriarcales selon laquelles les TDS seraient des femmes manipulatrices, menteuses, cupides et prêtes à tout.

La loi du 13 avril 2016 dite de la “pénalisation des clients de la prostitution”, sensée jouer le rôle de porte de sortie de la prostitution, n’a fait que dégrader les conditions de travail de toutes les personnes concernées. Une étude de Médecins du Monde publiée en 2018 affirmant que la loi a entraîné une hausse de la précarité, des violences, de la contamination par des IST et une mobilité vers des lieux de passe plus risqués.

Preuve, une fois encore, que la notion de choix est oubliée ou méprisée par ceux qui entendent “libérer” les TDS sans leur consentement. Bien heureusement, pour reprendre les mots du Syndicat du travail sexuel : “nous avons des familles et des partenaires qui nous soutiennent et nous aiment, peu importe notre profession”. A l’instar de Benoit qui n’hésite pas à déclarer : “J’admire ma copine pour son travail. Ça lui demande une force d’esprit et une énergie mentale que seule une personne extraordinaire peut avoir. Il n’y a rien de facile dans le travail du sexe, que ce soit pour la travailleuse de rue, la camgirl, ou l’escort”.

*Le prénom a été modifié.

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