Instagram : des influenceuses blanches se font passer pour des femmes noires ou métisses Instagram : des influenceuses blanches se font passer pour des femmes noires ou métisses

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Bad buzz : ces influenceuses blanches se font passer pour des femmes noires ou métisses par Coline Clavaud-Mégevand & Jennifer Padjemi

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Publié le Vendredi 9 Novembre 2018

Depuis le 7 novembre 2018, des internautes se sont mis à partager de captures d’écrans prises sur YouTube et Instagram, montrant des influenceuses noires ou métisses au teint glowy. Sauf que ces jeunes femmes sont en réalité blanches, contrairement à ce qu’elles tentent de faire croire, à coups de fond de teint foncé et de cheveux texturés... Explications.

Dans sa dernière vidéo YouTube, postée fin octobre, l’influenceuse Emma Hallberg annonçait face caméra : "Aujourd'hui, je vais vous montrer comment je pose mon enlumineur ultra-brillant". S’ensuit une démo de sa routine make-up, qui débute sur une peau non-maquillée. Et blanche, soit la carnation de base de cette Suédoise… qui semble pourtant métisse une fois le tuto terminé.

En quête de cool, Emma Hallberg n’est pas la seule à jouer du fond de teint dix tons plus foncé que sa couleur d’origine, comme l’a dénoncé sur Twitter @yeahboutella le 7 novembre. Dans un thread à dérouler ci-dessous, l’internaute raconte comment une amie l’a informée qu’Emma Hallberg était blanche, et dormait la nuit avec des tresses pour obtenir la texture crépue qu’elle affiche auprès de ses 172 000 abonnés Instagram. Autant de fans de ses réelles compétences beauté, mais dont le résultat est au-delà du gênant...

 

 


Car il n’y a pas que le teint que travaillent cette influenceuse, ainsi que la vingtaine de femmes actuellement interpelées sur les réseaux. En regardant l’évolution de leur style sur leurs timelines (pour celles qui n’ont pas fait disparaître les preuves de leur blanchité pour mieux brouiller les pistes), on constate qu’elles commencent généralement par passer d’une coloration blonde à brune, puis par dessiner un sourcil plus graphique, avant de s’attaquer à leur couleur de peau et à leurs cheveux, qu’elles crêpent ou nattent afin de leurs donner l’apparence de cheveux afro ou texturés. L’attitude et le look changent aussi : de jeunes filles aux allures décontractées, elles se mettent au fur et à mesure à manier des codes associés de façon caricaturale aux femmes noires et métisses – rap en fond de leurs vidéos, pantalons XXL créant l’illusion d’un fessier plus bombé, poses hyper-sexualisées...

 

D’autres influenceuses, préfèrent quant à elles se faire passer pour des femmes asiatiques ou faire croire à de possibles origines latino-américaines, ou encore foncer leur carnation lightskin (terme utilisé pour désigner les personnes noires et métisses les plus claires). Une forme de colorisme – cette discrimination raciste visant les personnes noires à la peau foncée, considérées comme moins belles que celles à la peau claire – mais à l’envers, toutes ces jeunes femmes semblant plus désirables aux yeux de leur communauté… le temps d’une photo.


Et c’est justement pour ça que ces images choquent : pour ces influenceuses, être racisées n’est pas une réalité de chaque jour, mais une expérience qu’elles vivent seulement quand elles le décident. Sur Twitter, l’auteure et militante afro-américaine Wanna Thompson a souligné qu’elles utilisaient des codes aujourd’hui tendance sur les réseaux (nattes collées, lèvres pulpeuses, références à la culture hip-hop…), mais sans avoir à subir les discriminations qu’expérimentent les non-blanches au quotidien, qui souffrent en prime d’un manque de représentation juste dans les médias et la publicités. Pas plus qu’elles ne comprennent l’histoire qui s’y rattache, par exemple celle de coiffures à l’origine portées par les esclaves noirs. D’autres twittas ont même dénoncé une forme de blackface ou de yellowface, dont on ne peut ignorer en 2018 le sens profondément raciste.

Mais pourquoi jouer ainsi sur l’ambiguïté raciale ? Pour la renommée et l’argent, estiment les détracteurs du phénomène. En mai dernier, Emma Hallberg avait en effet eu droit à un article élogieux du magazine états-uniens Teen Vogue, où la question de son ethnicité n’était jamais abordée, et plusieurs de ces blogueuses sont aujourd’hui rémunérées par des marques, friandes du "cool" et de l’inclusivité qu’elles proposent. Pas sûr que leurs justifications (séjour récent au soleil, hommage aux cultures africaines, racines méditerranéennes…) suffisent à calmer la colère des internautes. Qui attendent désormais des marques qu’elles cessent de les rémunérer, au détriment des femmes non-blanches pour qui la couleur de peau n’est pas qu’une affaire de likes.

 

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