Mort d’Agnès Varda : et si on parlait d’elle plutôt que de JR ? Mort d’Agnès Varda : et si on parlait d’elle plutôt que de JR ?

Société

Mort d’Agnès Varda : et si on parlait d’elle plutôt que de JR ? par Coline Clavaud-Mégevand

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Publié le Samedi 30 Mars 2019

Ce 29 mars 2019, la famille d’Agnès Varda a annoncé sa mort à l’âge de 90 ans. Très vite, les timelines se sont remplies d’articles au sujet de la réalisatrice. Mais aussi, de l’artiste JR, avec qui elle a collaboré à la fin de sa carrière. Une curieuse façon de rendre hommage à cette grande réalisatrice…

A chaque fois qu’une célébrité disparaît, la même routine s’enclenche : une dépêche AFP tombe, reprise par tous les médias de France et envoyée sur nos smartphones sous forme d’alerte. Puis viennent les articles au long, que les rédactions ont pris soin de préparer si la star est âgée et/ou malade, et qu’elles espèrent dégainer en premier. Chez Glamour comme ailleurs, c’est le jeu de l’actu et il a son intérêt : informer le public, rappeler l’apport d’une personnalité à notre société, mais aussi, créer de vrais moments de communion autour d’une icône.


Depuis l’annonce de sa mort ce vendredi 29 mars, c'est au tour d'Agnès Varda de nous rassembler, dans un grand partage de papiers saluant sa place au sein de la Nouvelle vague, analysant ses œuvres les plus fortes ou célébrant son entrée dans la pop grâce à une personnalité pétillante et des looks décalés, qui l’ont rendue sympathique même auprès de ceux.celles qui n’avaient jamais vu ses films. Mais plusieurs médias ont aussi fait le choix de mettre en avant JR, artiste contemporain mainstream dont les collages s’étalent sur divers monuments de France et de Navarre, et qui a par ailleurs travaillé avec la réalisatrice.

Le site d'un grand quotidien recycle par exemple une interview de 2018, où JR évoque leur rencontre à Cannes trois ans plus tôt, ainsi que leur docu Visages Villages (un voyage à travers la France rurale au volant d’un camion-photomaton). Un hebdo publie de son côté un diaporama dont la photo d’ouverture est un portrait d’Agnès Varda et JR, plutôt que la remise de son Oscar d’honneur en 2017. Deux sites d'info osent même les articles "Comment Agnès Varda a connu une seconde célébrité grâce à JR et Instagram" et "Avec JR, la deuxième jeunesse d’Agnès Varda"...
 


Alors bien sûr, le travail mené avec JR est un élément de la carrière de la réalisatrice, et il est donc logique qu’il soit évoqué dans les médias. Ces derniers étant en plus tenus d’attirer l’attention d’un lectorat bombardé d’infos – et rien de mieux pour ça qu’une photo décalée de la mignonne grand-mère et du cool trentenaire, faisant les fous sur la Croisette... Mais ce traitement interroge aussi : le photographe méritait-il de faire les gros titres, pour cette collaboration relativement brève ? Et si un rapide tour sur les réseaux montre que beaucoup connaissaient Agnès Varda grâce à Visages, Villages, n’est-ce pas justement dû à l’emballement des médias pour le concept vendeur "bons sentiments + mix des générations" , qu’ils ont encouragé à coup de séances photos vaguement embarrassantes ?

 


Agnès Varda était de surcroit une féministe "révoltée et radicale", selon ses propres mots, et on est un peu gêné.e.s aux entournures de voir que sa mort est l’occasion de mettre en lumière… un homme. L’unique réalisatrice de la Nouvelle vague et seule femme à avoir reçu une Palme d’or d’honneur devenant ici "l’amie de", de la même manière que les artistes féminines se retrouvent régulièrement présentées comme des "compagnes ou ex de" (Gainsbourg, John Lenon, Jay-Z…).
Hasard du calendrier : aujourd’hui et jusqu’au dimanche 31 mars 2019, JR investit la cour du Louvre avec une nouvelle installation. Pas sûr qu’elle marquera l’histoire de l’art aussi fortement que le travail de Varda. Mais, dans une société qui célèbre le travail des hommes avec une facilité déconcertante, son auteur aura au moins eu sa part du gâteau médiatique.
 

 


 

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