News

Aya Nakamura : mais pourquoi la chanteuse subit-elle tant de haine ? par Anaïs Robert

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

3 minutes

Publié le Lundi 5 Novembre 2018

Paroles jugées trop légères, abus d'autotunes, critiques sur son apparence physique... Mais pourquoi Aya Nakamura subit-elle tant de haine sur les réseaux sociaux ? La réponse serait à chercher du côté de la misogynoir... Explications.

Un album en tête des charts, des tubes qui tournent en boucle sur les radios (et dans notre tête), des interviews dans tous les médias… Aya Nakamura, 23 ans, vit une véritable success story. Mais l'artiste est une femme noire, ce qui en fait la cible de violentes attaques sur les réseaux sociaux, aussi bien sur ses paroles, jugées trop lisses, que sur son physique.

Autant d'agressions virtuelles que n'ont pas subi ses homologues féminines, sans même parler des popstars masculines. Et ces insultes, où se mêlent racisme et sexisme, ont un nom : la misogynoir. Le concept, qui nous vient des Etats-Unis, a été théorisé par l’universitaire afro-américaine et lesbienne, Moya Bailey. En forgeant ce mot-valise, Bailey désigne la double peine vécue par les femmes noires, lorsque la misogynie s'ajoute au racisme pour créer "le type particulier de haine à l’encontre des femmes noires dans la culture visuelle et populaire américaine". Mais comme le prouve la violence à l'encontre d’Aya Nakamura, la misogynoir existe aussi en France, où elle revêt les mêmes atours : caricature, hypersexualisation et déshumanisation. Lorsqu’une photo de la chanteuse sans maquillage a fait surface cet été, les réactions violentes des internautes cochaient d'ailleurs la plupart de ces cases : l'artiste ressemblerait selon eux à "un mec de la cité"  ou à un "singe" (clichés racistes régulièrement accolés aux femmes noires). Plus révoltant encore : à l'époque, plusieurs médias avaient publié des articles faisant état de twittos "choqués" par la fameuse photo, sans analyser la nature de leurs commentaires. Sous couvert de critiquer ses chansons, la cible des haters n'est plus sa musique (que l'on est libre d'aimer ou non), mais sa personne. Laissant ainsi libre cours à un déversement de haine raciste et mysogine sur les réseaux sociaux.

Et si le succès d'Aya Nakamura rend la misogynoir visible, d'autres parcours de stars ont mis en lumière le phénomène. La plus célèbre des victimes de misogynoir étant sans doute Serena Williams, régulièrement réprésentée sous des traits masculins ou simiesques dans des sketchs et des dessins de presse, ou encore, dépeinte comme une "angry black woman" (femme noire en pétard en VF) dans les médias. En France, on se souvient que Suria Bonaly avait également fait les frais de cette double discrimination, ou plus récemment, l'ex-ministre de la Justice Christiane Taubira. Autant d'exemples qui montrent à quel point les stéréotypes sur les femmes noires sont prégnants dans nos sociétés, et sont repris dans tous les milieux socio-culturels. En attendant, l'album "Nakamura" défonce tous les records de streaming... n'en déplaise aux haineux.

Anaïs Robert avec Coline Clavaud-Mégevand

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptés à vos centres d’intérêts, dans le respect de notre politique de confidentialité. Cliquez ici pour en savoir plus