Black Lives Matter : la mort de plusieurs activistes éveille des soupçons d’assassinats politiques Black Lives Matter : la mort de plusieurs activistes éveille des soupçons d’assassinats politiques

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Black Lives Matter : la mort de plusieurs activistes éveille des soupçons d’assassinats politiques par Ophélie Manya

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Publié le Vendredi 22 Mars 2019

Depuis la mort de Michael Brown, jeune homme noir tué par un policer blanc en 2014, six activistes du mouvement Black Lives Matter ont été retrouvés morts aux Etats-Unis, dans des circonstances jugées suspectes. Et des soupçons d’assassinats politiques sont évoqués…

Black Lives Matter, c’est le mouvement militant étatsunien contre les violences racistes systémiques dont sont victimes les Noirs. Lancé sur les réseaux sociaux via le hashtag #BlackLivesMatter, le mouvement est né en 2013 grâce à trois femmes afro-américaines, Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi, après l’acquittement de George Zimmerman. Pour rappel, le 26 février 2012, en Floride, cet homme blanc avait tué par balles Trayvon Martin, un adolescent noir de 17 ans non armé... Depuis, Black Lives Matter n’a cessé de prendre de l’ampleur. En 2014, ses activistes sont descendus massivement dans les rues pour protester à Ferguson suite au meurtre de Michael Brown, et, à New York, après celui d’Eric Garner. Des manifestations qui ont connu un écho international, accompagné du soutien de personnalités publiques comme Barack Obama et Mark Zuckerberg.

Une organisation qui dérange

En levant des fonds et à force d’investigations, les activistes de Black Lives Matter ont pu révéler l’existence d’une vingtaine d’affaires de Noirs tués par des policiers, alors qu’ils étaient détenus en prison. Le cas Sandra Bland, morte le 13 juillet 2015, étant l’un des plus médiatisé, grâce au hashtag viral #SayHerName. Une efficacité qui dérange ? C’est ce que commence à penser la communauté noire, qui dénonce un complot : celui de suprématistes blancs, visant à éliminer les protestants de Ferguson.

En effet, le 12 février 2019, Joe Penney, journaliste basé en Afrique de l’Ouest et co-fondateur de Sahelien.com (le premier média sahelien), publiait sur New York Review of Books un papier intitulé "The Fight for Justice Takes Its Toll on Ferguson Activists" ("La lutte contre la justice a des conséquences sur les militants de Ferguson"). Il y raconte l’histoire de Melissa Mckinnies, mère de Danye Jones, qui, en 2017, a retrouvé son fils mort dans leur jardin, pendu à un arbre. La police sur place conclut rapidement à un suicide, que l’autopsie médicale confirme. "Mais Melissa était troublée par des détails, comme le pantalon de Danye, qui était baissé sur ses chevilles, et le fait qu’elle était convaincue que Danye n’aurait jamais mis fin à sa vie". D’autant que ce 'suicide' n’est pas sans rappeler les méthodes de lynchages utilisées pendant les années 60 dans les Etats du Sud ségrégationnistes. Et Danye Jones n’est pas le seul mort à déplorer : cinq autres jeunes hommes associés au mouvement Black Lives Matter ont disparu depuis les évènements de 2014.

Une succession de morts inquiétantes

Le 24 novembre 2014, Deandre Joshua, 20 ans, un ami d’enfance d’un témoin clé dans l’affaire Michael Brown, a ainsi été tué d’une balle dans la tête, puis brûlé à l’intérieur d’une voiture. Selon la police de St. Louis, l’enquête est toujours en cours. En septembre 2016, Darren Seals, 29 ans, un militant célèbre pour son franc-parler, a été retrouvé tué par balle dans une voiture incendiée. Quelques semaines avant sa mort, Darren expliquait dans une publication Facebook qu'il avait été interpellé par des policiers qui lui avaient conseillé de cesser de publier des messages anti-Trump sur les réseaux sociaux. Aucun coupable n’a été trouvé. "Les autorités disaient que l’enquête était toujours en cours, mais, la vérité, c’est qu’on a constaté qu’il n’y a pas de véritable enquête sur ce meurtre", confie Jamala Rogers, fondatrice de l’association Organization for Black Struggle au New York Review of Books. La même année, Marshawn McCarrel, 23 ans, impliqué dans les mobilisations de Ferguson, est mort d’une balle dans la tête dans l’Ohio. Encore un suicide, selon les enquêteurs. Et la liste n’a fait que s’allonger depuis… En 2017, Edward Crawford, 27 ans, devenu le symbole des protestations de Ferguson après qu’une photo de lui lançant une bombe lacrymogène aux forces de l’ordre soit devenue virale et récompensée par un Pulitzer, a été retrouvé mort dans une voiture, avec une balle dans la tête. Nouveau suicide, selon la police locale.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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En novembre 2017, c’est Bassem Mari, 31 ans, activiste connu pour ses livestreams des manifestations, qui a été retrouvé mort dans un bus à Bridgeton, dans le Missouri. Umar Lee, l’un des proches de Bassem, a alors avoué au New York Review qu’ils avaient reçu tous les deux de nombreuses menaces de mort, car étant de confession musulmane et impliqués dans le mouvement BLM.

Selon les témoignages des activistes, ces menaces sont monnaie courante. Et si quelques titres de presse étatsuniens (CBS News, Fox News, le Washington Post), ainsi que les médias militants indépendants (notamment le Black Agenda Report), s’intéressent actuellement au sujet de ces morts suspectes en séries, du côté de la police et de la justice, rien ne bouge. Les activistes espérent que la médiatisation poussera les autorités à enquêter en profondeur.

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