Un an de #MeToo : une victime de viol et de harcèlement témoigne Un an de #MeToo : une victime de viol et de harcèlement témoigne

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Temoignage : "Victime de viol et de harcèlement, #MeToo a changé ma vie" par Anne Lods

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Publié le Mercredi 10 Octobre 2018

Il y a un an, à la suite du scandale Weinstein, Alyssa Milano faisait (re)naître le mouvement #MeToo sur Twitter, afin de relayer la parole des victimes de harcèlement et de violences sexuelles. Et si 70% des Français pensent que depuis, rien n’a changé, ce n’est pas le cas de Caroline, 24 ans. Victime de viols et d’agressions sexuelles à plusieurs reprises, #MeToo a bouleversé sa vie. Elle témoigne.

"J’ai vécu des violences sexuelles, même au sein de relations consenties"
Alors que j’avais 16 ans, je suis sortie avec un garçon. Je n’ai pas tout de suite vu qu’il aurait une influence capitale sur ma vision des relations entre les femmes et les hommes. Dans notre intimité, il me violait régulièrement. Comme mise à sa disposition, je n’avais jamais mon mot à dire lorsque nous faisions l’amour. J'avais beau pleurer, il me disait que c'était "mon rôle de petite amie" de coucher avec lui. Il m’a fallu des années, après avoir osé en parler avec mes amis, pour réaliser que ce n’était pas normal et surtout, pour comprendre que c’était du viol. C’est lors de cette prise de conscience que j’ai découvert l'engagement féministe, qui me suit encore aujourd’hui. Malheureusement, jusqu’à la fin de mes études à la fac, j’ai vécu d’autres violences sexuelles, même au sein de relations consenties. Alors qu’on couche ensemble, plusieurs de mes partenaires me font subir des choses dont je n’ai absolument pas envie. Quand je refuse certaines pratiques sexuelles, on me les fait faire quand même… A bout de forces, j’ai noyé mes problèmes dans l’alcool, convaincue qu’en parler ne ferait qu’aggraver ma situation.

"Grâce à #MeToo, j’ai trouvé une zone incroyable de liberté de parole, sans jugement."
A ce moment précis, #MeToo est arrivé et a été déterminant pour moi. C’était fou : lire les témoignages d’autres femmes, c’était comme me retrouver face à moi-même. J’ai ressenti un regain de confiance en moi et surtout, de l’empathie pour toutes ses femmes qui souffraient, de la même manière que moi. Twitter était une zone incroyable de liberté, sans jugement. Et #MeToo a été un véritable déclencheur dans ma prise de parole. Car si j’en avais déjà parlé aux gens de ma génération et qui ont le même bagage culturel que moi, avec mes parents, c’était compliqué… J’avais peur qu’ils ne me croient pas. Avec l’ampleur que le mouvement a pris, je n’étais plus face à des faits divers, on parlait aussi de ma propre vie et de mes expériences. Et si ça a facilité mon témoignage, je suis convaincue aujourd’hui que ça a également aidé la capacité d’écoute de mes parents. Mon père était bouleversé, il a voulu casser la gueule du mec qui me violait, ma mère m’a demandé pour quelle raison je n’avais rien dit. Tous les deux ont voulu évidemment s’assurer que je ne le voyais plus.

"Je n’ai aucune envie de revoir le visage de mes agresseurs…"
Aujourd’hui, j’ai 24 ans, je vis à Besançon, où je suis étudiante. Je suis en couple avec un homme qui me respecte. Mais, malgré cette prise de conscience déclenchée par #MeToo, je n’ai pas porté plainte. Je n’ai pas envie de me confronter à tout ce que j’ai vécu et je me dis que c’est perdu d’avance… C’était il y a longtemps, je n’ai aucune preuve et surtout, aucune envie de revoir le visage de mes agresseurs. Je ne pense pas qu’il n’y ait rien à faire pour lutter contre tout ça, mais le changement prend du temps. Je porterai toujours cette valise avec moi. Par contre, en regardant les enfants de mon petit ami, je me dis 'Merde !', je suis triste de penser qu’ils vont grandir dans cette atmosphère dégoûtante... Mais dans quelques générations, ça ira beaucoup mieux, on ne peut pas tout arranger en quelques années. Il faudrait réfléchir à une analyse psychologique pour les violeurs et les agresseurs. Si on comprenait mieux les rouages de ces comportements, on pourrait certainement mieux les enrailler.

Propos recueillis par Anne Lods

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