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Uniforme à l'école : une fausse bonne idée ? par Anaïs Robert

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Publié le Jeudi 8 Novembre 2018

Depuis le 5 novembre, médias et réseaux sociaux parlent de nouveau du retour de l’uniforme à l’école. Pour ses défenseurs, il favoriserait l’égalité, l’assimilation et la laïcité. Le hic ? Il évoque un passé qui n’a jamais existé, souvent le même que celui du "c’était mieux avant"…

Tout comme la reformation des Spice Girls ou le come-back du sac banane, on nous annonce fréquemment le retour de l’uniforme, sans que l’on sache très bien s'il s'agit vraiment une bonne idée. Depuis la fin des vacances de la Toussaint, le débat reprend suite à la décision de la ville de Provins, en Seine-et-Marne, de permettre aux élèves de ses écoles publiques de le porter si leurs parents le souhaitent. Une mesure prise suite à une consultation sur le sujet, à laquelle 62% des parents concernés ont répondu positivement.

Un engouement logique, car s’il n’a jamais été obligatoire en France (à l’exception de la Guadeloupe et de la Martinique), le port de l’uniforme à l’école est un sujet populaire. En 2017, 63% des Français y étaient favorables selon un sondage IFOP. Pour ses défenseurs, la tenue permettrait d’abolir les différences sociales entre les élèves. "Aujourd’hui, les marques de vêtements, ça compte malheureusement beaucoup trop avec tous les phénomènes matérialistes un peu stupides", expliquait en 2017 le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, sur BFMTV. Vêtus d’un uniforme, les élèves seraient tous mis sur un pied d’égalité, peu importe leur milieu social, et ne se compareraient plus entre eux. Cette tenue leur permettrait aussi de revendiquer leur appartenance à leur école, façon équipe de foot ou corps d’armée. Bonus : côté parent, le budget shopping diminuerait sensiblement, puisqu’il n’y aurait plus qu’une ou deux tenues à acheter par an. L’uniforme, la solution à tous les problèmes ?

Si sur le papier, ce vrai-faux come-back semble être une bonne idée, l’uniforme a ses détracteurs. D’abord, à cause de son coût réel, finalement élevé pour les plus modestes. A Provins, l’ensemble composé d’un pantalon, d’un gilet, d’un polo et d’un blouson coûte ainsi 137 euros (auquel s’ajoutera l’achat de chaussures). Une affaire de budget, mais aussi, d’idéologie, ce  "retour" étant un marronnier de la droite et l’extrême-droite. François Fillon et Marine Le Pen l’avaient ainsi tous deux intégré à leur programme pour l’élection présidentielle de 2017. Les deux candidats l’assimilaient alors à un symbole d’autorité, mais aussi, à un outil de lutte contre les communautarismes puisqu’il exclut le port de signes religieux. En 2003, lors du débat sur les signes religieux à l’école, puis en 2015, avec la proposition de loi déposée par plusieurs députés dont Eric Ciotti (LR) et Nicolas Dupont-Aignan (DLF), il avait brandi comme un rempart contre les tenues islamiques – de toutes façons interdites à l’école.

Et si l’uniforme n’est pas le véritable vecteur d’égalité et de laïcité que louent ses défenseurs, c’est qu’ils réécrivent son histoire. Dans L’Obs, l’historien Claude Lelièvre explique en effet que la tenue n’a jamais concerné l’ensemble des élèves, mais "certains établissements secondaires qui voulaient justement ‘se distinguer’ les uns des autres et ‘être distingués’". Il faut aussi oublier l’image vintage des écoliers en chemise et veste assis derrière leurs pupitres : lorsque ces derniers portaient tous la même chose, c’était une blouse… et celle-ci ne revendiquait rien, si ce n’est son côté pratique – c’est-à-dire facile de la laver, à une époque où se servait encore des encriers pour écrire. Enfin, selon ses opposants, l’uniforme étoufferait la personnalité de chacun.e et instaurerait une différence entre les sexes, puisque la jupe est parfois privilégiée par les établissements et les parents. Quant aux différences sociales, elles s’exprimeront de toutes façons à travers le cartable, le téléphone portable, ou encore les loisirs dont on parle forcément en cours de récré. 

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