Violences sexuelles : face à "la meute", la colère des Espagnols gronde Violences sexuelles : face à "la meute", la colère des Espagnols gronde

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Violences sexuelles : face à "la meute", la colère des Espagnols gronde par Laura Carreno-Müller

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Publié le Lundi 30 Avril 2018

Indignation totale en Espagne : cinq hommes ont été disculpés de viol et condamnés, à la place, pour "abus sexuel". Un coup bas pour les victimes de violences sexuelles, qui tentent de se reconstruire dans un contexte post-#MeToo.

Mise à jour du 26/06/2018 : Après une condamnation de neuf ans de prison pour "abus sexuel", les cinq hommes membres de "La Meute" ont finalement été libérés sous caution de 6 000 euros chacun, le vendredi 22 juin 2018. L'annonce de la libération a provoqué un tollé national... Et ça se comprend. 

Ils s’étaient filmés violant collectivement une Madrilène de 18 ans, rencontrée lors des fêtes de la San Fermin à Pampelune, en 2016, et s’étaient même surnommés "la meute" : le 26 avril 2018, cinq hommes âgés de 25 à 29 ans ont été condamnés à 9 ans de prison chacun pour "abus sexuel", après plusieurs mois de procès. En se fiant au Code pénal espagnol, pour lequel un viol comprend forcément violence et intimidation, la justice n'avait pas retenu la thèse du viol collectif. Cette décision a provoqué la colère des Espagnols, qui sont partis à la conquête des rues dans un mouvement national de protestation, dès l’annonce du verdict. Le 28 avril 2018, ils étaient des dizaines de milliers à montrer leur mécontentement face à la décision de la justice, en criant le slogan "Ce n'est pas un abus sexuel, c'est un viol". La mobilisation s’est également répandue sur les réseaux sociaux avec "#Cuéntalo" ("Raconte-le", ndlr), un hashtag à la #balancetonporc, grâce auquel les victimes racontent leur histoire. 

"J'avais huit ans quand le mari de la maraine de ma mère m'a violé. Je leur ai raconté ce qu'il s'était passé, mais la seule chose qu'ils ont fait c'est de me dire de me taire, car les gens allaient le savoir. A partir de ce moment-là, rien n'a plus jamais été pareil"  

"Un homme m'a demandé de venir à une réunion de travail et m'a séquestrée pendant 24 heures. Même s'il m'a persécutée, j'ai réussi à m'échapper. Je le raconte parce que j'ai survécu"

D'autres hashtags et mots-clés ont aussi vu le jour pour dénoncer un système judiciaire patriarcal (#YoSiTeCreo, #NoEsNo, etc.) et une pétition demandant la démission des juges impliqués dans l'affaire a même été lancée, dans la foulée.  

Un procès sous teinte de victim-blaming

Ce n’est pas la première fois que le traitement de l’affaire suscite autant de colère. Lors du procès, en novembre 2017, la victime expliquait comment elle avait été piégée par le groupe, revendiquant encore son absence de consentement. "J’ai réagi en me soumettant", racontait-elle alors. Un récit évidemment réfuté par l’avocat des accusés, qui s'est basé sur les images du viol collectif, filmées par ses propres clients. Des images montrant, selon lui, une plaignante consentante. Cerise sur le gâteau : le juge avait même décidé d’inclure au procès une enquête, menée par un détective privé, sur la vie de la jeune femme. Histoire de "semer le doute sur sa condition morale", comme l’avait expliqué alors l’écrivaine Almudena Grandes. Ce qui porte aussi un autre nom : le victim-blaming ou l’art de rejeter la responsabilité d’une agression sexuelle sur une victime qui ose vivre sa vie comme bon lui semble. Comme quoi, le combat contre les violences sexuelles et sexistes a encore du chemin à faire.

De #MeToo à la réalité

Après les bourreaux, c’est au tour du système judiciaire d’être dans le collimateur des victimes. Si la condamnation de Bill Cosby a officialisé la première victoire des victimes de violences sexuelles aux Etats-Unis, en France, l’histoire est différente. On se rappelle encore de cette enfant de 11 ans, qui avait eu une relation sexuelle avec un homme de 28 ans, en avril 2017. Un fait qualifié d’"atteinte sexuelle" par le Code Pénal français, pour son absence de violence et d’intimidation. Parce qu’évidemment, la victime parfaite d’un viol doit montrer des signes physiques de ce qu’elle a subi. Plus récemment, encore, l’affaire Angélique a relancé le débat sur la prise en charge des délinquants sexuels. Rappel : disparue depuis le 25 avril 2018, cette enfant de 13 ans a été retrouvée morte à Quesnoy-sur-Deûle, dans le Nord de la France. Le meurtrier présumé, qui est passé aux aveux quatre jours après la disparition de l’adolescente, avait déjà été condamné à neuf ans de prison pour viol avec arme en 1996. Il avait été libéré après quatre ans d’incarcération.

  

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