Qui sont les 'fit fat girls', ces femmes grosses et ultra-sportives ? Qui sont les 'fit fat girls', ces femmes grosses et ultra-sportives ?

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Qui sont les 'fit fat girls', ces femmes grosses et ultra-sportives ? par Dan Hastings

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Publié le Jeudi 11 Octobre 2018

Si le mouvement 'body positive' pousse les femmes à s’aimer telles qu’elles sont, le silence se fait quand elles sont en fort surpoids : difficile de célébrer un corps considéré comme "dangereux" par les chiffres de la balance... Pourtant, certaines influenceuses 'plus-size' se passionnent pour le sport, prouvant que la taille n’est pas le seul indice de bonne santé.

Au début du mois d’octobre, Farrah Storr, rédactrice en chef du Cosmopolitan UK, mettait en couverture le mannequin Tess Holliday. Une façon de pousser ses lectrices à s’aimer telles qu’elles sont, mais aussi, de bousculer bon nombre de codes, des internautes réclamant dans la foulée sa démission et le retrait immédiat du magazine des kiosques. La raison ? Sa cover-girl pèse 130kg pour 1m65... Mère de famille, survivante de nombreuses agressions sexuelles, Tess Holliday a grandi dans une caravane sans un sou et est en obésité morbide. Pas de chance pour elle, la vague body positive incite les femmes à être bienveillantes envers leur apparence physique, mais se transforme en filet d’eau lorsque ces dernières sont (trop) grosses. On veut bien applaudir Ashley Graham et sa taille 42 politiquement correcte, mais hors de question de le faire avec une self-made woman qui a un poids à trois chiffres : pour ses détracteurs, ce serait faire l’apologie de l’obésité.


Egéries XXL et 2.0
Si les femmes obèses sont absentes des couvertures de magazine, c’est bien parce que leur corps effraie. On les accuse d’être en roue libre, de n’avoir aucune volonté voire même d’être de feignantes patates sur canapé (couch potato, en anglais). A l’inverse, les femmes qui sont dans le contrôle et savent dompter leur corps sont érigées en exemple – on envie la routine sportive des anges Victoria’s Secret, on tente de dénicher les secrets minceur des fit-girls d’Instagram et on rêve en regardant les pubs des géants du vêtement de sport. Mais ces codes sont en train d’évoluer : aux Etats-Unis, les marques ont réalisé le potentiel que représente la clientèle plus-size, et les égéries poids plumes, comme Karlie Kloss chez Adidas, cohabitent désormais avec Serena Williams ou Paloma Elsesser chez Nike, aux corps moins normés. Reebok n’est pas en reste, avec sa nouvelle brassière de sport dédiée à toutes les femmes et allant jusqu’à une taille 2XL. Une affaire de marché économique, mais aussi de tendance sur les réseaux sociaux : celle des influenceuses grosses qui aiment transpirer dans des salles de sport


C’est le cas de Lalaa Misaki, gourou de la mode grande-taille en France, pour qui l’activité physique est vitale. "Vous ne me verrez jamais courir sur un tapis, car je trouve ça ennuyeux. La danse et la boxe me correspondent plus", explique-t-elle. Cette routine, elle la partage avec les milliers de followers qui suivent son quotidien. Idem pour la blogueuse Stéphanie Zwicky, pionnière du blog de mode plus-size francophone. En 2017, elle évoquait sur YouTube sa résolution de faire du sport régulièrement, qu’elle a tenue (elle), puisqu’elle vient de fêter son année complète de cardio et de renforcement musculaire quotidiens. En misant sur le digital, ces femmes rondes ont donc su s’émanciper des médias traditionnels, qui ne leur accordaient la parole qu’une fois par an, le temps d’un numéro 'Spécial rondes'. Bonus ? Désormais, elles souhaitent changer les mentalités en profondeur.


La Frenchy ultra-mince, un cliché qui a la vie dure
Lisa Nasri est ainsi devenue coach et travaille aussi bien sur la santé physique que mentale, le sport ayant un impact sur les deux domaines. Et si la sportive ne répond pas au cliché du personal trainer à la taille 34, selon elle, cela ne pose problème qu’en France : "On m’a dit cette semaine : ‘C’est bien de faire ce que tu fais pour une femme comme toi'. Je ne compte plus les fois où je dis que je suis coach sportif et qu’on me scanne de la tête aux pieds, incrédule. Je voyage beaucoup, j’ai habité à Londres, à Bruxelles, en Suisse et jamais je n’ai eu à me justifier", explique-t-elle.


Cette remarque grossophobe illustre bien une incompréhension : dans nos têtes, faire du sport reste associé à la recherche de perte de poids ou d’envie de muscler et/ou tonifier son corps, et on a du mal à faire le lien entre personnes grosses et activité physique. Pourtant, Lalaa, Stéphanie et Lisa en font au quotidien sans vouloir maigrir, et embrassent leur morphologie. "Mon corps n’a pas été conçu à partir du moule taille 36 de la petite Française tel que l’on la connaît", souligne Lalaa Misaki. Même le plus restreignant des régimes associés à une pratique sportive soutenue ne pourrait transformer ces jeunes femmes en mannequins filiformes qui entrent dans du Rouje, ou toute autre marque trendy s’arrêtant au 40 (en plus de tailler petit).

Quand la médecine s'emmêle
Le problème avec le combat des fit fat girls ? Si on se réfère à la médecine, elles sont en situation de danger, et c’est l’Indice de Masse Corporelle qui le dit. Utilisé comme référence par les médecins, l’IMC (la taille en centimètres au carré divisée par le poids en kilos) a été inventé pour étudier des populations entières et fournir une base de données aux mutuelles. Il n’a donc jamais été créé comme un étalon s’appliquant à chaque individu. Résultat : il est peu fiable lorsqu’il s’applique aux enfants et place systématiquement les grands sportifs comme Teddy Riner (139kg pour 2m04) dans la catégorie… des obèses. Pourtant, la plupart des médecins aiment le brandir dès qu’un patient gros entre dans leur cabinet, avec un effet souvent désastreux. Pour Lisa Nasri, "c’est un outil de culpabilisation dévastateur, une porte d’entrée vers le jugement, la peur, le chantage, l’angoisse et les complexes." Sans parler du fait que le calcul de l’IMC ne prend pas en compte la part de masse graisseuse et musculaire chez l’individu, ni le poids du squelette, qui varie d’une personne à l’autre. Déclarer qu’un patient obèse est dans un état préoccupant n’est donc pas une vérité absolue : selon une étude de 2016, réalisée par l’université de São Paulo, un tiers, voire trois-quarts des obèses sont en bonne santé, et n’ont aucun problème de tension, diabète ou cholestérol. Le secret réside donc bien dans l’hygiène de vie, primordiale quelle que soit la taille et le poids.

Autant de données objectives qui poussent à repenser l’image du corps gros, trop souvent perçu comme celui d’une personne refusant de faire des efforts pour se conformer à la norme mince, ou vu comme un corps de transition – celui d’une adolescente qui a pris brusquement du poids à la puberté et va devoir le perdre, d’une femme enceinte qui devra tout faire pour retrouver son poids d’origine après l’accouchement… Dans ce contexte, les fit fat girls prouvent que le sport est primordial pour se le réapproprier, en affichant des rondeurs toniques et une santé de fer.

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