Misogynie, racisme... : pourquoi le traitement médiatique réservé à Serena Williams nous hérisse Misogynie, racisme... : pourquoi le traitement médiatique réservé à Serena Williams nous hérisse

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Misogynie, racisme... Pourquoi le traitement médiatique réservé à Serena Williams nous hérisse

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Publié le Lundi 10 Septembre 2018

Samedi 8 septembre, Serena Williams jouait la finale de l’US Open. Bilan : une compétition perdue, et une intervention sexiste et raciste de l’arbitre qui aurait dû être analysée dans la presse. Mais la plupart des médias ont préféré accumuler les poncifs racistes et sexistes, réduisant la championne au statut de "femme noire en pétard". Décryptage.

Cette édition de l’US Open aura décidément été ponctuée de polémiques... Après la sanction misogyne contre Alizé Cornet le 29 août, c'est Serena Williams (déjà victime d'attaques contre sa tenue à Roland Garros) qui était dimanche dans l'œil du cyclone. Alors qu’elle disputait la finale du tournoi, elle a été sanctionnée à trois reprises par l’arbitre. La première, pour avoir reçu l’aide de son coach en plein match – une pratique interdite mais courante, pour laquelle les joueurs reçoivent habituellement un simple avertissement. Peu de temps après, la joueuse, frustrée, broie sa raquette (un classique sur les courts), et est à nouveau punie. C’est lorsqu’elle qualifie l’arbitre de "voleur" (après qu'il lui a refusé un jeu) que Serena Williams écope d'une troisième sanction, synonyme d'amende de 17 000 dollars. Elle engage alors un dialogue vif avec l'arbitre, en lui faisant remarquer qu'elle n'avait pas été coachée avant la première sanction, et n'a jamais triché de sa carrière. Elle souligne ensuite que celle-ci a été émaillée de décisions injustes, ce qu'elle ne veut plus supporter sans broncher.
Malgré sa défaite, la championne a soutenu sa rivale Naomi Osaka après le match, exigeant du public qu'il arrête de la siffler. Attitude combative, argumentaire solide, fair-play... Autant de qualités qu'on pensait retrouver par la suite dans la presse. Sauf que l'immense majorité des médias a préféré un traitement où le racisme et la misogynie l'emportent.



Leur ligne ? La championne est avant tout une incarnation de l'"angry black woman", un stéréotype fréquemment utilisé pour dépeindre les femmes noires, né durant la période esclavagiste. Dans une dépêche de l’AFP largement reprise, on égraine ainsi toutes les fois où Serena Williams a réagi vivement sur le terrain, en utilisant l'expression "perdre ses nerfs", également entendue dans le JT de France 2. Et pas d'excuse pour un tel "psychodrame", pour reprendre les terme d'Eurosport : l'arbitre Carlos Ramos est un brave type... Sur le site We Are Tennis, on estime d'ailleurs que "tout le monde le sait dans le monde du tennis". On aurait pu considérer que celui-ci était surtout un homme arrogant, qui a placé son égo au centre d'une finale de l'US Open plutôt que de faire redescendre les tensions logiques dans une telle compétition. Ou encore, relever qu'en 2017, Rafael Nadal s’était énervé contre le même Carlos Ramos, le menaçant directement de tout faire pour qu’il n'arbitre plus aucun de ces matches. L'Espagnol n'avait à l'époque reçu aucune sanction. Mais le fait que les joueurs sont traités différement des joueuses, et particulièrement si elles sont non-blanches, semble passer largement au dessus de la tête des médias mainstream... Le Point Sport a d'ailleurs trouvé un malin plaisir à relever le seul exemple d’un tennisman disqualifié après avoir manqué de respect à l’arbitre – un évènement qui remonte aux années 1990, présenté sans aucune réflexion sur la misogynie et le racisme dans le sport. Le pompon : L'Equipe a relayé une tribune d'un ancien arbitre de tennis, qui estime que c'est à Serena Williams de présenter ses excuses plutôt qu'à Carlos Ramos.



Pour trouver un peu de consolation dans ce monde de brutes, on pouvait tout de même se tourner vers les US. Après la finale et à l’issue de la conférence de presse de Serena Williams, les journalistes présents dans la salle ont applaudi son discours, immitant de nombreuses spectatrices du match. L’ancienne numéro 1 mondiale Billie Jean King a dans la foulée signé une tribune dans le Washington Post, où elle dénonce "un abus de pouvoir" de l’arbitre et, à plus large échelle, le sexisme latent dans le sport. Dans le même journal, la journaliste Sally Jenkins a affirmé que l'arbitre avait abusé de son autorité. De son côté, le New-York Times estime qu’il y a un problème d’égalité des sexes, même s'il remet en question le comportement de la championne, qui aurait éclipsé la victoire de Naomi Osaka. Dommage que le journal n'ait pas questionné le fait que c'est justement le traitement médiatique qui a nuit aux deux championnes, la Japonaise étant elle aussi réduite à une poignée de stéréotypes sur les femmes asiatiques ("timide", "froide", "réservée"...). Il n'y a pas que dans le sport que les vieux modèles doivent changer...

Anne Lods avec Coline Clavaud-Mégevand

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