Bad buzz : Frichti épinglé pour les conditions de travail de ses livreurs Bad buzz : Frichti épinglé pour les conditions de travail de ses livreurs

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Bad buzz : Frichti épinglé pour les conditions de travail de ses livreurs par Christelle Murhula

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Publié le Vendredi 3 Mai 2019

C’est sur le blog de "Mediapart" que Jules, livreur à vélo pour Frichti, témoigne de son expérience au sein de l'entreprise française, spécialisée dans la livraison de repas. Il décrit une exploitation sans ménagement et des conditions de travail très rudes. Un bad buzz pour la start-up, qui assure vouloir mettre en place des mesures afin de faciliter leur quotidien.

"Faut-il balayer deux siècles d'acquis sociaux pour satisfaire des cadres dynamiques qui veulent garder la ligne en mangeant des carottes rapées emballées dans trois boîtes en plastique livrées en 7 minutes à leur agence de design par un esclave à vélo ?" Jules travaille en tant qu'auto-entrepreneur pour l'entreprise Frichti, start-up de livraison de repas. Il livre déjeuners et dîners, sillonne tout Paris à vélo, dans l’espoir de gagner quelques euros. Jeudi 2 mai 2019, dans un billet posté sur le blog de Mediapart, Jules a décrit les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles travaillent ses homologues, tout en mentionnant le mépris dont ils peuvent faire l'objet.

"C'est la concurrence entre eux à celui qui acceptera de bosser pour le moins cher. Un retour aux conditions de travail d'il y a deux siècles ou à celles du tiers monde, au choix." Il décrit la manière dont les livreurs risquent leur vie sur leur vélo à Paris, la course frénétique pour ne pas livrer les commandes en retard, la pression des ordinateurs "patrons" qui scannent leurs moindre faits et gestes, la compétition forcée afin d'obtenir un créneau de travail et gagner 5 euros de l’heure : "C'est ces mecs là qu'on retrouve aujourd’hui tout en bas de l’échelle de la startup nation, payés au lance pierre, à la tâche, sans salaire minimum, sans arrêts maladie en cas d'accident, sans congés payés, sans chômage, avec des outils de travail à leurs frais : un smartphone obligatoirement 4G qui vaut cher, un vélo souvent décrépi avec des freins à moitié cassés, pas de casque, pas de lumières pour assurer leur sécurité dans la nuit." Des phrases rapidement reprises sur les réseaux sociaux, ce récit ayant interpellé de nombreux internautes.

Joint par téléphone, Damien Modarelli, directeur des opérations de l'entreprise, reconnait qu’il est difficile de rouler à vélo dans Paris. Mais il se défend, car chez Frichti assure-t-il, il y a des points d’ancrage, des "hubs", pour que les livreurs puissent attendre les livraisons (quand les livreurs Deliveroo, par exemple, attendent sous la pluie). Ces mêmes "hubs", distillés partout dans Paris, décrits par Jules comme des lieux où s'expriment racisme et mépris de classe. Dans son billet, il rapporte les propos d'un manager en colère, s'adressant aux cousiers : "Les gars il va falloir pisser dans le trou ! Sinon plus d'accès aux chiottes ! Vous savez quoi ? Ça c'est depuis qu'il y a que des blédards ici, avant quand il y avait des Français c'était pas comme ça !" Un extrait du texte qui a mis particulièrement mal à l'aise Damien Modarelli. "C’est ce qui nous a le plus affectés. Ce n’est pas notre état d’esprit. Nous avons ouvert une enquête interne et des mesures seront prises afin d'améliorer les conditions de travail de nos livreurs", poursuit le directeur des opérations. "D'ici une semaine ou deux, nous mettrons en place une assurance santé. Elle sera entièrement financée par Frichti." 

La société a d'ailleurs contacté Jules, auteur de l'article, et toujours livreur dans ses rangs, l’objectif étant d'enclencher une sorte de consultation. Un bon début, en espérant que le billet coup de poing paru dans Médiapart ne sera pas qu'un buzz éphémère, et permettra une prise de conscience globale de toutes les start-ups de livraison de repas.

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