PMA pour toutes : une nuit avec les activistes d’Insomnia PMA pour toutes : une nuit avec les activistes d’Insomnia

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PMA pour toutes : une nuit avec les activistes d’Insomnia par Marine Decremps & Coline Clavaud-Mégevand

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Publié le Mardi 25 Septembre 2018

Ce mardi, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a rendu un avis positif sur l’extension de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules. La veille, les militantes du collectif féministe Insomnia se lançaient dans une action nocturne, symbolique et illégale. Nous les avons suivies.

"Tu as pris le gros scotch ? Ça devrait le faire pour fixer le drapeau." Lundi 25 septembre, dans un appartement parisien, cinq activistes du collectif Insomnia achèvent les préparatifs de leur action de cette nuit : l’accrochage d’un drapeau arc-en-ciel sur la façade du Comité consultatif national d'éthique. Le lendemain matin, l’institution installée dans le 7ème arrondissement rend son avis sur l’extension de la PMA à toutes les femmes. Et si le gouvernement Macron a affirmé que, favorable ou non, il présenterait un projet de loi avant la fin de l’année, les filles d’Insomnia ne veulent pas relâcher la pression. "Un paquet d’annonces de ce gouvernement n’ont pas été suivies des faits, donc on se méfie, explique J.* Et puis, il faut que le projet avance vite : certaines femmes voulant accéder à la PMA vont atteindre l’âge limite de fertilité." B. renchérit : "On veut aussi marquer notre désaccord avec le concept de CCNE. Pourquoi nous imposer huit mois de débats [les Etats généraux de la bioéthique, organisés de janvier à avril, ndlr], sur une question d’égalité qui n’a rien à voir avec l’éthique ? En plus, ses membres sont des théologiens, des journalistes, des philosophes... Quelle légitimité ont-ils pour parler de nos droits ?"


Atelier pancartes et pochoirs chez une des militantes © C.C.-M. / Glamour
Planter un drapeau sur le Comité sera donc symbolique – la marque de fabrique du collectif, qui s’est fait connaître en 2016 pour avoir tagué la chaîne de fast-food Bagelstein, en réaction à son marketing sexiste, ou encore pour avoir déposé des sculptures de vulves ensanglantées devant cinq hôpitaux de Paris en mars dernier, afin de dénoncer les violences gynécologiques et obstétricales. "On est environ vingt-cinq membres, dont dix très actives, qui ont entre 21 et 27 ans, détaille J. L’idée, c’était de faire ce que les grosses assos féministes ne peuvent pas se permettre. On agit la nuit, d’où notre nom. C’est déjà une transgression, vu que la société explique aux femmes qu’elles ne devraient pas sortir le soir." Se réapproprier l’espace urbain, une priorité pour les militantes, d’autant que depuis quelques semaines, La Manif Pour Tous est repartie en campagne contre la PMA. "Dès que je sors de chez moi, je me tape leurs affiches et leurs tags sur les trottoirs, c’est n’importe quoi ! s’insurge F. Ils saturent aussi l’espace médiatique : ça fait des jours qu’on n’entend que les opposants et les archevêques à la radio." Le souvenir des violents débats autour du mariage homosexuel reste vif, d’autant qu’en 2013, certaines dans le groupe prennent à peine conscience qu’elles sont lesbiennes. "Tu es à la fac et d’un coup, un pote vient t’expliquer que tu n’as pas les mêmes droits que lui, et qu’il organise les voyages des opposants en bus depuis toute la France, se rappelle P. J’étais hallucinée..."


Les affiches de LMPT croisées en chemin sont arrachées et remplacées. © Jacob Khrist pour Glamour

Un des objectifs d'Insomnia : reprendre possession de l'espace urbain. © Jacob Khrist pour Glamour
Cette nuit, les messages des "antis" seront d’ailleurs la cible privilégiée des militantes. Après avoir attrapé le dernier métro, elles se retrouvent à Saint-Germain-des-Prés, armées d’un seau de glue, d’affiches et de pochoirs. Très vite, les tags tout frais de La Manif Pour Tous sont recouverts des messages "PMA pour toutes" et "Love wins". De part et d’autres de la rue, deux filles montent la garde : le quartier est rempli de ministères et des cars de police sont stationnés à proximité. Le petit groupe fini par s’approcher du CCNE, où une fenêtre brille malgré l’heure avancée de la nuit. Peu de prise pour grimper à mains nues sur la façade, une voiture de police qui manque de faire fuir tout le monde en passant dans la rue d’à côté, gyrophare allumé... L’adrénaline monte. Le drapeau sera finalement fixé et flotte fièrement dans l’air frais. Il sera certainement décroché dès le petit matin, mais qu’importe : "On revient pour un rassemblement à 19h, sourit G., histoire de faire face aux anti-PMA qui vont se pointer. Tant qu’ils seront là, on sera là."


Les militantes grimpent contre la façade du CNCE, rue de Bellechasse. © Jacob Khrist pour Glamour

Il est 1h30 du matin quand Insomnia accroche le drapeau. © Jacob Khrist pour Glamour

"PMA pour toutes" et "Love wins" remplacent les messages de LMPT. © Jacob Khrist pour Glamour

*Les actions du collectif étant illégales, ses membres gardent l’anonymat.

 

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